Centrafrique : les mercenaires russes du Groupe Wagner se servent de l’Imposteur de Bangui pour s’enrichir, selon une analyste américaine

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Bilan mitigé des mercenaires russes en Afrique

Agence France-Presse avec Radio – Canada

Elles sont assimilées au « groupe Wagner », même si celui-ci n’existe pas légalement. Les sociétés militaires privées (SMP) russes sont devenues des acteurs majeurs de la géopolitique de Moscou en Afrique, entre intérêts financiers et influence politique.

Depuis plusieurs mois, les Occidentaux s’étranglent de l’arrivée de mercenaires russes à Bamako. Mais la junte malienne dément, tout en affirmant devoir compenser la baisse des effectifs de la force antidjihadiste française Barkhane.

Quelques centaines de ces soldats privés seraient actuellement au Mali, selon diverses sources. Ils ont aussi été identifiés entre 2016 et 2021 par le Centre pour les études stratégiques et internationales basé à Washington (CSIS) au Soudan, au Soudan du Sud, en Libye, en République centrafricaine, à Madagascar et au Mozambique.

Mais également dans d’autres pays africains : Botswana, Burundi, Tchad, Comores, République démocratique du Congo, Congo, Guinée, Guinée-Bissau, Nigeria, Zimbabwe. Liste possiblement non exhaustive : d’autres sources parlent d’une vingtaine de pays.

Pas d’existence officielle

Officiellement, Wagner n’existe pas. Pas d’enregistrement, pas d’impôts, pas d’organigramme. L’Union européenne avait sanctionné en 2020 l’oligarque russe Evgueni Prigojine, proche de Poutine et financier présumé de Wagner. Et en décembre, elle a pris de nouvelles sanctions contre le groupe quand se confirmait son arrivée au Mali. Moscou a accusé en retour les Occidentaux d’hystérie.

Alexeï Moukhine, directeur du Centre de l’information politique à Moscou, convient d’un prisme africain : les intérêts de nombreux États, y compris de la Chine, y convergent. Et tout État a le droit de défendre ses biens commerciaux!, affirme-t-il à l’Agence France-Presse .

Les experts occidentaux soulignent, eux, l’imbrication entre forces russes – services secrets extérieurs, services secrets militaires, armée – et sociétés militaires privées . Sans que jamais Moscou ne se sente obligé de répondre de leurs actions.

L’idée pour elles, estime ainsi Catrina Doxsee, du Centre pour les études stratégiques et internationales , est de permettre à la Russie d’étendre son influence géopolitique et de rétablir ses accords obtenus avant la chute de l’Union soviétique.

Le sommet Afrique-Russie en 2019 a constitué à ce titre un tournant. Depuis, la présence des sociétés militaires privées n’a fait que s’y accélérer. Il y a une politique africaine de la Russie, notamment dans la zone d’influence traditionnelle française, confirme Djallil Lounnas, chercheur à l’université marocaine Al Akhawayn.

Les sociétés militaires privées contribuent à signer des ventes d’armes russes et vont parfois les réceptionner elles-mêmes, constate Catrina Doxsee. Elles protègent les dirigeants en place et assurent surtout la sécurisation de sites miniers, qui génèrent des revenus bien plus confortables que les armes.

Guetter les pays affaiblis

Les clients sont massivement des pays disposant de larges réserves de ressources naturelles, minérales et énergétiques, relève la chercheuse. Et comme en Syrie où ils se sont fait connaître, les sociétés militaires privées guettent les pays affaiblis sur le plan sécuritaire.

D’autant plus en Afrique, peu rétive aux mercenaires. Les mercenaires en Afrique constituent une norme, assure même Jason Blazakis, conseiller pour le Soufan Group, un groupe de réflexion basé à New York, citant la riche histoire des sociétés privées sud-africaines.

Vu le nombre de pays où ils travaillent, l’approche des affaires [des sociétés militaires privées russes] semble fonctionner, résume-t-il. Mais aucune information fiable n’est disponible sur leurs effectifs et résultats financiers.

Il y a des contrats signés en pagaille avec le Mali, constate de son côté Djallil Lounnas, et ce sans conditions posées sur la gouvernance. La Russie ne pose pas de questions sur la démocratie et les droits de l’homme.

Leur approche de la sécurité est pourtant discutable. De violents abus leur sont attribués. L’Organisation des Nations unies enquête ainsi sur un massacre présumé en République centrafricaine (RCA) lors d’une opération conjointe en janvier des forces armées et de Wagner. Une source militaire a évoqué à l’Agence France-Pressedes exécutions sommaires pour un bilan de plus de 50 morts.

Résultats mitigés

Au-delà, les résultats pour l’État client ne sont pas toujours à la hauteur des espérances.

En Libye, les mercenaires russes se sont alliés au maréchal Khalifa Haftar, qui a tenté pendant un an de prendre Tripoli par les armes. En vain : ils ont essuyé de lourdes pertes face aux supplétifs turcs soutenant le rival d’Haftar, le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj.

Et au Mozambique, ils ont reculé face au groupe armé État islamique (EI) avant d’être remplacés par des Sud-Africains. Ils n’avaient aucune expérience des terrains rencontrés dans le Cabo Delgado (nord), ils ne pouvaient même pas communiquer avec les troupes locales pour des questions de langue et de défiance mutuelle, résume Catrina Doxsee.

Ils ont été choisis parce qu’ils étaient les moins chers, mais n’avaient pas la capacité de réussir, ajoute-t-elle. Sur le continent, ils ont connu un nombre considérable d’échecs.

Plus grave encore, le désordre, l’insécurité, la crise servent leurs intérêts, fait valoir l’analyste américaine. Si un pays comme la République centrafricaine les emploie pour former ses troupes, il est de leur intérêt fondamental de s’acquitter de leur tâche juste suffisamment pour continuer à être employés.

Car s’ils devaient parvenir à résoudre le conflit, ils ne seraient plus nécessaires.

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