Centrafrique : Mme Rugwabiza Valentine, pourquoi nous ne voulons pas de votre dialogue politique inclusif !

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« Valentine Rugwabiza, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en RCA et cheffe de la Minusca, a présenté le 26 octobre, devant le Conseil de sécurité de l’ONU à New-York, un rapport sur la situation générale en Centrafrique. Dans ce rapport, elle recommande aux autorités centrafricaines la tenue d’un dialogue inclusif avec les leaders politiques de l’opposition et les responsables des groupes armés, en vue du rétablissement de la paix et de la sécurité dans le pays », a rapporté, le vendredi 27 octobre 2023, Radio Guira, la radio de l’ONU en RCA. Mme Valentine Rugwabiza, a aussi appelé à « une remobilisation de toutes les parties prenantes aux niveaux national, sous-régional et régional pour une mise en œuvre holistique de l’Accord politique de paix et de réconciliation ».

Selon elle, « la situation sécuritaire reste volatile dans certaines régions » de la Centrafrique. Suite à la situation sécuritaire de la RCA, « la Minusca est intervenue en renforçant son espace opérationnel dans les préfectures de la Haute-Kotto et de la Vakaga », a-t-elle souligné. « Malgré les défis et difficultés, la Minusca a contribué à protéger les civils, et a facilité la création d’un environnement propice à la redynamisation du processus politique de paix et réconciliation, ainsi que l’acheminement d’une aide humanitaire vitale aux plus vulnérables », a relevé la cheffe de l’ONU en RCA.

Suite à cette déclaration, la réaction des Centrafricains toutes tendances confondues ne s’est pas fait attendre. Si les autorités nationales observent jusqu’à ce jour un mutisme total, tant de la part de la présidence centrafricaine que du gouvernement, les communicants du pouvoir ne sont pas allés avec le dos de la cuillère pour parler d’un « retour en arrière », ce qui est tout à fait normal puisqu’ils ont toujours milité en faveur de l’exclusivité. En effet, en mars 2022, sans la participation de l’opposition démocratique et des leaders des groupes armés, les représentants des pouvoirs publics et de la majorité présidentielle, ont organisé ce qu’ils ont appelé un « Dialogue républicain » au cours duquel ils ont tenté de lancer l’idée d’une modification de la Constitution.  Après des débats houleux, l’idée a finalement été abandonnée. Les représentants de la société civile s’y sont fortement opposés, craignant que l’objectif soit de permettre au président Touadéra de se représenter pour un troisième mandat, qui n’est actuellement pas prévu par la loi fondamentale.

Dans cette discussion à sens unique, entre les pouvoirs publics et la majorité présidentielle, (le parti MCU), la société civile avait refusé de servir de faire valoir. « Sous le fallacieux prétexte de la modification de notre Constitution pour adapter certaines institutions républicaines aux nouvelles réalités, je voudrais connaître ces nouvelles réalités. Nous n’étions pas venus au dialogue pour modifier la Constitution, ni même pour réfléchir sur la révision des institutions.  Nous sommes venus débattre de tout, sauf de la modification de la Constitution », avait expliqué Me Bruno Hyacinthe Gbiagbia représentant de la société civile au dialogue.  Finalement, le président du présidium, Pr Richard Filakota avait pris sur lui la responsabilité de décider de renvoyer donc le débat aux instances compétentes. « C’est invalidé dans le cadre de ce dialogue, donc nous renvoyons la question, nous renvoyons le débat au niveau des instances qui sont habilitées à traiter de cette question, à savoir la présidence et l’Assemblée nationale. La question est terminée pour notre dialogue », avait – il tranché.

Comme il fallait s’y attendre les instances politiques finiront par mettre en exécution ce projet. Dans la plus stricte confidentialité, l’Imposteur de Bangui qui s’était farouchement opposé à la demande de toutes les forces vives de la nation y compris les groupes armés qui exigeaient la tenue d’un Dialogue politique inclusif avant l’organisation des scrutins groupés du 27 décembre 2020, avait instruit le premier vice – président de l’assemblée nationale Evariste Ngamana, à la tête d’un comité ad hoc, de rédiger et proposer une nouvelle constitution. C’est cette posture qui contraindra Touadéra à limoger de leurs fonctions la présidente de la cour constitutionnelle Mme Danièle Darlan et l’un de ses collaborateurs. Leur seul tort était justement d’avoir émis de sérieuses réserves à la réalisation de son funeste projet. Face au silence irresponsable et même complice de la communauté internationale, de l’Onu à travers la Minusca, l’Ue, la France, les Etats – Unis, l’Ua et la Ceeac qui n’avaient pourtant de cesse d’appeler à la tenue d’un dialogue politique, Touadéra se résoudra à réaliser son rêve, celui d’imposer une nouvelle constitution au peuple centrafricain afin de s’assurer une présidence à vie, par la convocation des consultations référendaires du 30 juillet 2023. Alors pourquoi se lever aujourd’hui pour exiger l’organisation d’un dialogue entre lui et les forces vives de la nation ? Ne serait – ce pas faire une marche en arrière ? Sur ce, les communicants du régime n’ont – ils pas raison ?

En tout cas, depuis 2016 à ce jour, et après les élections groupées du 27 décembre 2020 marquées singulièrement par des actes de graves irrégularités, s’il doit exister un point sur lequel les débatteurs proches de l’opposition, les Résistants à la liquidation de la démocratie et les légalistes peuvent accepter d’être d’accord avec les communicants du pouvoir de Bangui, c’est bien celui – là : l’Hypocrisie de la communauté internationale dans la crise centrafricaine. En effet,  comment se pouvait – il qu’il en soit autrement tant cette communauté internationale à laisser Touadéra en faire à sa tête ? Créée le 10 avril 2014 par la résolution 2149 du conseil de sécurité des Nations unies, la Minusca n’était – elle pas autorisée à prendre toutes les mesures requises pour s’acquitter de son mandat de protection des populations civiles, de stabilisation et de contribution au rétablissement de l’autorité de l’Etat dans tout le pays ? Qu’a – t – fait pour assurer le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire, depuis 2014 à ce jour ?

S’il ne souffre d’aucune quelconque contestation que les contingents onusiens placés sous l’autorité du représentant du secrétaire général de l’Onu n’ont jamais été réactifs face aux attaques des populations civiles par les groupes armés et les ont même abandonnées à leurs bourreaux, à l’exemple des massacres d’Alindao, de Zémio, de Bambari, de Bria, de Paoua, de Kaga – Bandoro, de Ndélé et de Birao pour ne citer que ces quelques cas parmi tant d’autres, sur le plan politique, aucune mesure n’a été prise pour la stabilisation des institutions démocratiques et la défense des droits de l’homme. Se contentant d’établir des rapports fondamentalement tronqués, les représentants du secrétaire général de l’Onu ont préféré nouer des relations personnelles parfois jugées trop intimes et même mercantilistes avec Touadéra que d’œuvrer à la consolidation des valeurs démocratiques, de l’état de droit, de la justice, et des droits de l’homme, chèrement acquises dans ce pays en 1993, au lendemain de la Déclaration de La Baule.

C’est ainsi que tous les démocrates centrafricains ont été fort sidérés devant l’implication directe de cette communauté internationale dans l’organisation des élections truquées du 27 décembre 2020. En effet, alors que l’Onu avait appelé à maintes reprises à la tenue d’un dialogue politique inclusif avant leur organisation, elle avait néanmoins activement pris part au processus électoral. Ses représentants avaient siégé dans les travaux des préparatifs organisés par le Comité stratégique de suivi dudit processus, un organe manifestement illégal créé par le premier ministre Firmin Ngrébada. Mieux, l’Ue les avait financées à hauteur de 15 millions d’euros, en dépit du caractère non transparent de l’ANE et de la cour constitutionnelle dont la majorité des membres relèvent des pouvoirs publics et sont membres du parti – Etat dénommé « MCU ». A l’arrivée, le candidat Touadéra a été déclaré par l’ANE élu par seulement 17% du corps électoral, à l’issue des élections caractérisées par de graves anomalies dont l’incontestabilité leur ont ôté tout critère de démocratie, de liberté, de justice, de transparence, d’inclusivité, de crédibilité et de résultats apaisés, et desquelles plus de 300.000 Centrafricains ont été délibérément exclus. L’inacceptable a été franchi, lorsque le secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres observera un silence inexplicable sur la requête des candidats à la présidentielle à lui adressée et relative au non – respect du code de l’intégrité électorale. Comment alors ne pas parler de fourberie de la part de la communauté internationale ?

Sur le plan des droits de l’homme, le tableau est plus que noir. Non seulement, certains contingents continuent d’entretenir d’excellentes relations avec les groupes armés et d’abandonner les populations civiles à leur triste sort, mais surtout ils flirtent efficacement avec les « Affreux Blancs » du groupe Wagner et les forces spéciales rwandaises, déployés sur le terrain dans le cadre des accords bilatéraux qui leur reconnaissent le droit de vie ou de mort sur les civils, toujours supposés à tort comme des rebelles de la CPC, et celui de pillages systématiques des ressources minières et forestières. Devant le tollé suscité par les graves exactions, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés par les Faca soutenues par leurs supplétifs russes et rwandais, le comité des experts de l’Onu avait diligenté une enquête dans les villes où ils ont été déployés, après l’attaque de la ville de Bangui, le 13 janvier 2021, par la Coalition des Patriotes pour le Changement.

Les conclusions de leur Rapport publié et présenté le 21 juin 2021 ont été accablantes. Si, suite à cette publication et celles de certaines Ongs en matière des droits de l’homme, le Groupe Wagner a été in fine reconnu comme une organisation terroriste et  si des sanctions ont été prises par les Etats – Unis et l’Ue à l’encontre de certains de ses dirigeants et des entreprises qu’il utilise, aucune mesure intelligente, par contre, n’a été adoptée contre Touadéra et ses plus proches collaborateurs. Tout comme ils ont laissé et laissent faire les mercenaires russes et rwandais qui tuent, violent, volent, torturent, incendient des villages et des habitations avec leurs occupants à l’intérieur, les obligent à des déplacements et pillent les ressources minières et forestières, les 12 mille soldats onusiens ont fermé les yeux sur l’exfiltration de la prison de Camp de Roux du criminel Hassan Bouba, arrêté par la CPS. Depuis lors, il exerce ses activités de ministre et voyage à bord des aéronefs de l’Onu sans pour autant être inquiété. A quel jeu joue, de ce fait, cette communauté internationale ?

Cette hypocrisie s’est fondamentalement accentuée pour finir par s’institutionnaliser en 2022. Quand bien même les Etats – Unis ont reçu à la Maison Blanche Mme Danièle Darlan pour lui décerner le prix de Femme Courage, au lendemain de son limogeage de la cour constitutionnelle, aucune décision diplomatique  contraignante n’est venue plus tard pour rappeler à Touadéra ses engagements et le respect scrupuleux de la constitution du 30 mars 2016. Si les Etats – Unis, la France, l’Onu, et la Munisca s’étaient montrés rigoureux vis – à – vis de ce dernier tout comme la France l’avait fait en août 1993 au général d’armée André Kolingba, l’Imposteur de Bangui n’aurait jamais eu le courage de nous imposer une nouvelle constitution afin de s’éterniser au pouvoir. Pis, alors que l’opposition démocratique avait appelé à un boycott total des consultations référendaires du 30 juillet 2023, Touadéra, les membres de son gouvernement et les responsables de son parti MCU ont battu campagne avec des moyens de l’Etat et des matériels roulants et volants de l’Onu. Les équipements électoraux, en outre, ont été acheminés par les véhicules et les aéronefs de l’Onu, en étroite collaboration avec les mercenaires du Groupe Wagner et rwandais. Alors à quel jeu joue une fois de plus  cette communauté internationale ?

De nouveau, c’est cette hypocrisie de leur part qui est à l’origine de l’assassinat de la démocratie dans notre pays, du rétrécissement de l’espace politique, civique et médiatique, de l’instauration du règne de la terreur, de la légalisation de la dictature, et des blocages qui s’en sont suivis de la part de l’opposition démocratique, des résistants, des légalistes et de tous les combattants de la liberté. Pourquoi donc tenir « hic et nunc » un dialogue avec toutes les forces vives de la nation ? A quoi cela servirait – il ? En acceptant  de se taire face aux graves irrégularités qui ont marqué les élections du 27 décembre 2023 et devant l’exclusion de plus de 300 mille Centrafricains du jeu démocratique, en validant la parfaite collaboration entre la Minusca, le Groupe Wagner et les forces spéciales rwandaises, en fermant les yeux sur l’exfiltration de Hassan Bouba et les crimes commis tous les jours par les Faca soutenues par les supplétifs russes et rwandais, et en refusant de faire pression sur Touadéra pour respecter scrupuleusement la constitution du 30 mars 2016, cette communauté internationale n’est – elle pas, par conséquent, responsable de la situation actuelle très volatile dans ce pays ? En optant, dans l’affirmative, de se retrouver autour d’une table avec Touadéra, toutes les forces vives de la nation ne vont – elles pas se déjuger à jamais aux yeux de la communauté nationale ? Et dialoguer avec Touadéra pour débattre de quoi ? De ses crimes ? De ses violations de la constitution ? De qui répondra au nom de ses mercenaires et de leurs monstruosités ?

Ne reconnaissant pas la Constitution du 30 août 2023 et les institutions nationales qui en sont issues ou en seront issues, le régime actuel étant illégal et illégitime et n’ayant aucune alternative crédible, compte tenu du verrouillage de toutes les institutions et de la mise en œuvre d’une politique de répression systématique et des forces politiques et sociales et des citoyens, que celle de lutter résolument et de manière concertée pour le rétablissement d’une démocratie véritable, tout dialogue avec Touadéra est nul et de nul effet. Face aux horreurs du carnage qu’il a commis, seul son départ immédiat et sans condition s’impose. S’il y a un vœu le plus cher à formuler, les dieux immortels et les forces supérieures n’ont de proposition que sa démission.

Jean – Paul Naïba

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