Centrafrique : l’homme de la Séléka Dr Arnaud Djoubaye Abazène et la justice accusés !

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L’ÉDITORIAL DE BANGUI FM DU 27 JUILLET 2021

La justice accusée !

Il y a quelque chose de fondamentalement pourrie au sein de la justice centrafricaine, gangrenée depuis de longues années par la corruption. Mieux ou pire, nous ne sommes ni les premiers et ne seront pas les derniers à dresser ce constat.

À preuve, il y a quelques jours, à l’Assemblée générale des magistrats, le ministre de la Justice lui-même, ès qualité magistrat, pointait du doigt ce fléau, affirmant que les magistrats sont corrompus. Autant dire qu’il parlait en toute connaissance de cause. Il y a quelques années, disait-il, le débat sur la corruption n’avait pas lieu à l’égard des magistrats hors hiérarchie et ceux de la Cour de cassation … malheureusement à ce jour tout le monde est concerné ». Il s’emportait ainsi, et à juste titre, contre les errements et les manquements des brebis égarées de la magistrature qui pourrissent le système judiciaire centrafricain.

À force de substituer le droit aux enveloppes bien garnies et de conditionner la teneur de leurs décisions à l’épaisseur de la dîme que versent les parties en conflit (faisant parfois monter les enchères comme de vulgaires vendeurs à la sauvette), certains juges ont depuis soldé ce qu’il leur restait de crédibilité et d’honorabilité aux yeux des Centrafricains. Car pour être en droit d’imposer quoi ce que soit au peuple, au nom de la Loi, il faut au moins être au-dessus du soupçon.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette corruption endémique a affaibli la justice, pourtant détentrice de la force légitime, à telle enseigne que les décisions issues des Cours et Tribunaux ne connaissent que rarement un début d’exécution. Parfois, ce sont ces mêmes magistrats qui manœuvrent en coulisse pour empêcher l’exécution des décisions judiciaires. On marche sur la tête.

C’est pourquoi, au lieu d’énoncer une évidence en rappelant la corruption qui ronge la justice centrafricaine jusqu’à la moelle épinière, le garde des sceaux aurait mieux fait de chercher à comprendre pourquoi les décisions judiciaires revêtant l’autorité de la chose jugée sont rarement exécutées afin de trouver une solution durable à ce phénomène.

Ainsi, aurait-il pu, par exemple, se rendre compte de deux cas emblématiques parmi cent mille où des décisions judiciaires pourtant définitives sont superbement ignorées sans exposer les contrevenants à la rigueur de la Loi. Il s’agit d’une part de l’affaire PCCW contre Telecel-Centrafrique et d’autre part du dossier Perrière contre la même société.

Dans ces deux affaires, en dépit de sa condamnation définitive, Telecel-Centrafrique refuse obstinément, avec la complicité de certains magistrats, de s’exécuter. Son avocat, maître Ékomo, disposant selon plusieurs sources d’un trésor guerre, aurait pris l’habitude de rendre visite aux magistrats en début d’après-midi, quand tout le monde a déserté le palais de la justice et que les regards indiscrets sont ailleurs. C’est à se demander la nature des affaires que cet avocat traite après 13h 30 passées.

Résultat : dans l’affaire Perrière contre Telecel-Centrafrique, Maître Ekomo aurait réussi, à force de rendre de fréquentes et généreuses visites à certains magistrats, à obtenir du juge rapporteur de trafiquer une décision défavorable à son client en y insérant un contenu frauduleux en vue de limiter la portée et d’éviter ainsi les conséquences de droit. Si cela n’est pas une escroquerie à la décision judiciaire ça y ressemble étrangement.

Nous avons évoqué ces deux dossiers, mais nous aurions pu citer un millier de témoignages des citoyens victimes de certains magistrats et avocats véreux.

Devant un tel tableau, les autorités judiciaires doivent avoir un sursaut. En plus de la dénonciation, le temps est venu de sévir. Les différents ordres professionnels doivent aussi s’intéresser à leurs brebis galeuses dont la place est ailleurs que dans les prétoires. C’est l’ordre des avocats qui est ici visé.

En tout état de cause, c’est à se demander s’il ne valait pas mieux inscrire la question de l’assainissement de la justice centrafricaine parmi les problématiques du futur du dialogue politique. Les guerres naissent aussi de la mauvaise application de la Loi.

Adrien Poussou

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