Centrafrique : Mme Rugwabiza, à quand l’adoption des «mesures dissuasives» contre ceux qui empêchent la paix ?

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Si à la fin du 1er trimestre 2022, le dialogue républicain, y compris les préparatifs connexes, ont singulièrement marquée la situation politique, détournant  ainsi l’attention de la mise en œuvre de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine et de la feuille de route commune pour la paix en République centrafricaine de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), le deuxième trimestre, quant à lui, est particulièrement dominé par la reprise des hostilités entre les Faca soutenues par leurs supplétifs du Groupe Wagner et rwandais et les rebelles de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) sur une bonne partie du territoire national, l’initiative de modification de la constitution engagée par le député de la majorité présidentielle Brice Kakpayen  et les milices proches du pouvoir, l’adoption de Sangocoin comme monnaie nationale, les appels à la haine et à la violence, les restrictions des libertés publiques, l’interdiction des marches initiées par les jeunes leaders de l’opposition démocratique et la COSCIPAC, etc.

Alors que tous pensaient que le dialogue politique républicain convoqué du 21 au 27 mars 2022 par l’Imposteur de Bangui serait tout naturellement l’opportunité ardemment souhaitée par toutes les forces vives de la nation pour l’application effective de la déclaration du cessez – le – feu du 15 octobre 2021, la réconciliation nationale, le retour de tous les exilés, la libération des détenus politiques et la mise en place d’un gouvernement de large ouverture, il n’en a été absolument rien. Si son comité d’organisation est parvenu à un consensus minimum au sujet de l’ordre du jour, des facilitateurs et des membres du présidium, les tensions politiques, cependant, se sont accrues lorsque plusieurs groupes et partis d’opposition, tels que la Coalition de l’opposition démocratique 2020 (COD-2020), le Mouvement de libération du peuple centrafricain, le Parti africain pour l’action et la transformation radicale et intégrale des États, ainsi que l’ancien chef du Conseil national de transition et des groupes de la société civile ont annoncé leur retrait du dialogue, invoquant notamment l’exclusion des groupes armés du processus.

Aujourd’hui, les 600 recommandations du dialogue tardent à être mises en œuvre, et tandis que les attaques des positions des Faca et leurs supplétifs russes et rwandais par les combattants de la CPC sont annoncées tous les jours, et que les appels à la haine et la violence se font entendre régulièrement, le pays semble totalement bloqué et divisé en deux camps. Avec d’un côté, le camp de ceux qui se réclament du pouvoir, et avec l’autre, celui des « Combattants de la Liberté » ou de toutes les forces vives du pays,  proches de l’opposition démocratique. Pire, il ne se passe un seul jour sans que des insultes, des menaces et des agressions verbales ou physiques ne fusent de part et d’autre.

Deux mois après sa prise de fonction à Bangui, le cheffe de la Minusca Valentine Rugwabiza l’a constaté et a vivement exprimé, le mercredi 22 juin 2022 devant le conseil de sécurité, toutes ses inquiétudes, du fait de la dégradation de la situation sécuritaire, et de « la persistance de violations du cessez-le-feu par toutes les parties qui poursuivent leurs opérations et actes de belligérances ». Dans cette intervention, elle a souligné notamment le repositionnement de groupes armés dans le Nord, le Centre et l’Est du pays. Sur le plan politique, même si elle s’est réjouie d’un « renforcement des mesures de confiance » avec le gouvernement, elle est préoccupée par des discours haineux et violents visant les leaders politiques. Ce qui est de nature à saper le vivre – ensemble : « La Minusca relève avec la même préoccupation la persistance de la stigmatisation et l’incitation publique à la violence contre des leaders de l’opposition démocratique ou à l’égard de certains partenaires de la République centrafricaine. L’histoire et le passé récent démontrent que ce type de messages peut rapidement se traduire en actes de violence aux conséquences imprévisibles et incontrôlables. Ils sont aussi de nature à saper le vivre-ensemble, fragiliser le processus de réconciliation nationale et freiner les efforts entrepris. Par conséquent, il relève de la responsabilité du gouvernement centrafricain d’y apporter une réponse appropriée en prenant toute mesure utile afin de prévenir, de réprimer et de faire cesser de tels actes répréhensibles », a – t – elle déclaré.

En réponse à cette situation, la cheffe de la mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca), la Rwandaise Valentine Rugwabiza, a réclamé ce jour – là devant le Conseil de sécurité de l’ONU «l’adoption de mesures consensuelles dissuasives» contre les parties qui ne respectent pas leurs engagements en faveur de la paix. «La cessation des hostilités sur toute l’étendue du territoire centrafricain reste à la fois un objectif immédiat et un gage de crédibilité de la Feuille de route conjointe pour la paix en République centrafricaine», a ajouté l’émissaire, en fonction depuis quelques mois. Valentine Rugwabiza a rappelé «la persistance de violations du cessez-le-feu par toutes les parties qui poursuivent leurs opérations et actes de belligérances» et «qui exposent les populations civiles à la violence». Concernant les enquêtes de la Minusca sur des exactions et meurtres de civils présumés, notamment par les forces gouvernementales et leurs alliés paramilitaires russes de la compagnie privée Wagner, la responsable a promis que «les rapports compilés et finalisés par la Minusca feront l’objet d’une publication après consultation avec le gouvernement». Devant la presse, la diplomate rwandaise a annoncé la publication pour le mois de juillet de deux rapports d’enquêtes sur les violations des droits humains, notamment par les forces gouvernementales et leurs supplétifs russes. L’un de ces deux rapports a déjà été remis au gouvernement centrafricain afin d’avoir sa « réponse » sur les conclusions des enquêteurs, a-t-elle précisé.

Malheureusement pratiquement un (1) mois plus tard, les sanctions consensuelles dissuasives contre tous ceux qui entravent toutes les initiatives en faveur de la paix, tous ceux qui lancent des appels à la haine et à la violence, et tous ceux qui créent, entretiennent et financent les milices proches du pouvoir, tardent à venir, pendant que les affrontements ont repris de fort belle manière entre les groupes armés et les Faca soutenues par les mercenaires russes et rwandais, que les villages sont attaqués tous les jours avec des morts et des blessés, que les populations sont contraintes à de permanents déplacements et que les Ongs à buts humanitaires ne peuvent pas se rendre dans les zones difficilement accessibles afin de venir en aide aux personnes les plus vulnérables. Pis, le gouvernement n’a jamais daigné prendre toutes les dispositions pour que les armes se taisent, que les Centrafricains y compris les groupes armés se parlent et que les appels à la la haine et à la violence cessent.

De facto ac de jure, Mme Valentine Rugwabiza, quand seront – elles prises, ces mesures dissuasives ? Jusques à quand le peuple centrafricain devra – t – il continuer d’être ainsi pris en otage par Touadéra, ses mercenaires russes et rwandais, d’une part, et par les groupes armés, d’autre part ? Devriez – vous attendre que le pays  et particulièrement la capitale Bangui basculent à nouveau dans une kyrielle de violences, comme en janvier 2021, pour que ces mesures soient enfin prises contre Touadéra et les groupes armés ? S’il devrait en être ainsi, au vu des différentes tractations en cours dans les deux camps et devant le chaos total dans lequel se trouve empêtré le pays, ne serait – il pas déjà trop tard ?

Mme la cheffe de la Minusca, au lieu de continuer à jouer le rôle du médecin après la mort ou celui du croque – mort, comme dans le cas du rapport de mi-février où le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait dénoncé des exactions commises par les forces nationales et leurs soutiens étrangers, une allusion à Wagner, alors qu’en 2021, l’ONU les avait déjà accusés de violations des droits humains, tout comme elle reproche régulièrement aux rebelles des atrocités contre les civils, et que le Groupe des Experts de l’Onu a appelé à leurs arrestations et à leur départ de la République centrafricaine, vous devez agir. Et agir ne signifie pas seulement autoriser la Minusca à enquêter notamment sur des opérations de l’armée et Wagner contre des rebelles présumés entre le 16 et le 18 janvier près de Bria, à 600 km au nord-est de Bangui, ayant tué une vingtaine de civils, ainsi que les 11 et 12 avril dans les villages de Gordil et Ndah, à plus de 1000 km au nord-est de Bangui, où entre 10 et 15 civils auraient été abattus, mais c’est tout simplement prendre hic et nunc des mesures ciblées contre l’Imposteur de Bangui et certains leaders des groupes armés.

Jean – Paul Naïba

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