Centrafrique : les principales préoccupations du secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres

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S’il est encourageant que les préparatifs se poursuivent en vue d’un dialogue républicain, je rappelle qu’un dialogue ne peut réussir que s’il est véritablement inclusif, si les griefs sont entendus et qu’une suite y est donnée, et si toutes les parties prenantes, en particulier les femmes et les jeunes, ont voix au chapitre, y compris ceux qui résident en dehors de Bangui. J’espère que les préparatifs seront achevés rapidement afin qu’un dialogue vraiment inclusif puisse avoir lieu. Je condamne par ailleurs le fait de prendre pour cible des membres de l’opposition politique,ce qui alimente la méfiance.

Je salue les efforts déployés pour faire avancer les préparatifs en vue de la tenue des élections locales en septembre 2022 qui, si elles sont ouvertes à toutes et à tous, offriront une occasion inestimable de faire avancer le processus de paix, notamment en élargissant l’espace politique et en favorisant la décentralisation, tout en s’attaquant aux obstacles à la participation des femmes. Le fait que les autorités nationales prévoient de mettre à jour la liste des électeurs est une avancée, qui permettrait aux personnes déplacées dans le pays, aux réfugiés de retour dans le pays et aux autres citoyens nouvellement éligibles de participer. La création d’un climat sécuritaire et politique propice au retour sûr, digne et durable des réfugiés reste cruciale. Il sera également important que le Gouvernement mobilise des ressources suffisantes non seulement pour la tenue de ces élections, mais aussi pour les nouvelles administrations locales qui en émergeront. J’encourage les partenaires à fournir l’appui financier et technique nécessaire, en coordination avec l’assistance électorale de la MINUSCA.

Je salue l’adoption du programme du Gouvernement, qui traduit la volonté
d’œuvrer en faveur d’une société inclusive et d’une économie plus ouverte, avec une participation significative des femmes et des jeunes. Pour concrétiser cet engagement, il faut instaurer des conditions économiques favorables et améliorer la gouvernance financière. J’accueille avec satisfaction les efforts du Gouvernement pour améliorer la gestion financière en coordination avec les partenaires internationaux et j’invite le Gouvernement à continuer d’améliorer la collecte des recettes, le contrôle des dépenses et la lutte contre la corruption.

Je demande au Gouvernement de continuer à donner la priorité à la réforme du secteur de la sécurité, en mettant l’accent sur la consolidation de la gouvernance et du contrôle démocratique des institutions de sécurité. Cela permettrait la constitution progressive de forces de sécurité nationales professionnelles responsables et tenues de rendre des comptes, et capables de protéger efficacement les civils et d’aider l’État à consolider son autorité. J’encourage les autorités nationales à intensifier la coordination de l’aide internationale à l’appui de la réforme du secteur de la sécurité pour une meilleure cohérence et une plus grande complémentarité des efforts et des ressources.

Je reste par ailleurs profondément inquiet par la persistance des violations des droits humains et des atteintes à ces droits, notamment les violences sexuelles liées au conflit, commises par toutes les parties au conflit. Je déplore la stigmatisation et la prise pour cible de certaines communautés ethniques et religieuses soupçonnées de collusion avec des groupes armés. J’appelle toutes les parties au conflit en République centrafricaine à respecter le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme. J’accueille avec satisfaction la décision du Gouvernement de créer un forum d’échange d’informations au sujet des violations des droits humains et je souhaite que cette entité reçoive tout l’appui politique nécessaire. Je rappelle que c’est aux autorités nationales qu’incombe au premier chef la responsabilité de protéger les civils et je leur demande de coordonner efficacement tous les acteurs de la sécurité dans le pays afin de garantir que les droits humains de tous les résidents soient respectés. Je félicite le Gouvernement d’avoir décidé de mettre en place une commission spéciale d’enquête sur les violations des droits humains et espère que ses conclusions aideront à mettre un terme à l’impunité, amèneront les responsables à répondre de leurs actes et contribueront à la paix et à la stabilité.

Je suis particulièrement préoccupé par l’augmentation des accidents impliquant des engins explosifs. Leur coût en termes de victimes civiles et de répercussions sur les activités humanitaires et de maintien de la paix est inacceptable. Je demande à toutes les parties de coopérer avec l’ONU pour localiser et neutraliser ces engins.

La population de la République centrafricaine exige que justice soit faite et que l’impunité cesse. Il est donc important de continuer à mettre en place des systèmes d’application de la loi et de justice impartiaux et indépendants et de résoudre les problèmes d’incarcération chronique, avec un appui coordonné des partenaires. Je suis particulièrement optimiste quant aux progrès réalisés par la Cour pénale spéciale et insiste sur l’importance d’un appui international continu. Je me félicite de la représentation des femmes (45 %) au sein de la Commission vérité, justice, réparation et réconciliation et de la nomination d’une femme à la présidence de la Commission et j’appelle la Commission à commencer ses travaux promptement.

La population de la République centrafricaine, et en particulier les plus vulnérables (enfants, femmes, personnes âgées, minorités), continue de dépendre d’une aide humanitaire vitale. Les acteurs humanitaires continueront de répondre aux besoins les plus pressants de la population, malgré un environnement opérationnel de plus en plus hostile. J’invite tous les donateurs à contribuer généreusement au financement intégral du plan de réponse humanitaire.

Je reste préoccupé par le nombre inacceptable d’actes hostiles impliquant les
forces de défense nationale et de sécurité intérieure, ainsi que le personnel de sécurité déployé de manière bilatérale et d’autres personnels prenant pour cible la MINUSCA, ainsi que par la persistance des campagnes de désinformation. Ces actes entravent l’exécution du mandat de la Mission, mettent en danger la vie des soldats de la paix et enfreignent les engagements du Président Touadéra et du Gouvernement,y compris ceux pris dans le cadre de l’accord sur le statut des forces avec la MINUSCA. J’exhorte le Président à continuer de prendre des mesures concrètes pour faire cesser les agissements qui font peser de graves risques sur la sûreté et la sécurité des soldats de la paix et pour créer un environnement propice à l’exécution du mandat de la MINUSCA.

La décision que j’ai prise de rapatrier un contingent militaire au mois de septembre 2021 est le reflet de ma politique de tolérance zéro et se veut un signe du sérieux avec lequel les Nations Unies prennent en compte toutes les allégations d’exploitation et d’atteintes sexuelles. Je regrette profondément la souffrance infligée aux personnes rescapées et réitère l’engagement des Nations Unies à œuvrer de concert avec ses partenaires pour faire en sorte que chaque survivant(e) reçoive une assistance. En outre, l’ONU continuera de veiller à ce que chaque allégation fasse l’objet d’une enquête approfondie, et je demande aux États Membres d’œuvrer avec nous en ce sens. J’exhorte en outre tous les pays contributeurs de contingents et de personnel de police de prendre des mesures énergiques pour prévenir et combattre ces violations. Je renouvelle ma détermination à éradiquer l’exploitation et les atteintes sexuelles et réaffirme mes instructions à l’intention du personnel des Nations Unies et de ceux qui travaillent sous le drapeau de l’ONU de faire de même.

La présence de la MINUSCA en République centrafricaine, sa sécurité robuste, sa capacité à protéger les civils et son rôle politique indépendant restent particulièrement essentiels. Je recommande donc que le Conseil de sécurité proroge d’un an le mandat de la MINUSCA, jusqu’au 15 novembre 2022, en maintenant l’effectif militaire et l’effectif de police autorisés au niveau actuel, élevé par la résolution 2566 (2021) du Conseil de sécurité, et en poursuivant son mandat et ses priorités, notamment en ce qui concerne l’assistance électorale.

Source : Rapport du SG au Conseil de Sécurité du 12 octobre 2021

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