Centrafrique : « Mme Thérèse Dejean première femme magistrate insultée et humiliée par un ministron – conseiller de Touadéra »: M. le procureur de la République, procédez à l’arrestation de ce voyou !

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MADAME THÉRÈSE DEJEAN, 1 ÈRE FEMME MAGISTRATE DE CENTRAFRIQUE (Felix Yepassis-Zembrou)
Madame Thérèse Dejean, née Yékawè, est sans nul doute l’une des premières grandes dames qui ont marqué de leur empreinte l’histoire de la magistrature judiciaire en Centrafrique au lendemain de l’indépendance.
Née à Mobaye le 28 décembre 1946, de son père Jean Wazoua du village Kumbu-Agundu (appelé aussi Nguba) et de sa mère Henriette Moye, elle
partit à l’âge de 4 ans à Brazzaville (ex-Moyen-Congo) avec sa tante Louise Guerengoumba où elle entra au jardin d’enfants. L’usage dans cet établissement tenu par des religieuses, exigeait de couper les cheveux aux filles. Cela déplut à sa tante qui la retira de la maternelle pour l’inscrire dans un autre établissement au quartier Poto-Poto. La famille déménagea par la suite à Kinshasa (ex-Léopolville). Mais la petite continuait à fréquenter l’école à Poto-Poto, en traversant chaque jour le fleuve Congo.
En 1957, retour à Mobaye puis à Bangui. En 1958, elle entra en classe de CE2 à l’école Ménagère des filles dont la directrice s’appelait Marie-Jeanne Caron. En 1959, elle monta au CM1. La directrice ayant décelé chez elle un niveau intellectuel très avancé, la sauta de classe, le CM2, en la présentant directement au concours d’entrée en 6 ème. Ainsi, à la rentrée d’octobre 1959-1960, elle fut admise au Collège des jeunes filles de Bangui qui avait déjà un internat. L’établissement deviendra par la suite, en 1963, le lycée Marie-Jeanne Caron.
A cette époque, il y avait dans le gouvernement Dacko, le ministre des Affaires étrangères, Maurice Dejean, fils d’un Corse, Fieshi Vivet, et d’une Centrafricaine, Joséphine Yamongbeto, originaire de Mobaye (Basse-Kotto). Celui-ci est épris de la jeune Thérèse Yekawe qu’il épousa en avril 1963. Un mariage grandiose animé par l’orchestre Vibro Mayos de Prosper Mayele, dans les jardins de la résidence du couple, au quartier Castors. La lune de miel se passa en Israël en même temps que Monsieur Maurice Dejean était nommé ambassadeur. Là-bas, à Tel-Aviv, naquit leur premier fils, Patrick Arthur, puis le cadet, François Bruno, l’année d’après. Les deux garçons furent baptisés en présence de leurs parents, dans le Jourdain. Un souvenir que ces derniers évoquent aujourd’hui avec une pointe de fierté, d’autant plus que pour eux, c’est une bénédiction d’être baptisés par immersion dans l’eau du fleuve Jourdain comme Jésus. La maman, quant à elle, mit à profit ses deux années en Terre Sainte (1963-1965) pour fréquenter le Lycée français de Tel-Aviv où elle obtint son BEPC.
Après Israël, Maurice Dejean rentra à Bangui en décembre 1965, car à la demande du président David Dacko, il devrait ouvrir l’ambassade de la RCA en Grèce et en Turquie. Auparavant, il y eut la fête de Noël, puis celle du nouvel an, avec une grande réception organisée au domicile du procureur de la république, Honoré Willickond, au quartier Ngaragba. Cette nuit là, tous les convives étaient sur la piste de danse y compris l’ambassadeur Dejean et son épouse. Les militaires investirent aussitôt les lieux. L’un d’eux tira une balle dans le tas. Atteint à l’abdomen, Maurice Dejean succombera quelques heures plus tard à ses blessures dans l’après-midi, à l’hôpital général de Bangui, victime innocente du coup d’Etat militaire de la Saint-Sylvestre dirigé par le colonel Jean-Bedel Bokassa. Ce fut le début de calvaire pour la veuve, Thérèse Dejean, qui venait de célébrer ses 19 ans, quelques jours auparavant. Enceinte de cinq mois, elle accouchera en avril 1966 dans des conditions éprouvantes d’une fille, Mauricette, de son petit nom, Vicko (qui signifie, née d’un père mort avant l’accouchement). Dormant à même le sol avec un seul pagne, madame Dejean dut endurer, la mort dans l’âme, les traitements dégradants infligés d’ordinaire aux veuves et veufs, selon la tradition en vigueur dans certaines ethnies en Centrafrique. Profondément marquée par cette douloureuse épreuve, elle réussit néanmoins, en 1967, à passer brillamment le concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), section judiciaire, dont le directeur était un Français, Maurice Espinasse. L’on comptait aussi dans sa promotion baptisée « Développement », deux autres dignes filles du pays, Marie-Charlotte Fayanga (épouse Aguide) et Jeanne Colette Mavolomade.
En 1969, après sa sortie de l’ENA, Thérèse Dejean est nommée greffière, chef de service du personnel au ministère de la Justice.
En 1970, elle obtint une bourse du Fonds d’Aide et de Coopération pour l’IIAP (Institut International d’Administration publique) de Paris, couronné par un diplôme, section judiciaire.
Ensuite, ce sera une fulgurante ascension dans le domaine de la magistrature judiciaire comme en témoigne son riche parcours ci-après :
– 1974-1977, Procureur de la république près le Tribunal de Grande Instance de Bangui après avoir été successivement juge d’Instruction près le Tribunal militaire permanent et Commissaire du gouvernement près le dit Tribunal.
– 1978. Membre fondateur et secrétaire adjointe de la Fédération Africaine des Femmes Juristes, créée à Dakar, au Sénégal. A ce titre, elle a participé à tous les congrès de la dite Fédération notamment à Dakar (Sénégal) en 1982, Lagos (Nigeria) en 1984, Abidjan (Côte d’Ivoire) en 1989, Libreville (Gabon), en 1992, Yaoundé (Cameroun) en 1994.
– 1977-1984. Directeur des Affaires criminelles et des Grâces.
– 1984-1986. Directeur des Affaires Civiles et du Sceau au Ministère de la Justice.
– 1986-1992. Directeur Général des Services Judiciaires au Ministère de la Justice.
– 1991-1995, Expert Juriste, Membre de la Commission Nationale chargée de la Rédaction du code des personnes et de la famille.
– 1992-1996. Inspecteur des Services Judiciaires au Ministère de la Justice.
– 1996-1999. Conseiller à la Cour Constitutionnelle.
– 1999-2003. Chef de l’Unité Justice et Coordinatrice des Programmes d’Assistance Judiciaire à la Mission des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme au Burundi.
– 1992-1999, présidente fondatrice de l’Association des Femmes Juristes de Centrafrique (AFJC) pour la défense et la protection de la femme centrafricaine en matière de droit, regroupant en son sein, mesdames Danielle Darlan, Catherine Samba-Panza, Isabelle Gaudeuille, Joséphine Dejean, Marie-Edith Douzima etc. Notons que pour sa création, L’AFJC a bénéficié de l’appui financier et logistique de l’ambassade d’Allemagne, des Etats-Unis, du PNUD et du FNUAP. Le ministère de la Justice ayant fourni le premier local servant de bureau.
– 1994. Membre fondateur de l’Union des Associations des Femmes Juristes de l’Afrique Centrale (UN. AFJAC) avec son siège à Ndjamena, au Tchad.
Madame Thérèse Dejean fut également :
– Membre de l’Amicale des Magistrats de Centrafrique
– Consultante indépendante de la Commission Européenne ( Rubrique Démocratie – Droits de l’Homme).
– Membre du Comité International des Observateurs électoraux pour les élections présidentielles de 1992 et 1993 en RCA.
– 2005-2010, Conseillère auprès de SESAME (Service d’Ecoute, de soutien, d’Accompagnement pour un meilleur Epanouissement) une association française de conseils et soutiens aux personnes à la recherche de l’emploi.
– A son actif, de nombreux séminaires et voyages d’études notamment sur l’application des principes des droits humanitaires dans les pays francophones ainsi que sur les systèmes judiciaires allemand, américain etc.
Ses 30 années de vie professionnelle dont 27 passées au service de la nation lui valurent 3 distinctions honorifiques :
– Chevalier dans l’ordre du mérite centrafricain.
– Officier dans l’ordre du mérite centrafricain.
– Commandeur dans l’ordre du mérite centrafricain.
Madame Thérèse Dejean est mère de six enfants (dont 3 avec Maurice Dejean et 3 avec Alphonse Koyamba). Aujourd’hui retraitée, à la fin d’une carrière bien remplie (magistrat hors statut), elle partage le bonheur familial avec ses 20 petits enfants et 2 arrières-petits enfants tout en continuant d’apporter amour et soutien à son semblable. Là-dessus, son entourage ne tarit pas d’éloges notamment sur son humilité, sa bonté de cœur, son intégrité, son esprit de famille…Des qualités accentuées par une foi chrétienne inébranlable ce, à travers sa confession religieuse catholique.
FYZ

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