Centrafrique : pourquoi l’Imposteur de Bangui succédera à Condé

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GUINEE : LA DÉLINQUANCE CONSTITUTIONNELLE SANCTIONNÉE, À QUI LE TOUR ?

Si la démocratie est considérée comme le moins mauvais des systèmes représentatifs, elle doit pouvoir accepter un aggiornamento dans ses principes fondamentaux qui sont en conflit quotidien avec le réel

Si la démocratie est considérée comme le moins mauvais des systèmes représentatifs, elle doit pouvoir accepter un aggiornamento dans ses principes fondamentaux qui sont en conflit quotidien avec le réel, particulièrement en Afrique de l’Ouest. Elle devrait donc pouvoir tolérer la mise en œuvre de doctrines punitives contre ses fossoyeurs potentiels aveuglés par des appétits de pouvoir irrépressibles. Ce qui se passe en Guinée depuis l’aube de ce 5 septembre 2021 est illustratif de l’immense zone grise qui naît et s’élargit entre le formalisme de textes et lois organisant l’accession, la gestion et la transmission du pouvoir, d’une part, et les pratiques autoritaires et illégitimes auxquelles recourent la plupart des gouvernants une fois le pays et ses institutions entre leurs mains, d’autre part. Ce hiatus n’est pas acceptable. Non seulement il vide de leur sens les serments solennels prononcés par les chefs d’Etat, mais il consacre pour ceux-ci et leurs courtisans un fait qui ruine l’équité et l’égalité des citoyens devant la loi : l’impunité. Ainsi naissent les troubles et les ruptures du fameux «ordre constitutionnel» à géométrie capricieuse…

L’Armée, un garant potentiel

La Guinée de Alpha Condé est un cas morbide de cette dérive présidentialiste sur les flancs de laquelle se forge cette bonne vieille «aspiration à la puissance» dont parle Nietzsche. Au mieux ou au pire, elle finit toujours en chienlit, propageant un système de violences institutionnelles, physiques et morales qui se perpétue grâce à la fidélité marchandée des forces de sécurité et de leurs instruments de répression. Jusqu’à l’essoufflement. A cet opposant historique plein de promesses à l’entame de son magistère en 2010, la sagesse a fait défaut après des décennies de souffrances et d’exil. La brutalité avec laquelle il a détricoté, en sa faveur, les fondamentaux du principe de conservation du pouvoir, au mépris assumé de ses engagements publics devant la Cour constitutionnelle de Guinée, n’a jamais été justement sanctionnée par une «communauté internationale» hypocritement accrochée à un principe de «non-ingérence» qui vaut pour certains et pas pour d’autres. Condé a fini par «normaliser» son pouvoir sans coup férir, emprisonnant des opposants, fauchant des manifestants, dans l’indifférence complice du syndicat privé des chefs d’Etat et des «gardiens du temple» de l’ordre constitutionnel, l’Union africaine, la Cedeao, les Nations unies, en attendant la Francophonie. L’Armée guinéenne l’a rappelé à l’ordre, à sa manière. Et c’est salutaire ! Si des pouvoirs déviants comme celui de Alpha Condé sont assez répressifs pour se maintenir illégitimement au pouvoir en matant toute révolte légitime, si la démocratie et les peuples ainsi trahis ne sont pas en capacité de leur opposer leur propre loi dans l’espace public, il est alors temps que des institutions fortes et transversales comme l’Armée soient en mesure de jouer un rôle plus essentiel que leur confinement dans les casernes. Sous cet angle, la matrice sociopolitique appelée «Armée-Nation» peut devenir là où nécessité fait loi, suivant des modalités à imaginer, un des garants fondamentaux du respect des normes de fonctionnement démocratique de nos Etats. La réalité a suffisamment montré que les institutions ayant la charge de cette mission sont pour l’essentiel corrompues et impotentes, le plus souvent au service du président de la République et de son Exécutif. Ce sont l’Assemblée nationale, des pans entiers de la Justice, les juridictions politiques et administratives, les corps de contrôle, les organes dédiés à l’organisation des élections, etc..

Avertissement sans frais

La Guinée paie aujourd’hui, malheureusement, le prix de ces turpitudes. Avant elle, d’autres pays ont vécu l’enfer à des degrés divers, mais ne semblent pas en avoir tiré des leçons. Certains des maux listés par les putschistes de Conakry pour justifier leur prise du pouvoir semblent avoir encore de beaux jours presque partout dans la région ouestafricaine : manipulation des institutions, politisation outrancière de l’Administration, promotion de hauts fonctionnaires ultra-partisans à la tête de services publics stratégiques, corruption débridée à plusieurs niveaux de l’Etat, capture des systèmes électoraux au profit du parti au pouvoir, impunité garantie aux gens de cour… Un coup d’Etat, qu’il soit militaire ou civil, n’est jamais une bonne nouvelle, et nulle part dans le monde il ne saurait l’être par respect aux choix politiques exprimés par les citoyens électeurs. Mais celui qui vient d’emporter Alpha Condé était un mal nécessaire face à la surdité et à l’arrogance d’un pouvoir illégitime et injuste. La Guinée de 2021 en avait fondamentalement besoin afin que la délinquance constitutionnelle par la ruse, l’absurde et la force cesse de jouir de cette prime à l’impunité qu’est le putsch en cours de mandat. La chute du Professeur, avertissement sans frais pour ceux qui ont encore le temps et la force de réfléchir, ne devrait donc laisser personne indifférent d’entre ses désormais ex-pairs de la Cedeao et de l’Union africaine. Son passage en force pour un troisième mandat inaccessible à un moment l’a poussé à jeter à la poubelle la Constitution qui l’avait mené au pouvoir. Mais lui, ou finit-il vraiment ?

Momar DIENG Journaliste, Impact.sn

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