Centrafrique : Ngamana et Djemé cités dans une affaire d’attribution du marché de 140 véhicules des députés à un béninois

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Le 1er vice – président de l’assemblée nationale Evariste Ngamana, député de Carnot 1, et le 4ème vice – président Marien Djémé, député de Nola 2, sont cités dans une sale et nauséabonde affaire d’attribution du juteux marché des véhicules des élus de la nation à un ressortissant béninois qui se fait passer pour le consul du Burkina – Faso en République Centrafrique. C’est par la formule consacrée de contrat de gré à gré que cette  concession aurait été conclue.

En effet, comme sous la 6ème législature, le président de l’assemblée nationale Simplice Mathieu Sarandji et le bureau ont instruit les nommés Ngamana et Djémé de prendre contact avec les sociétés concessionnaires de la place en vue de doter tous les députés de la 7ème législature des véhicules de fonctions, sur financement du budget de l’assemblée nationale, constitué des frais d’assistance parlementaire et des frais de restitution. Cependant, au lieu de se conformer scrupuleusement aux dispositions de l’article 2 de la loi n°08.017 du 6 juin 2008 portant code de marchés publics et délégations de service public en RCA, et consacrant le respect des principes, quel qu’en soit le montant, du libre accès à la commande publique, de l’égalité de traitement des candidats, de l’économie et l’efficacité du processus d’acquisition ; et de la transparence des procédures, et ce à travers la rationalité, la modernité et la traçabilité des procédures, en parfaits délinquants en col blanc, ils ont décidé, après avoir sollicité aux sociétés CFAO et GACOA la mise à leur disposition des factures pro-formas établissant le montant de livraison de 140 véhicules type 4×4, de marque Toyota Hilux, d’attribuer ledit marché à CFAO, moyennant certains préalables.

C’est ainsi qu’une fois alors nantis des informations relatives au prix d’un véhicule, soit 18.500.000 de Fcfa HT, d’où un coût total de 2.600.000.000 de Fcfa HT, nos deux filous de députés vont, dans la plus stricte confidentialité, reprendre langue avec la CFAO pour l’établissement de la facture définitive et exiger en contrepartie des commissions d’un montant de 200 millions de Fcfa. A cette question, ils se sont entendu rétorquer par leur interlocuteur que, les véhicules étant exonérés, il ne sait comment faire pour réserver une suite favorable à cette exigence. En fins profito – situationnistes, ils proposent dans la foulée d’arrêter le prix d’un véhicule à 20.500.000 de Fcfa, soit une augmentation de 2.000.000 de Fcfa. Mais, là encore, à leur grande surprise, le commercial de la CFAO leur assène sur le crâne un coup de refus par « comment justifier alors la sortie de ces fonds des comptes de la société ? ».

Sur ce, nos deux lascars d’élus de la nation, ne sachant plus comment faire, de retour au bureau, se sont concertés et ont agréé de confier in fine le marché des 140 véhicules à un sujet de nationalité béninoise, et consul du Burkina – Faso en Centrafrique. Informés, par des sources proches de l’assemblée nationale et des renseignements généraux, des contacts et échanges discrètement entretenus entre ce dernier et leurs collègues Ngamana et Djémé, d’une part, et de la nouvelle de l’adjudication de manière très confidentielle dudit marché par la formule de contrat de gré à gré à un particulier, d’autre part, le 1er questeur José Henri Gbogouda et son équipe ont convenu d’en savoir davantage près les sociétés concessionnaires de la place. A CFAO, non seulement les oui – dires qu’ils ont entendus leur ont été méticuleusement confirmés, mais surtout les copies des factures pro- formas, objet de leur mission, leur ont été régulièrement communiquées à mains propres. Fort de ces documentations, ils auraient tout rapporté au président de l’assemblée nationale qui peine, fort étonnement à réagir, jusqu’au jour où nous mettons sous presse.

Mais, de tout ce qui précède, là où le bât blesse, ce sont toutes les gymnastiques budgétaires minutieusement orchestrées par le ministre des finances et du budget, un certain Henri Marie Dondra, l’actuel premier ministre, pour que la dotation des députés de la nation des véhicules soit rendue possible, sous la 6ème législature, et devienne aujourd’hui institutionnalisée, en usant des mécanismes de légalisation d’une pratique irrégulière de détournements des crédits et de leurs allocations à des fins pour lesquelles ils n’ont pas été créés et votés par le législateur. En effet, proposée par la majorité des parlementaires à la lecture du ministre des finances et du budget, cette initiative avait fait l’objet d’une lettre de garantie de sa part adressée directement au directeur général de la banque CBCA où sont censés être domiciliés leurs comptes, afin de soutenir les demandes d’acquisitions des véhiculées formulées par les 140 députés.

Pour ce faire, le directeur général du Fagace s’est techniquement fondé sur les crédits intitulés respectivement « frais d’assistance parlementaire d’un montant de 150.000 Fcfa » et « frais de restitution d’un montant de 450.000 Fcfa », et inscrits dans les différents budgets de l’assemblée nationale, pendant toute la période de cinq années de la législature. Le total cumulé de ces crédits fait un solde créditeur mensuel d’un montant de 600.000 FcFA, en ce qui concerne un député, soit un total de 7.200.000 de Fcfa par an. A raison de ce que la valeur d’un véhicule est arrêtée à 18.500.000 HT de Fcfa, des prélèvements directement opérés, sur son compte en débit et à la source, sur cette cagnotte mensuelle constituée de 600.000 Fcfca, permettraient donc à la banque de rentrer dans le recouvrement total de sa facture, en trente mensualités.

C’est donc tout naturellement sur la base de cette simulation, échelonnée finalement sur cinq ans, que le bureau de l’assemblée nationale a pu manœuvrer, par l’entremise du ministère des finances et du budget qui s’est porté garant de la suite des transactions, vis – à – vis de la banque CBCA et de la société adjudicataire du marché, pour doter les 140 députés de la 6ème législature de ces moyens de déplacement. Seulement, illo tempore, le 1er vice – président Jean Symphorien Mapenzi, en dépit des injonctions à lui faites par le ministre des finances et du budget Henri Marie Dondra et le directeur de cabinet du président de la République Firmin Ngrébada, lors d’une rencontre à trois ayant eu lieu dans un Bar – restaurant de la place, aux fins d’empocher des rétrocommissions d’un montant de 200 millions de Fcfa, si ledit marché avait été attribué à un particulier, ne s’était pas laissé avoir et avait pris sur lui la courageuse responsabilité de confier ce marché, conformément aux dispositions de l’article 46 du code des marchés publics à la société concessionnaire CFAO, et ce, au nom du regard social et pour des raisons de fourniture et de livraison de ces véhicules, en bon état et en toute sécurité de garanties à leurs bénéficiaires. Ce qui  malheureusement n’est pas le cas, en l’espèce, c’est – à – dire en ce qui concerne les députés Ngamana et Djémé qui ont opté pour des arrangements mafieux et criminels avec un quidam, moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes, selon les renseignements en notre possession.

Que Simplice Mathieu Sarandji décide d’enfouir ces informations dans son tiroir ou qu’il se résolve d’en faire usage en les inscrivant à l’ordre du jour du bureau de l’assemblée nationale et de la conférence des présidents, ces fracassantes et salissantes révélations ont tout simplement le mérite de poser une nouvelle fois l’épineuse problématique des pratiques de siphonnages des crédits de l’état qui ont singulièrement marqué la gouvernance de Henri Marie Dondra. Des graves dysfonctionnements qui ont fini par faire dire à l’ancien 1er vice – président de l’assemblée nationale Jean Symphorien Mapenzi qu’aucune école, aucun dispensaire et aucun kilomètre de route n’a été financé sur les ressources propres de 2016 à 2021. Ce sont toutes ces manifestes et grotesques irrégularités, à l’exemple du détournement, à des fins d’acquisitions des véhicules des députés, des frais d’assistance parlementaire devant servir à la prise en charge financière mensuelle des assistants parlementaires, qui peuvent justifier le refus catégorique de l’actuel premier ministre, quand il assumait les fonctions de ministre des finances et du budget, de se soumettre à la procédure de reddition des comptes administratifs et comptables des lois de finances de 2016 à 2021.

Ceci dit, cette affaire de manipulations des crédits de l’état à des fins personnelles autres que celles pour lesquelles ils ont été alloués, à un moment où l’Etat centrafricain est confronté à de très fortes tensions de trésorerie, et à la rareté de liquidités, du fait du retrait des aides budgétaires françaises et des réformes structurelles imposées par le FMI, la BM et l’UE, au lendemain des élections catastrophiques du 27 décembre 2020, restera et demeurera cependant un non – événement. D’abord, pour les représentants nationaux qui sont devenus les bourreaux de leurs électeurs et de leurs propres lois, ensuite pour l’Imposteur de Bangui et son gouvernement, enfin pour tous les organes de contrôle administratifs et juridictionnels. Car, elle constitue le sang qui alimente et vivifie le système. Et cela est d’autant plus vrai que rien ne justifie le refus du ministère des finances et du budget de créer une ligne de crédits destinés à la couverture de cette dépense spécifique. Seulement, le faire, c’est recourir désormais à la procédure d’avis d’appel d’offres, avec le risque pour la mafia de ne plus avoir droit à des rétrocommissions que lui rapportent ces pratiques de contrats de gré à gré.

La rédaction

 

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