Centrafrique : « Nous sommes face à une situation qui interpelle notre courage prophétique et notre action », selon les évêques catholiques

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MESSAGE DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES DE CENTRAFRIQUE À L’ÉGLISE FAMILLE DE DIEU, AUX HOMMES ET AUX FEMMES DE BONNE VOLONTÉ

‘‘TOUS DISCIPLES, TOUS MISSIONNAIRES

« COMME LE PERE M’A ENVOYÉ, MOI AUSSI JE VOUS ENVOIE » (JN 20, 21)

 

 

  1. Chers frères et sœurs dans le Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté, à vous tous, grâce et paix de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus Christ. Au début de cette nouvelle année 2024, puisse le Seigneur faire resplendir sur vous, vos familles, vos amis et connaissances, sur vos projets de vie ainsi que sur notre beau pays la République Centrafricaine (RCA), la lumière de sa face et qu’Il vous donne sa paix, qui est la source de tout bien.
  2. Réunis en Assemblée Plénière ordinaire de la Conférence Épiscopale Centrafricaine (CECA), nous, évêques de Centrafrique, avons prié, médité et réfléchi. Ce temps de grâce nous a permis d’évaluer les activités des différentes sections des conseils épiscopaux, de définir les orientations et les initiatives à entreprendre pour rendre ces dernières plus efficaces. Nous avons ainsi choisi d’approfondir la thématique de la mission dans le sillage du Synode.
  3. L’expérience du parcours synodal vécue au niveau paroissial, diocésain, national et continental et, tout récemment, lors de la première session de l’Assemblée Générale Ordinaire à Rome du 04 au 28 octobre 2023 a, en effet, permis de révéler les atouts et les valeurs à consolider : la libéralisation de la parole, l’écoute mutuelle, l’inclusion des marginalisés, le discernement et le respect du sens de la foi des fidèles. Elle a aussi permis de jeter les lumières sur les ombres, les chantiers et défis qui nécessitent d’aller en eaux profondes, de renouveler des structures et des dynamiques ecclésiales afin d’instaurer une nouvelle culture et manière de vivre en Église. L’un des défis majeurs est celui de la reconnaissance de l’égale dignité de tous les baptisés appelés à devenir tous, les sujets et porteurs de la mission.

I. PROMOUVOIR LA CORESPONSABILITE DANS LA MISSION

  1. Découlant du mystère de la Sainte Trinité, l’Église n’a de finalité que celle d’annoncer la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Elle est appelée à faire de toutes les nations des disciples par le baptême donné au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (cf. Mt 28, 19-20). Elle contribue ainsi à faire advenir le Royaume de Dieu. La mission est la nature profonde de l’Église et la synodalité en est le chemin.
  2. Le Concile Vatican II, avec sa compréhension de l’Église comme Mystère, Peuple de Dieu, Communion et Temple de l’Esprit Saint, a insufflé une nouvelle dynamique d’être en Église qui rompt fondamentalement avec la compréhension pyramidale antérieure. Lors des larges consultations du Peuple de Dieu sur la synodalité, nombre de chrétiens ont dénoncé le manque de coresponsabilité entre clercs et laïcs dans le mode d’organisation, de fonctionnement et de gouvernement de l’Église et de l’annonce de l’Évangile. Sortir de la rivalité stérile entre clercs et laïcs est aujourd’hui un défi urgent qui s’impose à notre Église. Cette sortie passe par la conversion des mentalités, des esprits et des cœurs, une meilleure articulation du sacerdoce commun et ministériel, une redéfinition du sens de l’autorité et la coresponsabilité dans la mission.
  1. En cette année de la mission, la synodalité apparaît ainsi comme un appel du Seigneur à marcher ensemble, prêtres et fidèles laïcs, en assumant la responsabilité commune de servir la communauté chacun selon sa vocation propre. Nous saluons et encourageons le rôle que jouent les catéchistes et les responsables des communautés dans les secteurs pastoraux, en particulier ceux qui ne reçoivent pas régulièrement la visite du prêtre. Nous nous réjouissons de l’engagement des laïcs dans la dynamique de l’auto-prise en charge et de leur implication dans la réhabilitation, l’agrandissement et la construction de leurs églises et chapelles.
  2. La synodalité est aussi un vibrant appel à redécouvrir le sens de l’autorité comme service à l’image du Christ-Serviteur, lui qui s’est abaissé en prenant la condition d’esclave (cf. Ph 2, 3-11) et qui n’a pas hésité à déposer ses vêtements pour laver les pieds de ses disciples (cf. Jn 13, 1-17). Une autorité qui se fait service ouvre nécessairement au discernement des charismes, des dons et des ministères dans l’Église. La diversité des dons, des services et des activités, loin d’être source de conflits ou de rivalité, sont en réalité au service de la mission (cf. 1Co 12, 4-7). Dans cette perspective, nous devons comprendre que le Saint Esprit s’exprime à travers toutes les composantes de l’Église en tant que Peuple de Dieu, évêques, prêtres, religieux et religieuses, catéchistes, laïcs, hommes, femmes et enfants. Tous, nous avons, de par le baptême, revêtus le Christ (cf. Ga 3, 27).
  1. A cet effet, dans la dynamique de la marche vers la deuxième Assemblée Générale du Synode prévue en octobre 2024, nous invitons les communautés ecclésiales de base, les communautés paroissiales et les différentes instances diocésaines à repenser les structures pastorales, les modes de gouvernement et de décisions de notre Église particulière de telle manière que les réflexions débouchent sur des propositions concrètes valorisant les charismes et les ministères de chacun. Ce chemin ne peut être pleinement envisagé que lorsque nous prenons le pari de la Vérité et demeurons sous l’action de l’Esprit, lui qui doit nous mener à la Vérité toute entière (cf. Jn 16, 13).

 

II. LE COURAGE DE LA VÉRITÉ DANS LA MISSION

  1. La mission de l’Église consiste à annoncer le Christ, Lui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Ainsi, pour les chrétiens, la vérité n’est pas d’abord une idée abstraite, ni la corrélation et l’adéquation entre la pensée et la réalité. La Parole éternelle de Dieu qui a pris chair de la Vierge Marie est la Vérité. Elle est une personne, le Christ Jésus. La Vérité est donc au cœur du contenu de la mission de l’Église. L’annonce de l’Évangile impose à l’Église toute entière d’être de façon permanente en phase avec la vérité, à y demeurer, à la promouvoir. Fort du mystère de l’Incarnation et confiante de l’amour de la vérité qui l’anime et qui la détermine, l’Église partage et fait siens les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses et encourage les potentialités des hommes et femmes de son temps (GS n.1).
  1. 10. La lumière de Dieu vient éclairer nos ténèbres et nous engage à faire la vérité, en particulier, sur les sombres situations de notre vi Il s’agit en premier lieu des abus de pouvoir, de la misère sociale et de la pauvreté endémique, de l’insécurité, de la déstructuration du système éducatif et de la crise des valeurs fondamentales. En second lieu, nous nommons l’impact négatif de l’utilisation des réseaux sociaux et de nouvelles technologies, les campagnes volontaires de manipulation et de désinformation tous azimuts qui sont aujourd’hui utilisés comme des canaux pour nuire aux personnes et porter atteinte à leur dignité et à leur réputation. Enfin, nous ne saurons oublier les catastrophes naturelles, notamment les inondations des mois de novembre et de décembre 2023 et leurs conséquences, les impacts de la déforestation, la dégradation des voies routières et la poussière ambiante avec leurs conséquences sur la santé publique. Toutes ces situations sont autant de défis qui s’imposent aujourd’hui à nous.

11.Nous avions déjà rappelé dans notre message du 15 janvier 2008 notre responsabilité commune en ces termes : « À chacun sa part de responsabilité dans tous les maux dont souffrent aussi bien l’Église que la Nation toute entière 1 » et nous avons évoqué l’année dernière « La métaphore de la maison spirituelle à construire avec  des pierres vivantes, que développe saint Pierre aux premières communautés chrétiennes (cf. 1P 2, 5)2 ». Nous sommes face à une situation qui interpelle notre courage prophétique et notre action. L’annonce de la Bonne Nouvelle ou le kérygme a été avant tout un simple cri, cri de joie, cri de victoire de la vie sur la mort. Proclamer la Parole signifie tout simplement dire la Parole de vie pour notre monde qui a peur de la vérité et de la justice.

12.Exhortons avec longanimité, constance, persévérance, indulgence, patience et souci d’enseigner. Nous apportons notre soutien et réconfort à tous les chrétiens persécutés à cause de leur intégrité morale et par fidélité à leur foi. Nous devons ainsi dénoncer les maux de notre société et nous engager résolument à y trouver des solutions. Chacun de nous doit être la voix du Christ qui continue à encourager ses frères et sœurs à avancer sur la voie qui conduit à la libération de toutes les misères, des désinformations et des conditionnements qui avilissent l’humain. Nous sommes appelés à porter la voix des périphéries en cherchant avant tout à y répondre nous-mêmes comme missionnaires de la miséricorde de Celui qui nous envoie.

III. VIVRE LA MISSION COMME COMPASSION

13.Disciples et missionnaires, nous le sommes tous en reprenant le combat du Christ pour la dignité humaine, pour la bonne réputation de nos frères et sœurs, pour le soulagement des détresses humaines de notre société centrafricaine, en contribuant, avec le peu que nous avons, à la réduction de l’insécurité alimentaire et autres souffrances de notre société.

14.La mission du Christ l’a conduit à partager la vie de toutes les personnes en détresse qu’il rencontrait. Il s’est mis à leur écoute et il a partagé leurs souffrances. Un cœur compatissant est un moteur pour la mission dans l’Église. Par toute sa vie, le Christ nous a enseigné qu’il y a un lien indéfectible entre la mission et la compassion. À la suite de Jésus, la compassion est l’une des attitudes fondamentales que doit avoir le missionnaire. Parce qu’il regarde le monde à la manière du Christ, c’est-à-dire avec un cœur et des yeux pleins de miséricorde, le chrétien y découvre des réalités humaines qui nécessitent, non seulement qu’il apporte la lumière de l’Évangile mais aussi qu’il pose des gestes qui soulagent. Faire preuve de compassion ne consiste pas seulement à faire montre d’empathie, à prodiguer des conseils ou à apporter une quelconque aide. La véritable compassion naît d’un cœur qui écoute les cris des autres et qui se laisse attendrir par leur détresse. Compatir avec les autres, c’est se laisser toucher par leurs souffrances et les partager.

15.Appelés et envoyés, et face aux différentes situations de détresses qui touchent nos frères et sœurs en Centrafrique, nous devons nous revêtir des sentiments de compassion (Cf. Col 3, 12). Nous voulons ici encourager les actions du gouvernement, des acteurs humanitaires et de la MINUSCA qui, parfois au péril de leur vie, n’ont pas hésité à apporter des aides à des personnes rendues fragiles par l’insécurité ou par les catastrophes naturelles. C’est le cas, par exemple, lors du récent massacre perpétré dans le village de Nzakundu, dans la Préfecture de Lim-Pendé, ou encore lors des récentes inondations qui ont semé la désolation dans plusieurs quartiers de Bangui et dans certaines localités de nos provinces. Par ailleurs, des familles et des particuliers ont fait preuve de compassion en accueillant chez eux des personnes qui avaient perdu tous leurs biens. Si les défis restent énormes, ces initiatives et gestes de compassion et de solidarité sont un motif de joie et d’espérance à promouvoir.

16.Nous encourageons les fidèles catholiques ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à cultiver davantage le sens de la solidarité et à écouter les cris de leurs frères et sœurs qui se retrouvent dans des situations de détresse. N’oublions pas que le Christ est présent en ces personnes éprouvées, car, dit-il, « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

17.La compassion qui nous anime et nous pousse comme missionnaires à nous mettre au service des autres doit être dépouillée de tout calcul égoïste. Faire le bien à ceux qui souffrent, apporter la joie et l’espérance à ceux qui sont désespérés font partie de la mission de l’Église. Nous encourageons les fidèles catholiques, ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à se mettre au service de leurs frères sans rien attendre en retour. Il s’agit surtout de ne pas exploiter, de quelque manière que ce soit, la fragilité et la détresse de ces personnes. En effet, le chrétien qui fait l’expérience personnelle de la grandeur et de la gratuité de l’amour du Christ ne peut ne pas se sentir appelé à partager gratuitement cet amour avec les autres : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). La mission comme annonce de la Bonne Nouvelle par la parole et le témoignage de la vie est gratuité et don de soi. A la manière du Christ, il s’agit de faire le bien sans rien attendre en retour. Il convient de se réapproprier ces valeurs de gratuité, du don de soi et du service, et de les enseigner à la jeune génération.

18.Puisse l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, la Mère de toute compassion, guider nos différents apostolats et engagements en cette année de la mission.

 

Donné en la Cathédrale Notre Dame de l’Immaculée Conception de Bangui, le 14 janvier 2024.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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