Centrafrique : « Perturbation du secteur pétrole » : un scénario prédit par Mme Marie Claire BITOUANGA !

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Perturbation du secteur pétrole : un scénario prédit il y a deux ans par madame Marie Claire BITOUANGA

Le pétrole, est un mélange d’hydrocarbures (molécule d’hydrogènes et de carbone) ainsi que d’autres atomes tels que le soufre, l’azote, l’oxygène, découvert au milieu du 19ème siècle, d’abord en Allemagne puis en Pennsylvanie aux USA.

Dans l’antiquité, le bitume était utilisé comme isolant.

Les égyptiens utilisaient le pétrole pour la momification des corps. Les mésopotamiens l’utilisaient comme produits cosmétiques et combustibles. En Mésopotamie, le pétrole remontait à la surface de la terre sous la forme d’un suintement de bitume utilisé comme mortier dans la construction. En pèlerinage en Terre Sainte en 2012, nous avons pu le constater lors de la visite de la Synagogue de Capharnaum où les fondations étaient noires dues à la couleur du mortier qui était à base de bitume.

Les Etats Unis d’Amérique sont les premiers pays producteurs de l’or noir 16.585 Millions de Barils par Jours (MBJ) soit 18.5% de la production mondiale, suivi de l’Arabie Saoudite avec une production journalière de 10.954 MBJ soit 12.2% de la production mondiale, et de la Russie 10.944 MBJ soit 12.2% de la production mondiale.
Les autres pays producteurs sont le Canada, l’Irak, la Chine, les Emirats, l’Iran, le Brésil et le KOWEIT. Le premier producteur africain est le Nigéria est loin derrière avec 1.18 MBJ, suivi de l’Algérie, de l’Angola, la Libye, l’Algérie, l’Egypte, le Soudan, le Congo Brazzaville, le Gabon et le Tchad. Les trois grandes réserves du monde en pétrole sont le Venezuela, la Canada et l’Arabie Saoudite. Le pétrole est utilisé pour fabriquer le carburant, le kérosène pour l’aviation, l’essence, le gasoil, le pétrole lampant, le fioul utilisé par MOCAF pour les brasseries, le bitume et le gaz propane liquéfié (GPL).

C’est réellement en 1859, d’abord en Allemagne puis en Pennsylvanie aux USA que l’industrie pétrolière est née.

Le pétrole est un produit vital dans la vie des populations. C’est aussi un produit stratégique dans la vie des Nations tant pour leur économie pour faire marcher leurs industries que comme collecteur d’impôts pour remplir les caisses du Trésor Public.

Le pétrole est un grand générateur d’énergie et l’économie ne peut fonctionner sans énergie. Jusqu’en 1975 en Centrafrique, le secteur pétrolier était tenu par les grandes entreprises françaises, hollandaises, italiennes, anglaises ou américaines telles que Texaco, SHELL, British PETROLEUM (BP), AGIP, MOBIL, ESSO…..Le Port pétrolier SEP appartenait bien entendu à ces groupes privés.

Il faut aussi savoir qu’il existe un YALTA pétrolier où les grands groupes se sont repartis leur domaine d’intervention dans le monde. Ainsi le géant français TOTAL règne sur le bassin de la Méditerranée et toute la Côte-Ouest de l’Afrique où il est actionnaire dans toutes les raffineries. En 1973, le monde est secoué par la première crise énergétique, le premier choc pétrolier mondial. C’était une crise due à la hausse des prix du pétrole occasionné par un pic de production aux USA couplé par l’abandon des accords de BRETTON WOODS qui a entraîné une dévalorisation du dollar qui a un effet sur les cours du pétrole qui sont libellés en dollars.

En même temps l’OPEP déclare un embargo pendant la guerre du YON KIPPOUR en Israël. Ce qui a comme effet d’augmenter le prix du baril de pétrole qui a quadruplé. Ce choc va se poursuivre jusqu’en 1979. Profitant de ces troubles mondiaux, qui avaient des répercussions sur l’approvisionnement en Centrafrique et devant la pénurie occasionnée par la crise, le Président BOKASSA a cru bon de nationaliser le secteur et de créer la CENTRA HYDRO, société publique pour la commercialisation et la distribution des produits pétroliers en Centrafrique.

Très rapidement apparaît les problèmes de gestion comme on peut s’en douter, gabegies, prédations de toutes sortes et surtout les pénuries à la pompe. Nous étions toujours en plein crise pétrolière mondiale. Et le Président BOKASSA a oublié un petit détail, en chassant les grands groupes pétroliers de Bangui il allait les retrouver sur les côtes africaines comme fournisseur comme mentionné plus haut. La date de son investiture comme empereur s’approchait et il n’y avait pas de carburant dans les stations et BOKASSA demanda alors l’aide de l’IRAK en pétrole. On a appris que des tankers entiers de pétrole irakien destiné à la RCA auraient disparu en pleine mer.
A la veille de l’investiture de BOKASSA comme empereur, il n’y avait aucune goutte de pétrole à Bangui et il a fallu mettre en place un pont aérien pour la livraison de carburant pour la fête !

De plus CENTRA HYDRO n’arrivait pas à jouer son rôle de collecteur de taxes pour la caisse du Trésor Public. Bien entendu les Institutions de BRETON WOODS qui venaient régulièrement dans les pays africains en revue, constataient que les caisses de l’Etat sont désespérément vides, et une fois de plus ont exigé la privatisation du secteur, pour être sûr que les taxes destinées à l’Etat iront bien dans les caisses de l’Etat.

CENTRA HYDRO fut liquidé au début des années 80 pour laisser la place à une société de droit privé à capitaux français, la TOCAGES (Total Centrafricaine de Gestion) avec un directeur général expatrié, secondé par un directeur général adjoint national. TOCAGES fonctionnera jusqu’à la fin des années 80, où le DGA centrafricain commençait à se sentir à l’étroit dans son costume de DGA et le gouvernement décida alors de mettre fin à la société TOCAGES, PETROCA (la Centrafricaine des Pétroles) naquit ainsi sur les cendres de feue TOCAGES.

PETROCA crée en 89 sera une société d’économie mixte de droit centrafricain 51% de capital pour la partie centrafricaine et 49% pour TOTAL. Le DG est centrafricain, le DGA est français, le directeur financier et le directeur d’exploitation sont français et le directeur commercial est centrafricain. Je secondais le directeur d’exploitation au port pétrolier comme directeur d’exploitation-adjoint.
Au moment du départ du dernier DG français, il me fit cadeau de son ordinateur avec tous ses fichiers tout en me disant qu’il savait que j’allais en faire un bon usage.
Nous devions faire la prochaine campagne d’approvisionnement en vrac appelé CARVRAC, nous-même sans assistance. Il fallait élaborer le plan de campagne et du SUPPLY (approvisionnement) en reprenant la démarche et le schéma du DG expatrié sortant. Nous étions un groupe de quatre, DOUZIMA Jean-Pierre, DEDE-LANZA Stéphane, KOUKOU-KONGAS et moi-même. Dieu merci nous avons réussi l’exploit de reconstituer la démarche d’approvisionnement, de se l’approprier et de maîtriser toutes les procédures des campagnes, même pendant l’opération turquoise, avec les évènements du Rwanda qui ont joué sur nos prévisions et qui ont aussi joué à la hausse sur la demande nationale des produits pétroliers. Il fallait prendre en compte les besoins de l’opération en plus de la consommation nationale. Nous nous devions d’être prudents passant des commandes de quinze mois : une année de consommation et trois mois de stock de sécurité.

C’était aussi une obligation de l’armée française qui nous imposait une gestion prudente des stocks pour un produit hautement stratégique, laquelle obligation s’est avérée efficace par la suite, nous n’avons pratiquement pas connu de pénurie pendant cette période-là.
En matière de gestion de stock tout comme en matière de gestion financière, il faut être très prudent. On ne peut appliquer la loi de stock zéro, c’est-à-dire avoir un minimum de stock disponible à Bangui et ne passer les commandes qu’en appoint, pour ce qui concerne ce produit hautement stratégique et d’intérêt national.

Au début des années 90, l’Afrique centrale a connu deux crises socio-politiques au R.D.CONGO et au Rwanda (Opération turquoise), qui ont joué sur notre capacité de gestion du secteur pétrolier et joué à la hausse sur nos besoins nationaux, tant mieux que mal nous avons fait face à la demande supplémentaire , avec une commande spot au Nigéria pour compenser la surconsommation.
Un client congolais apparut, le Mouvement de Libération du Congo (M.L.C) basé à GBADOLITE et a commencé à s’approvisionner à partir du Centrafrique, nanti de toutes les autorisations administratives nécessaires pour se faire livrer en exonérations de taxe.

Curieusement et rapidement deux autres clients surgissent dans le sillage du client MLC et ont commencé à passer des commandes en Hors Taxes (HT). C’étaient les clients AAA et BBB, inconnus des services du dépôt de KOLONGO (KLG). Il semblerait que ce sont des clients qui viendront de la OUAKA. Le dépôt qui recevait les ordres de la direction commerciale ne fait qu’exécuter les ordres, tout en se posant des questions.

En 1993, le Président PATASSE est élu. Et comme il se doit, quand il y a changement de régime un audit des lieux est fait par l’Inspection Générale d’Etat (I.G.E) qui s’est rendu compte que les deux clients devaient ensemble, un milliard de francs à PETROCA, chacun environ 500 millions. Le DG de PETROCA est bien convoqué à l’IGE et bien évidemment est relevé de son poste avec le directeur commercial et est remplacé par un autre DG.

J’étais toujours au port pétrolier quand on nous a annoncé, la livraison d’un don libyen de 55 millions de litres, tout produit confondu, soit l’équivalent de 10 milliards de francs CFA. En tant qu’exploitant je n’ai reçu que 5 millions de litres dans les installations de KLG, le bilan est disponible camions par camions, produits par produits. Malheureusement les 50 millions de litres sont partis en fumée quelque part en pleine mer sur la côte-ouest de l’Afrique.

Le gouvernement centrafricain aurait fait un prêt de 10 milliards de francs, hypothéqué par cinq sites : le LEDGER, l’Ambassade de la LIBYE en face de l’immeuble PETROCA, la Marine Nationale en face du Rock-club, l’immeuble à côté du Ministère du Tourisme et un autre immeuble en ville. Ces sites sont juridiquement la propriété de la Libye jusqu’au remboursement intégral de la dette. Un contrôle de l’I.G.E est venu auditer l’opération, nous avons pu justifier les 5 millions de litres arrivés effectivement à Bangui. Pour les 50 autres millions de litres, le D.G ne pouvant se justifier est limogé et remplacé par un nouveau.

Entre-temps, j’ai été promue, directeur commercial, la facturation et l’ordre de livraison était sous ma responsabilité. C’est à ce moment que je reçois les commandes d’un nouveau client ZONGO OIL ; apparemment de droit congolais et à qui il m’est demandé de livrer en exonérations de taxes.

Pour avoir droit aux Hors Taxes (HT), il n’y a que deux schémas possibles: soit on reçoit une exonération du Ministère des Finances, seul habilité à le faire, soit on achète en tout taxe, en traversant à ZONGO en fait les démarches douanières auprès de la douane centrafricaine rive droite qui constate la sortie du produit du territoire centrafricain et de la douane congolaise rive gauche qui constate l’entrée du produit en territoire congolais, une fois les produits livrés, les documents visés sont ramenés au niveau de la douane centrafricaine pour l’apurement de l’opération au sommier et la direction commerciale établit un avoir sur la valeur de la détaxe qui sera utilisé comme moyen de paiement sur les prochaines livraisons.

Les deux schémas préconisés ne rentraient pas dans le mode opératoire du client ZONGO OIL et je fus relevée de mon poste.
L’opération va se poursuivre pendant au moins deux ans, jusqu’à ce que les banques se rendent compte de l’érosion monétaire au niveau des versements de PETROCA. Le Président PATASSE ayant été informé par les banques me convoqua, en tant qu’ancien directeur commercial, à la résidence Adrienne, appelée aussi 124, avec le syndicat de base pour être entendu. Les explications furent données et le DG, après contrôle fut limogé en 1998. Les Institutions financières internationales reviennent à la charge et le gouvernement décida de la liquidation de PETROCA et la libéralisation du secteur pétrolier aval.

A cette époque-là, PETROCA réalisait un chiffre d’affaires mensuel de 2.5 milliards de francs CFA et reversait au Trésor Public environ 30% des recettes et 30% du prix à la pompe, soit une moyenne de 800 millions par mois et donc 10 milliards par an.
En quoi consiste l’affaire ZONGO OIL.
Un litre de carburant coûte en moyenne 850 francs à la pompe. Le prix de revient du produit en hors taxe à KLG est de 550 francs, le transport ville est de 10 francs, la marge du marketer est de 40 francs, la marge de la station est de 15 francs et le reste soit 235 francs représentent les taxes à reverser au Trésor Public que ZONGO OIL (ZO) ne reversera pas et qui constituerait ainsi sa marge. Pour rendre l’opération attractive pour la station, ZO reverse une marge supplémentaire de 35 francs au gérant de la station pour mieux l’appâter.

Le grand perdant était l’Etat qui ne percevait plus rien.

En résumé le produit acheté par ZO ne traversait pas au CONGO, restait en Centrafrique et était écoulé sur le marché national. ZO fonctionnait comme un intermédiaire entre PETROCA et les stations de PETROCA.
Pour comprendre les choses à l’époque du Président KOLINGBA, au moment j’entrai dans la profession de pétrolier, le secteur pétrolier était l’un des cinq piliers des recettes du Trésor Public avec la Douane. Les autres piliers sont les cigarettes (MANUCACIG), la bière (MOCAF), le bois et le diamant. Ces piliers permettaient déjà à l’Etat de faire face à dépenses régaliennes du mois. Aujourd’hui, on pourra ajouter la téléphonie mobile comme sixième pilier.

En 2000, TOTAL reprenait le flambeau avec TRANSOIL. Ce dernier disparaitra avec le départ de PATASSE, suite au coup d’Etat de 2003. TRANSOIL sera remplacé par TRADEX et plus tard SPARDOIL et autres.
Le port pétrolier est géré par une société de droit privé, la Société de Gestion des Actifs Logistiques (SOGAL) avec un DG expatrié même si les installations appartiennent à l’Etat. Les produits sont commandés, importés, transportés, stockés et distribués par les propriétaires des produits eux-mêmes ; qui sont les marketers qui sont TOTAL et TRADEX.

Au bout de huit ans de fonctionnement les velléités centrafricaines reprennent le dessus et en 2008, contre toute attente et en dépit de toute logique ; le Gouvernement décida de nationaliser le port pétrolier. SOGAL est remplacé par SOCASP, la Société Centrafricaine de Stockage des Produits Pétroliers. Les installations appartiennent à l’Etat et les produits appartiennent aux marketers. L’Etat aurait pu simplement exiger un fermage ou un loyer.

SOCASP est une société d’Etat avec un DG centrafricain qui rapidement va contracter un prêt de deux milliards pour, soit disant, construire un quinzième bac de 5000 m3 ou 5 millions de litres afin d’augmenter la capacité de stockage de KLG. Des rumeurs ont commencé à circuler sur l’utilisation de ces fonds. Un contrôle de l’IGE descend pour constater les dégâts et le DG est mis en prison. D’autres rumeurs font état d’un trafic de produits pétroliers à l’intérieur du dépôt même. Le bac de 5000 m3 sera inauguré 11 ans plus tard avec un surcoût bien évidemment.
C’est ainsi que le secteur pétrolier a évolué depuis l’indépendance avec des crises récurrentes et cycliques tous les dix ans environ.

La prochaine fois je parlerai de la programmation de la campagne CARVRAC qui doit tenir compte de nombreuses contraintes telles que le disponible dans les dépôts ; la consommation moyenne mensuelle, l’autonomie, le stock de sécurité, la disponibilité des produits dans les raffineries, la disponibilité des tankers pour le transport des produits à MATADI, le creux au niveau des installations de SEPCONGO, la disponibilité des barges SOCATRAF pour les remontées, l’étiage de la rivière OUBANGUI et la durée de la campagne qui est de six mois à KLG de juin à décembre et de trois mois à SALO d’octobre à décembre.
J’observe que la campagne de cette année est perdue. Les acteurs du secteur et le gouvernement ont perdu du temps en atermoiements et discours de sourds sans pour démarrer timidement qu’après trois mois d’inertie et il ne nous reste plus que deux mois pour remonter les 120 000m3 (120 millions de litres) de la consommation centrafricaine annuelle sans tenir compte du stock de sécurité. Une prouesse impossible en conséquence, dès lors je peux prédire sans risque de me tromper, que 2023 sera pénible et 2024 beaucoup plus si on n’y prend pas garde.

Sans compter que, la situation actuelle où tout le monde est devenu marketer et autorisé à vendre du carburant aux coins des rues, sera profitable qu’à ces marketers de fortune, plus qu’à l’Etat qui se verra privé d’environ 2.2 milliards de francs par mois et 26.4 milliards par an soit un peu plus de 20% du budget révisé de 2022, ce que lui rapporte le secteur en temps normal y compris la redevance d’Usage Routier (RUR) qui s’élève à environ 500 millions, et ceci à un moment où les appuis budgétaires se font rares et que l’Etat a dû couper son budget en deux de manière drastique , au collectif budgétaire.
Sans compter aussi que cette situation va désorganiser durablement le secteur et empêcher les marketers patentés de faire leur campagne d’approvisionnement dans les normes.
COMME ON PEUT LE CONSTATER, LE GOUVERNEMENT LUI-MEME EN DESORGANISANT LE SECTEUR SE FAIT HARAKIRI CAR GERER OU GOUVERNER C’EST PREVOIR DIT-ON.

Marie Claire BITOUANGA

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