Centrafrique : pourquoi la justesse de l’exclusion de M. Petit Delphin Kotto de la COSCIPAC du BRDC ne doit souffrir d’aucune contestation

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Par décision nº001/COORD/BRDC/23 du 24 mars 2023, le coordonnateur national de la COSCIPAC Petit Delphin Kotto a été définitivement exclu de la Plate – forme politique dénommée Bloc Républicain pour la Défense de la Démocratie « BRDC ». Les motifs évoqués pour justifier cette décision sont graves : indiscipline caractérisée et répétée, prises de position et des actes contraires aux objectifs du BRDC, injures, et propos diffamatoires et désobligeants vis-à-vis des leaders des partis politiques membres du BRDC. Cette décision d’exclusion a été prise en réponse à une sortie médiatique de M. Petit Delphin Kotto, à travers une bande sonore abondamment partagée sur les réseaux sociaux. C’est après avoir attentivement écouté les représentants de la COSCIPAC, lors d’une assemblée plénière réunie en session extraordinaire, conformément aux dispositions des articles 7, 25 et 26 du Règlement Intérieur, que la sentence a été prononcée.

Comme il fallait s’y attendre, la promulgation de cet acte a immédiatement soulevé un vent de vives protestations au sein de l’opinion nationale.  Si, pour certains, la décision prise par le BRDC qui est reconnue comme une plateforme politique regroupant plusieurs partis politiques et organisations de la société civile centrafricaine dont le but fondamental est de défendre la Constitution et la démocratie en République centrafricaine, est bien fondée et garantit l’attachement de cette entité au respect scrupuleux de la discipline et des principes de la bonne gouvernance et de la transparence, socles de toute société qui se dit et se veut démocratique, pour d’autres, l’adoption de cette posture est foncièrement inopportune et contre – productive dans un contexte où l’unité de tous est essentielle pour la lutte à mener contre l’Imposture qui est au pouvoir et qui travaille inlassablement à son maintien par des pratiques de manipulations et de divisions. De ce fait, cette décision peut être considérée par le pouvoir comme un signe patent de fébrilité et d’absence d’unité, et servir par conséquent de moyens de désinformation à laquelle nous assistons depuis que le pouvoir est pris en otage par les mercenaires du Groupe Wagner.

En Centrafrique, comme dans certains pays du continent, où on ne s’interroge que trop rarement sur le type d’Etat qui pourrait nous mener à l’émergence, questionnement d’autant plus essentiel qu’aucune des approches de développement adoptées, jusqu’ici, ne nous a permis de « diversifier et de transformer nos économies,  ni d’enregistrer des taux de croissance réguliers et soutenus, encore moins de réaliser des  niveaux de développement social élevés », le débat soulevé in hoc casu portant sur la place de la société civile dans les grands enjeux qui se posent à notre pays, doit retenir notre attention. Qu’est-ce à dire ? Par ces mots, la commission économique africaine dont la République centrafricaine est membre, recommande tout simplement aux pays du continent de promouvoir « l’Etat Développementaliste », c’est-à-dire un Etat édifié autour d’un gouvernement doté de la volonté et de la légitimité politiques d’assumer des fonctions de développement spécifiques, d’une administration professionnelle qui applique les stratégies et politiques de développement national établies, et de mécanismes d’interaction permettant aux diverses parties prenantes de prendre part à l’élaboration et à l’exécution des politiques.

C’est là où apparaît la notion de la société civile, car les parties prenantes sus – évoquées sont constituées des trois acteurs principaux que sont l’Etat, le secteur privé et la société civile. Selon des experts en la matière, au cours des vingt dernières années, la société civile – qui regroupe notamment les organisations syndicales, les organisations non gouvernementales, les organisations confessionnelles, les organisations professionnelles, les médias, les associations culturelles et sportives – s’est imposée comme un acteur clé du développement. A la faveur de l’expansion de la gouvernance démocratique, on a assisté à un accroissement spectaculaire  de la taille et de la capacité de la société civile. Peut-on alors légitimement occulter le rôle de cette force dont le dynamisme et la place qu’elle occupe dans le champ social et politique sont des atouts que tout Etat organisé intégrerait dans ses stratégies ?

L’ancien secrétaire général des Nations unies, Koffi Annan, déclarait en 1998 que : « la bonne gouvernance est sans doute le facteur le plus important en vue de l’éradication de la pauvreté et la promotion du développement». Dans son entendement, bonne gouvernance ne signifie pas simplement la conduite du gouvernement par l’Etat. Mais, il implique aussi, par ailleurs, la participation d’autres acteurs à la recherche de solutions concernant les problèmes sociaux. Ces autres acteurs sont le secteur privé et la société civile. Il s’agit, ici, d’une recherche permanente d’efficacité et d’efficience dans l’action de l’Etat, par la coordination et la coopération des pôles constitutifs de l’espace public que sont le secteur étatique, le secteur privé et le secteur de la société civile. Au regard de la réalité sociologique et de l’histoire politique de notre pays, des pratiques européennes de développement et des expériences d’institutions comme la Banque Mondiale, on peut attester qu’une société civile dotée de moyens d’action constitue un élément essentiel du système démocratique. Elle incarne et favorise le pluralisme et peut contribuer à une efficacité accrue des politiques, à un développement équitable et durable et à une croissance inclusive.

En exprimant les préoccupations des citoyens, la société civile est à sa place dans la sphère publique, où elle porte des initiatives qui renforcent la démocratie participative. Elle est l’expression de la demande croissante d’une gouvernance transparente, responsable et redevable. S’il est sain de dénoncer les comportements déviationnistes ou l’attitude obstructionniste de certains syndicats, ce serait, de la part de l’Etat, une grave erreur d’appréciation de ne pas donner à la société civile la pleine mesure de son rôle dans le projet de transformation économique et sociale. C’est pourquoi, le débat, pour ne pas dire la polémique, sur le concept de la société civile est loin d’être tranché. Aussi bien la classe politique, les médias et le secteur privé ne sont pas unanimes et beaucoup manifestent leur scepticisme à l’égard de cette société civile dont on doute de la neutralité et du désintéressement. Or, dans une démocratie, la société civile organisée est constituée d’organisations qui n’aspirent pas à exercer directement le pouvoir, mais qui se présentent comme une force de proposition, de mobilisation et d’influence, ce qui permet de faire évoluer les décisions politiques. Aussi,  tous ceux qui ont profité de la décision du BRDC pour déverser leur venin, d’une part, et certains individus qui se réclament de la société civile centrafricaine, d’autre part,  doivent – ils éviter la confusion des genres. Sa valeur distinctive réside dans son indépendance d’esprit et d’action.

Surtout, elle ne doit pas ternir le travail que mènent, quotidiennement, auprès des populations, ses associations communautaires, sportives, religieuses, professionnelles légalement enregistrées et ses organisations non gouvernementales agréées. Que dire alors de ces milliers de personnes qui, dans l’anonymat total, aident, à travers, le lien familial, le lien de  voisinage, le lien d’enfance, le lien religieux et le lien social des millions de personnes à manger, à se soigner, à se loger, à préparer la rentrée scolaire, à acheter les semences, à démarrer un petit commerce ou à se raccorder au réseau d’assainissement ? Ainsi donc, il faut le reconnaître, l’ampleur de cette société civile dépassant largement les limites de sa représentation la plus visible, notamment sur les droits de l’homme  et la lutte contre la corruption, son ancrage institutionnel s’impose et requiert une conjonction d’efforts en terme politique, social et économique de la part des acteurs nationaux et des partenaires au développement. C’est donc globalement qu’il faut appréhender la société civile et la faire émerger dans l’espace public institutionnel pour encourager sa participation constructive et structurée au projet d’émergence économique et sociale du pays.

Comme nous le savons, dans l’exercice du pouvoir, l’Etat doit rendre effective la bonne gouvernance  à travers quatre fonctions principales qu’il ne peut assumer sans une société civile forte. Il s’agit de : faire en sorte que la voix des populations pauvres et marginalisées soient entendues par les gouvernements et que leurs points de vue soient pris en compte dans les décisions politiques ; encourager la responsabilité, la transparence et la reddition des comptes dans le secteur public par le biais d’un soutien accru aux bonnes pratiques de gouvernance ; instaurer un terrain d’entente avec le gouvernement au moyen d’approches participatives dans la planification du développement et renforcer les initiatives nationales de réduction de la pauvreté ; fournir, en collaboration avec le gouvernement, des prestations de services au niveau local avec des solutions novatrices et financièrement rentables.

Cette nécessité d’accroître la capacité des organisations de la société civile à exercer plus efficacement leur rôle d’acteurs indépendants du développement correspond à la volonté et aux approches de partenaires au développement qui ont accru progressivement leur collaboration opérationnelle avec elle en finançant ses initiatives de développement et en l’impliquant dans des projets qu’ils financent. A titre illustratif, le taux de participation des organisations de la société civile aux projets financés par la Banque Mondiale, est sans cesse croissant ces dernières années dans le monde.

Toutefois, ces actions, consultatives pour l’essentiel, ne permettent pas à la société civile de peser véritablement dans le processus décisionnel du pouvoir politique. Il revient alors à l’Etat d’assumer le leadership d’élever la société civile au rang d’institution reconnue, dotée d’une autorité et de modes acceptés de représentation. Ce renforcement des associations en institutionnalisant la relation entre l’Etat et la société civile, combiné au renforcement des synergies entre associations et au renforcement des capacités techniques des organisations, va permettre à l’Etat de se mettre au service de la société civile.

C’est pourquoi, au moment où nous nous battons pour l’avènement d’un régime véritablement démocratique, nos sociologues, économistes et constitutionnalistes devraient nous aider à trouver une façon originale et constructive, celle  de canaliser  la force vivifiante et créatrice du capital social produit par la société civile pour l’injecter avec organisation et méthode dans les chantiers de l’émergence. Ils nous rendraient service, ainsi qu’à Durkheim pour qui « le  seul idéal que puisse se proposer la raison humaine est d’améliorer ce qui existe, or c’est de la réalité seule qu’on peut apprendre les améliorations qu’elle réclame ».

La rédaction

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