Centrafrique : Maxime Mokom, criminel miraculé ou victime de la justice internationale ?

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Après avoir été dans le viseur de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre
l’humanité et crimes de guerre, l’ex-milicien centrafricain a été libéré en octobre 2023. Il est depuis bloqué en Europe, où il réclame des dédommagements et demande asile.

Selon les conclusions de la CPI, il serait de facto « une cible évidente et de premier choix » des représentants officieux de Moscou.

L’exil européen de Maxime Mokom s’étire toujours plus. Détenu 19 mois dans la prison néerlandaise de Scheveningen, après avoir été poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité lors de la guerre civile centrafricaine en 2013 et 2014, l’ancien milicien anti-balaka a finalement été libéré en octobre dernier. Une décision rendue possible par le procureur de la CPI, Karim Khan, qui a décidé d’abandonner les charges portées à son encontre.

Mais, depuis, l’homme de 45 ans n’a pas pu rejoindre son pays natal, où un tribunal l’a condamné à la perpétuité par contumace. Coincé en Europe, à des milliers de kilomètres de chez lui, Maxime Mokom dénonce la situation dans laquelle il se trouve depuis plusieurs mois. « Depuis que la CPI a mis mon client à la rue, sans aucune ressource, il vivote », rappelle son avocat, Philippe Larochelle, qui a lancé un appel aux dons sur Internet pour le soutenir financièrement.

Meurtres, viols et pillages

Arrêté au Tchad en février 2022 sur la base d’un mandat d’arrêt émis secrètement quatre ans auparavant par la CPI, l’exilé aurait dirigé des milices anti-balaka, célèbres pour avoir ciblé des civils musulmans, assimilés à la Séléka, groupe à majorité musulmane. Alors que
l’ancien milicien faisait face à vingt chefs d’accusation (meurtres, viols, pillages…), la CPI avait organisé à l’été 2023 une audience de confirmation des charges lors de laquelle 773 victimes se portent participantes.

Une séquence judiciaire retransmise en direct au Centre des martyrs de Fatima, dans le sixième arrondissement de Bangui, la capitale centrafricaine. Mais le procès n’aura jamais lieu. Ce jour-là, le procureur a ainsi expliqué avoir été dans l’impossibilité de faire venir
ses témoins à la barre. Dans la foulée, les juges décident donc d’annuler les charges visant Maxime Mokom, par ailleurs neveu del’ancien président François Bozizé.

3,35 millions d’euros demandés à la CPI

« Le procureur de la CPI est libre de poursuivre ou non une affaire. C’est son droit. Tout comme les victimes ont le droit à la justice », souligne Alice Banens, conseillère juridique d’Amnesty International.

C’est ce que rappelle aussi, Elisabeth Rabesandratana, l’une des avocates des victimes : « Les rescapés de cette guerre civile attendent toujours de savoir ce qui s’est réellement passé, comment leurs proches ont été tués. » « Les rescapés de cette guerre civile attendent toujours de savoir ce qui s’est réellement passé, comment leurs proches ont été tués. » Elisabeth Rabesandratana, l’une des avocates des victimes.

Si l’abandon des charges contre l’ancien milicien est une « victoire individuelle » selon Philippe Larochelle, « les mois de détention de Monsieur Mokom sur la base d’un dossier vide reste une défaite monstrueuse pour la justice internationale ». Ce dernier a d’ailleurs
demandé à la CPI, qui n’a pas encore tranché, un dédommagement de 3,35 millions d’euros pour sa femme, ses enfants et lui-même.

La possibilité d’un retour en Centrafrique n’est pas à l’ordre du jour, notamment depuis sa condamnation par contumace, fin 2023, à la réclusion à perpétuité avec 23 autres personnes, dont François Bozizé. Maxime Mokom est accusé par la Cour d’appel de
Bangui d’atteinte à la sûreté intérieure et de rébellion. Un procès « fabriqué de toutes pièces », selon Philippe Larochelle, qui estime que « les autorités centrafricaines ont essayé d’utiliser ce jugement pour convaincre la CPI de le renvoyer à Bangui ». En vain.

« Une cible évidente et de premier choix » de Moscou

« Dans son pays natal, il serait directement menacé par les mercenaires russes d’Africa Corps — anciennement Wagner — qui ont déjà arrêté et torturé le seul témoin de la défense », poursuit son avocat. Avant de s’exiler au Tchad, l’ancien milicien aurait en effet
participé à des négociations qui visaient à retirer les troupes étrangères de la Centrafrique. Selon les conclusions de la CPI, il serait de facto « une cible évidente et de premier choix » des représentants officieux de Moscou.

Depuis février, Maxime Mokom vit chez des proches et espère obtenir l’asile dans un pays européen. Il avait déposé ses valises auparavant dans un hôtel de La Haye, administré par la CPI. Un certain Charles Blé Goudé, ancien ministre ivoirien y avait lui aussi séjourné pendant plusieurs mois après son acquittement en 2021. À l’époque, lui non plus ne pouvait pas retourner dans son pays natal.

Deux procès sont actuellement en cours contre deux responsables anti-balaka à La Haye. Un commandant de la Seleka, Noureddine Adam, qui est depuis devenu l’un des cadres de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC, qui ont attaqué Bangui fin 2020), est quant à lui visé par un mandat d’arrêt de la CPI. Mais ce chef rebelle, qui a longtemps trouvé refuge au Soudan, est actuellement en cavale et vivrait aujourd’hui dans un pays du Golfe.

JA

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