Centrafrique : Mr Alain Lamissi, prendrez – vous part à la conférence – débat du 24 août 2022 sur la révision constitutionnelle dans l’Amphithéâtre « Alphonse Blagué » ?

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PROFESSEUR ALPHONSE BLAGUE : MON AMI, MON MENTOR

Par @Lesplumes  08/08/2013

Dans notre parcours individuel ou collectif, il y a des hommes et des femmes qui nous marquent tant et si bien que nous voulons à tout le moins suivre leurs traces et même parfois nous identifier à eux. On ne naît pas héros ou martyr. On le devient. C’est la rencontre entre les circonstances historiques et un homme qui façonne le destin de ce dernier et le propulse au-devant des évènements. Deux personnes m’ont marqué : Maman Yassimandji, chef de quartier à Miskine et le Professeur Alphonse Blagué. Ces deux personnages sont des héros au vrai sens du terme. Aujourd’hui je parlerai de l’un et peut-être qu’un jour je parlerai de l’autre.

 Contexte de dictature en République centrafricaine

La montée en puissance de Jean Bedel Bokassa successivement autoproclamé, Maréchal, Président à vie et Empereur de Centrafrique était accompagnée par de nombreuses violations des droits de l’homme, la confiscation des libertés, les arrestations arbitraires, les assassinats, les déportations, la censure, etc.

Dans ce contexte d’oppression et de délation, un groupe d’intellectuels centrafricains dont les Professeurs Alphonse Blagué, Iddi Lala, NzabaKomandaYakoma, Gaston Mackouzangba, Paul PamadouPamoto et l’Abbé Godian se sont illustrés par leur témérité. Ils défiaient ouvertement la dictature, au péril de leur vie, en organisant des conférences publiques au Centre protestant pour la jeunesse, au Centre culturel français ou au Centre Jean XXIII, pour dénoncer, encore dénoncer, toujours dénoncer la dictature et conscientiser la jeunesse centrafricaine à la révolte. Ils étaient des fous de la liberté.

De l’internat du Lycée d’Etat des Rapides où nous préparions le baccalauréat en 1976, plusieurs amis et moi parcourions plus de dix kilomètres, à pieds, la nuit, pour aller écouter la conférence du Professeur Alphonse Blagué au Centre protestant pour la Jeunesse. Quelles connaissances ! Quelle éloquence ! Quel humour ! Nous étions tous admiratifs de ce jeune barbu qui nous inoculait à grandes doses le virus de la dignité qui passe par la contestation. A la fin de la conférence, il nous fallait encore parcourir plus de dix kilomètres à pieds pour rentrer à l’internat du Lycée d’Etat des rapides avec à la clé la révision des cours, sur le chemin de retour, sous les lampadaires. Dieu, merci ! Il n’y avait pas de délestage à l’époque.

A l’origine je voulais étudier la Sociologie pour être comme Blagué. Mais par la force des choses c’est à la Psychologie pathologique et clinique que je me suis spécialisé. Par la suite, à la faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Bangui, Alphonse Blagué et moi enseignions dans le même département de Philosophie et dans la même section de Sociologie. Nous étions devenus amis et nous nous fréquentions en dehors du travail. Il me parlait de l’origine de son nom Blagué, du Tchad où il est né, du petit séminaire de Sibut  et du lycée des Rapides où il a étudié, du quartier Sara où il a grandi, du quartier Banziri à Lakouanga où il aimait aller frimer chez ses oncles, de sa première vespa, de l’Université de Caen où il a étudié la Sociologie, de l’UNECA-FEANF où il a milité, de son passage au Gouvernement Dacko 2, de son passage à Dakar où il a été Directeur de l’institut Culturel africain.

Le plus grand compliment qu’un étudiant m’ait fait un jour, Modeste Gonda, devenu plus tard député mais à l’époque très activiste à l’ANECA, pour ne pas le citer : « je n’aime pas manquer votre cours et celui du professeur Blagué car vous me donnez envie de faire de la politique ». Etre comparé à ce monstre sacré est une reconnaissance qui fait plaisir. Point n’est besoin d’insister sur la jouissance intellectuelle narcissique que j’ai ressentie ce jour-là.

Ma rencontre avec le Président David Dacko

Nous savions que le Professeur Alphonse Blagué était malade. D’ailleurs il venait de sortir d’un AVC qui a laissé des séquelles avec cette hémiplégie qui ne le quittait plus. Il devenait rare à l’Université. Pour compliquer le tout, les arriérés des salaires qui s’accumulaient ne lui permettaient pas de se soigner dans de bonnes conditions.

La nouvelle vient de tomber : Alphonse Blagué est mort ! Quelle stupeur ! Quelle terrible nouvelle ! Avec mes amis et voisins du quartier, Maître Nicolas Tiangaye, Bâtonnier, Président de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme et Professeur Isaac Bénguémalet, Sociologue et Secrétaire général de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme, nous nous sommes retrouvés pour faire part de notre grande tristesse et rappeler toute l’influence que cet intellectuel courageux a exercée sur nous. Nous sommes tous d’accord pour reconnaître que nous sommes devenus ce que nous sommes un peu grâce à lui, par son exemple.

Pendant les obsèques, tous les officiels étaient là. Notre collègue Romain Sopio, qui est membre de la famille, vient nous dire que le professeur Blagué ne voulait pas d’oraisons funèbres. Tous les discours préparés par le Ministre de l’Enseignement supérieur, le Recteur de l’université de Bangui et le Doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines sont purement et simplement pliés et remis dans les poches. Le Chef de département de Philosophie me propose de représenter les enseignants de la section de Sociologie et de prononcer tout juste un petit mot de cinq minutes, pas plus. Ce fut un grand honneur et une immense fierté pour moi de prononcer quelques mots à cette  occasion pour rendre un ultime hommage à celui qui est pour nous un grand-frère, un phare, un mentor.

Etais-je pris au dépourvu ? Pas le moins du monde. Je connaissais l’homme, son parcours, ses convictions, ses réussites, ses échecs, ses rêves, sa misère. Après que j’eus parlé de l’influence qu’il exerçât sur toute notre génération, de sa brillante expérience gouvernementale mais aussi hélas de la fin  misérable de sa vie, j’avais terminé mon laïus par cette phrase qu’il aimait bien répétée : « Le cannibalisme de l’Etat centrafricain : la République centrafricaine est un pays qui aime bien dévorer ses propres enfants ».

Un jour après, le Président David Dacko a souhaité me voir. Il m’a reçu à son domicile au bord du fleuve, à côté de l’Ambassade de France. C’est un homme, simple, jovial qui vivait très modestement. Nous nous sommes présenté l’un à l’autre. Il me dit qu’il était très touché par ce que j’avais dit hier au sujet d’Alphonse Blagué qui est membre de son parti, le MDD. Il m’a ensuite rappelé qu’il l’avait nommé Directeur de son cabinet avant de le nommer Ministre dans son Gouvernement. Il avait l’intention de le nommer Premier Ministre mais le sort en a décidé autrement.

Il m’a d’abord fait un cours d’histoire politique de la République Centrafricaine en m’expliquant comment il est devenu Président de la République, à la mort de Barthélémy Boganda, à seulement 26 ans. Il  m’a ensuite longuement parlé de l’épisode du coup d’Etat de Bokassa, de l’opération Barracuda qui l’a ramené au pouvoir et puis comment il était obligé de remettre ce même pouvoir au Président André Kolingba. Pendant notre conversation, je l’écoutais religieusement et buvais toute sa parole. J’étais fasciné et heureux à la fois du grand honneur que cet illustre centrafricain me fait. Pour moi, j’ai toujours considéré le Président David Dacko, comme le plus intelligent des hommes politiques centrafricains. Après la politique, il m’a parlé de la ville de Boda. Pourquoi, chaque année, il fait un pèlerinage dans cette ville. Il m’a parlé de bien d’autres choses extraordinaires.

Pendant qu’il me parlait, je me posais la question : Pourquoi le Président me raconte-t-il tout cela alors que nous ne nous connaissons pas ? Pourquoi me donne-t-il tous ses détails si personnels?

Après un moment le Président David Dacko exprime un regret : « Tu sais mon fils, notre pays est très riche. Il y a quelques années nous étions très loin devant la Côte d’Ivoire. Le Président Félix Houphouët-Boigny envoyait des délégations pour venir s’inspirer du modèle centrafricain. Ce sont par exemple les fruits des recherches et des expérimentations faites ici à Boukoko et qui n’ont pu être réalisées chez nous à cause de la fameuse réforme agraire que les Blancs ont intégralement et totalement amenées en Côte d’Ivoire. Où se trouvent actuellement l’agriculture ivoirienne et l’agriculture centrafricaine ? Tu vois la Caisse Café. Lorsque nous l’avons créée, tout le monde s’est moqué de nous. Mais le Président Félix Houphouët-Boigny a envoyé une délégation qui est venue rester trois mois à Bangui pour étudier ce que nous avons fait. Aujourd’hui la Caistab ivoirienne est une très grande institution qui aide les agriculteurs ivoiriens et voyez la misérable Caistab centrafricaine. L’UBAC, c’est moi qui l’ai créée, pour aider notre pays à se développer, etc. C’est comme un élève très brillant qui montre son devoir à son voisin. Le brillant élève échoue à l’examen et le voisin qui n’a fait que recopier est admis. Cela fait mal. Nous sommes dans cette situation. Vous, la jeunesse ! Ne laissez pas tomber la République centrafricaine, c’est notre bien le plus précieux ». En partant, le Président Dacko m’a raccompagné à la porte et m’a donné une enveloppe avec un peu d’argent. On ne refuse pas la bénédiction d’un sage comme le Président David Dacko.

Pourquoi Monsieur le Président David Dacko m’avait-il dit tout cela alors que je ne suis ni membre de son parti, ni membre de sa famille ? A cause certainement de mon mentor Alphonse Blagué. Oui ne laissons pas tomber la République centrafricaine, c’est notre bien le plus précieux. C’est pourquoi tous les démocrates centrafricains, nous devons nous mobiliser pour bouter dehors la Séléka et sa horde de criminels, de violeurs, et de pilleurs. Ces agents du diable qui nous sortent du nez et de tous les pores !

Que Dieu bénisse la République centrafricaine !

Alain LAMESSI

Lu Pour Vous

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