Centrafrique : les réseaux mafieux des sous – traitants de la Minusca démantelés par la mission économique russe

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Depuis quelques jours, une vidéo montrant un véhiculé estampillé du sigle UN appartenant à la Minusca, arraisonné au poste de contrôle de la douane de Béloko, située à la frontière avec la République du Cameroun, entrain d’être minutieusement inspecté par un expert russe de la mission économique, est devenue virale sur les réseaux sociaux. Si pour une large majorité des centrafricains avisés, la preuve de la confiscation de la douane centrafricaine par les mercenaires russes du Groupe Wagner est désormais établie de manière irréfragable, cet avis n’est pas partagé par les principaux responsables techniques de la direction générale de la douane et des droits indirects.

En effet, par un protocole de collaboration signé le 7 mai 2021 avec la mission économique russe, le ministre des finances et du budget Henri Marie Dondra, sur instructions du gouvernement, a décidé de confier une partie des attributions de son ministère en matière de douanes à des « experts russes ». S’il s’agit officiellement d’un accord de coopération technique dont le principal but est d’aider la douane centrafricaine à lutter plus efficacement contre la fraude en matière de transit, et par conséquent d’améliorer sensiblement le niveau des recettes, il n’en reste pas moins que pour une bonne partie de l’opinion nationale et des partenaires techniques, il est question plutôt pour les partenaires russes de s’assurer du recouvrement et de la mainmise des sommes dues à l’administration centrafricaine au titre des droits de douanes et d’amortir in fine un peu les sommes colossales engagées par la société de mercenariat PMC WAGNER pour contribuer à lancer des opérations de contre –offensives contre les rebelles  de la Coalition des Patriotes pour le Changement, suite aux attaques perpétrées contre la capitale, le 13 janvier 2021. Par cet accord, la société paramilitaire du Groupe a fini par étendre son entreprise sur la République centrafricaine, après le contrôle de la sécurité présidentielle et de certains sites miniers stratégiques, à travers les sociétés Lobaye Invest, Sewa Security et Autres. Ainsi donc, à certains postes douaniers comme à Béloko sur l’axe Garoua – Boulaï – Bangui, des agents russophones contrôlent désormais les flux de marchandises, quoique ignorant tout des procédures conventionnelles, légales et réglementaires en vigueur.

Afin de mettre un terme à toutes ces interprétations sur la coopération russo-centrafricaine et tenter de rassurer le grand public et les partenaires techniques et financiers de la République centrafricaine, la direction générale des douanes et droits indirects a organisé le 27 mai 2021 à Bangui, une conférence de presse. « Les autorités centrafricaines, dans le cadre d’appui technique, ont sollicité l’expertise russe pour nous aider à lutter efficacement contre la fraude et la corruption. Cette expertise est gratuite. Nous l’avions sollicitée auprès de plusieurs pays. Hélas, on n’a pas eu gain de cause. Aujourd’hui, nous comptons parmi nous, 05 experts russes répartis dans nos différents services à Béloko, Gamboula, au Barc, au terminal à conteneurs et au port-Beach » a fait savoir Frédéric Théodore Inamo, directeur général des douanes et droits indirects.  « On commence déjà à ressentir les effets positifs de cette mission. Il y a deux jours, un conteneur est arrivé. L’importateur a déclaré la farine. Mais, lorsque l’inspecteur a filmé la cargaison, il s’agissait de pièces détachées. Au niveau de la douane centrafricaine, on ne possède pas ces équipements sophistiqués pour desceller ces cas » a renchéri Théodore Inamo.

Deux mois plus tard, les faits ont fini par donner raison à M. Frédéric Théodore Inamo. Assurément, c’est ce que la vidéo qui circule ces derniers temps sur les réseaux sociaux a révélé, selon des sources proches de la direction générale de la douane et des droits indirects. Ce jour – là, en inspectant un véhicule de la Minusca qui, conformément aux dispositions du SOFA, bénéficie des exonérations fiscalo – douanières, un expert russe de la mission détaché sur le terrain est tombé sur des marchandises en surcharge. Un acte avéré de contrebande et de fraude. Il somme alors le chauffeur de les décharger à Béloko et de s’acquitter des droits et taxes avant embarquement. Alors que certaines voix se sont immédiatement élevées pour dénoncer un acte de graves atteintes aux dispositions du SOFA, consistant à soumettre dorénavant tous les véhicules de la Minusca à des fouilles systématiques par les russes, nos sources ont affirmé et soutenu que le but de l’action posée dans cette vidéo par l’expert russe qui travaille en collaboration avec les services de douane, n’est pas de fouiller les véhicules de la Minusca qui transportent des marchandises sécurisées et conventionnelles, mais plutôt de lutter contre les surcharges et donc la contrebande et la fraude dont la responsabilité directe incombe aux chauffeurs, aux sous – traitants et aux sociétés qui ont signé des contrats avec la Minusca. Pour échapper à la douane et gagner des gains supplémentaires, ceux – ci se servent de la Minusca ; ce qui constituait et constitue un manque énorme à gagner pour le trésor public, puisque les fonctionnaires de la douane avaient peur de contrôler et taxer ces surcharges jusqu’à ce jour.

Voilà donc un acte louable et très bénéfique pour le trésor public que vient de poser cet expert de la mission économique russe. Si nous continuons de dénoncer la présence des mercenaires russes du Groupe Wagner dans notre pays et toutes les nombreuses exactions commises contre les populations civiles, depuis leur déploiement en Centrafrique au lendemain de l’offensive de la CPC contre la capitale en janvier dernier, nous devons, par contre, par patriotisme apprécier à sa juste valeur le démantèlement de ces réseaux mafieux qui se servent abusivement des droits de franchise accordés à la Minusca pour ne pas s’acquitter régulièrement des droits et taxes fiscalo – douaniers dont la contribution est plus qu’indispensable au budget de l’Etat. Bien entendu, dans cette vidéo, comme nous l’avons souligné un peu plus haut, ce n’est pas la directe responsabilité de la Minusca qui est ici pointée du doigt, mais celle des chauffeurs et des gérants des sociétés de transit de la Minusca. De ce fait, il est important que le représentant du secrétaire général de l’Onu Mankeur Ndiaye et ses plus proches collaborateurs puissent se pencher très sérieusement sur cette affaire afin de sévir, éviter que la pègre locale n’utilise à des fins de contrebande les dispositions du SOFA, et contribuer ainsi de manière indirecte à l’assèchement des recettes de l’Etat.

Et c’est ici pour nous l’opportunité d’indexer directement la société ECOLOG qui livre une concurrence déloyale avec des opérateurs économiques centrafricains, depuis plusieurs années. Environ 54 milliards de Fcfa, c’est le coût chiffré de manque à gagner pour l’Etat en 2018, selon l’administration douanière. Selon nos informations, ECOLOG, profitant de sa franchise douanière aurait importé plusieurs dizaines de containers de cigarette et d’autres articles qu’il revend en RCA au détriment des sociétés locales agréées. Certains de ces opérateurs indexent certains contingents de la MINUSCA impliqués dans le commerce de la bière étrangère et des produits alimentaires sur place à Bangui et à l’intérieur du pays. Certaines sociétés qui payent régulièrement leur taxe à l’Etat se disent aussi victimes de cette pratique. Elles expliquent enregistrer une mévente sur leurs marchandises entrainant souvent une mise en chômage du personnel et même des faillites de ces sociétés. « La Minusca est exonérée, mais il y a des gens qui viennent sous couvert de la Minusca exploiter le pays » a témoigné un opérateur économique victime du système.

Cette pratique est une infraction au regard de la loi selon une victime. « Cela constitue un délit au regard de la loi en la matière. Les sociétés du droit centrafricain payent l’impôt à l’Etat conformément au texte en vigueur dans la zone CEMAC. Par conséquent, ils ne doivent pas subir un préjudice de la part des ONG » a-t-il fait observer. Cette situation a un impact indubitablement sur les recettes de l’Etat. Une source à la direction générale des douanes indique qu’en 2018, l’utilisation abusive de l’exonération par la MINUSCA, a fait  perdre à l’Etat plus de 33 milliards de FCFA et plus de 8 milliards aux autres agences du système des Nations Unies.

Imamiah – Imohtep Yamalet

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