Centrafrique : M. Ngamana, député de la nation ou toujours porte – parole du MCU ?

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Le vendredi 18 juin 201, le bureau de l’assemblée nationale a réagi à la publication du rapport de l’Ong américaine The Sentry et du CNN sur des allégations de graves exactions et de crimes commis par les mercenaires russes du Groupe Wagner déployés en Centrafrique à la demande de l’Imposteur de Bangui. Non seulement, par la voix de son 1er vice – président Evariste Ngamana, il les a balayées d’un revers de la main, mais surtout ce dernier a estimé « que cette attitude constitue un complot contre la République Centrafricaine dans ce qu’il considère comme une guerre de positionnement entre les grandes puissances ».

Loin de vouloir remettre en cause cette sortie médiatique, notre réaction est plutôt motivée par sa non – pertinence et une prise de position qui n’est rien d’autre qu’une usurpation de rôle ou une totale immixtion dans les missions régaliennes qui sont celles d’un gouvernement légal, légitime, responsable et disposé à rendre des comptes de sa propre gestion. Cela est d’autant plus vrai que, conformément aux dispositions de l’article 32 de la constitution du 30 mars 2016, le président de la République est le chef de l’exécutif et le premier ministre le chef du gouvernement. A ce titre, ce dernier détermine et conduit la politique de la nation dont les grandes orientations sont fixées par le président de la République. Et parmi ces orientations figurent en première place la défense de l’intégrité du territoire national, la protection des biens et des personnes et la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat.

Ceci étant dit, la question soulevée par ledit Rapport querellé a le mérite de poser de manière claire et nette le problème de la responsabilité du gouvernement, en ce qui concerne le droit des populations à la vie et à la protection contre des abus et des exactions perpétrés par des groupes armés ; or, en l’espèce, ce Rapport a justement révélé que les Faca et leurs alliés russes ont commis des crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à l’endroit des populations civiles, lors des opérations de contre – offensives qu’ils ont lancé pour la reconquête des villes jadis sous contrôle des forces de la Coalition des Patriotes pour le Changement, après l’attaque de la capitale centrafricaine, le 13 janvier 2021. Par conséquent, il relève de l’entière compétence du gouvernement, et non de la responsabilité de l’assemblée nationale, de répondre à ces allégations qui portent atteinte gravement à l’image, l’honneur et la dignité de notre pays dans le concert des nations et qui constituent indubitablement des faits de violation des droits de l’homme, du droit international humanitaire et de tous les instruments juridiques internationaux auxquels l’Etat centrafricain a entièrement souscrit. En sa qualité de représentation nationale dont le rôle se résume à voter des lois, à les proposer et à contrôler l’action gouvernementale, elle se doit plutôt d’interpeller le gouvernement à ce sujet et au besoin, pour la manifestation de la vérité sur cette affaire d’une extrême gravité, exiger la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire.

Fort étonnement, au lieu de jouer son rôle de député de la nation, comme nous l’avons développé ci – dessus, le 1er vice – président de l’assemblée nationale a préféré se comporter en un véritable porte – parole du MCU, usurpant au passage les fonctions qui sont celles du gouvernement. Même si dans l’affirmative, il est de notoriété publique que le gouvernement est démissionnaire et qu’un nouveau premier ministre vient à peine d’être nommé, cette vacance de pouvoir ne saurait constituer en soi une opportunité de nature à justifier cette théâtralisation, ce coup d’état institutionnel, et cette prise de position trop partiale de la part du bureau de l’assemblée nationale. En agissant de la sorte, ceux qui y ont siégé ce jour – là, ont tout simplement violé de manière flagrante leur serment de députés de la nation, ont cessé d’être neutres et impartiaux et se sont métamorphosés en partisans trop zélés et griots trop enchanteurs du pouvoir de Bangui. Il n’y a qu’à bien observer leur tête sur la photo autour du maître de céans pour comprendre qu’ils étaient venus en mission recommandée et qu’ils ne pouvaient pas accepter de publier tout simplement un communiqué de presse demandant au chef du gouvernement de s’atteler à la composition de son gouvernement aux fins de réserver dans les meilleurs délais une réponse formelle à ce Rapport.

Comme vous pouvez le constater le plus aisément, cette sortie spectaculaire de notre « coreligionnaire et moine défroqué » Evariste Ngamana et ses amis pose dans toute sa nudité un problème sérieux de réflexion. Parce qu’une assemblée nationale responsable, puissante et vivante joue un rôle essentiel dans la consolidation de la démocratie. C’est un contre – pouvoir. C’est aussi le lieu sacro-saint où les différentes sensibilités politiques confrontent leurs idées à travers les débats et les échanges féconds. Cette confrontation des idées politiques communes ou contradictoires installe en profondeur la culture démocratique, celle où la prise de parole qui génère le compromis et la négociation n’est pas seulement une procédure, technique d’arbitrage, mais aussi une valeur légitimatrice des délibérations. Malheureusement, nos représentants nationaux sont des extraterrestres et à la place d’une institution parlementaire, nous avons une assemblée obsolète, coûteuse, douteuse et sans aucune utilité, remplie de godillots, de comploteurs, des délinquants, des criminels et des déstabilisateurs de la République, répugnant tout contrôle par les corps habilités.

Comme nous l’avons vécu, lors de la 6ème législature, Evariste Ngamana et ses compagnons membres du bureau refusent de changer leurs mœurs, coutumes et privilèges, et font tout pour que cette assemblée conserve sa mauvaise réputation. Selon un homme politique, « aujourd’hui, elle est ravalée au rang de simple chambre d’enregistrements et d’applaudissements résolue à jouer un rôle de caisse de résonance politique. Ainsi face à une assemblée nationale soumise et une institution judiciaire atone, le tout-puissant exécutif peut tout se permettre. Son omnipotence sur le pouvoir législatif et son emprise sur la justice fragilisent notre démocratie. Talon d’Achille de la République, cette institution ne sera pas un contre-pouvoir mais un pour-le-pouvoir. Elle a toujours été un appendice du pouvoir exécutif, une chambre d’exécution politique de tous les opposants ou partisans de la majorité empêcheurs de tourner en rond ». Par conséquent, notre parlement est nu, comme l’enfant disait dans le conte d’Andersen « le roi est nu ».

Voilà la face hideuse de l’assemblée nationale avec ses godillots alimentaires toujours au service de sa Majesté et jamais du côté du peuple dont ils sont dépositaires des suffrages !

Imamiah – Imhotep Yamalet

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