Centrafrique : les Etats – Unis optent pour la liquidation de la démocratie centrafricaine et apportent leurs soutiens au criminel Touadéra

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Alors que le peuple centrafricain, les partis politiques de l’opposition et les partisans de la Démocratie s’attendaient à ce que les Etats – Unis pussent vigoureusement s’opposer à la décision manifeste de l’Imposteur de Bangui de modifier la constitution du 30 mars 2016 aux fins d’échapper à la justice du fait d’ignobles exactions, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité qu’il a perpétrés sur les populations civiles avec la complicité avérée des mercenaires du Groupe Wagner et rwandais, et de s’octroyer par le règne de la terreur une présidence à vie, la sortie médiatique du porte – parole du Département d’Etat américain Matthew Miller, le mardi 22 août 2023, au lendemain de la validation des résultats du référendum constitutionnel du 30 juillet 2023, est venue non seulement refroidir leurs ardeurs et leurs espérances, mais surtout leur rappeler que le principe fondamental qui sous-tendent les relations internationales reste et demeure les intérêts.

Rappelons que le communiqué du Département d’état est libellé ainsi qu’il suit :

« Le 21 août, la Cour constitutionnelle de la République centrafricaine a validé les résultats du référendum constitutionnel du 30 juillet, qui, entre autres changements, supprime la limitation du nombre de mandats présidentiels et mine la gouvernance démocratique du pays. Nous sommes convaincus que des transitions pacifiques régulières du pouvoir donnent lieu à des institutions solides et à des pays plus stables et plus prospères. Les États-Unis notent avec une grande réserve les rapports faisant état d’une faible participation des électeurs et de préoccupations concernant le secret du scrutin. Des élections libres et équitables, avec des processus électoraux inclusifs, sont essentielles pour toute démocratie.

Nous appelons le gouvernement centrafricain à annoncer une date pour les élections locales, au cours desquelles tous les Centrafricains pourront exprimer leurs opinions dans les urnes. Les États-Unis soulignent l’importance pour toutes les parties prenantes en RCA, y compris le gouvernement, l’opposition politique et la société civile, de s’engager dans les processus électoraux du pays de manière transparente, constructive et pacifique ».

Ainsi donc, les Etats – Unis, l’une des grandes démocraties occidentales les plus solides et l’un des plus farouches défenseurs des valeurs de liberté, de justice, des droits de l’homme et de l’Etat de droit, ont décidé seulement de « prêter attention » aux informations contenues dans certains rapports selon lesquelles le peuple centrafricain dans sa large majorité ne s’était pas déplacé aux urnes, lors de ces dernières consultations référendaires, marquées singulièrement par des actes de graves irrégularités qui leur ont in fine ôté tout critère de démocratie, de sincérité, de liberté, de justice, de transparence, d’inclusivité et de résultats apaisés. Ils l’ont dit de manière laconique sans avoir été capables de hausser le ton sur ces déficiences inacceptables dans toute société qui se dit et se veut démocratique comme la République centrafricaine. Pis, ils ont appelé le gouvernement à organiser dans un délai raisonnable les élections locales de « manière transparente, constructive et pacifique », tout en sachant pertinemment que l’Imposteur de Bangui et ses collaborateurs, pris entièrement en otages par les « Affreux Blancs » et  engagés dans un processus d’adoption et d’imposition d’une nouvelle loi fondamentale, n’en auront que cure de cette demande.

Et pourtant, dans leur lutte contre la détermination de l’Imposteur de Bangui à tripatouiller la constitution du 30 mars 2016, les Centrafricains, en général, les partis politiques de l’opposition démocratique, les légalistes et tous les combattants de la liberté, en particulier, avaient placé toutes leurs espérances au gouvernement démocrate du président Joe Biden. Pourquoi ?

D’abord, parce que, selon les informations du Monde, dans un article intitulé « Les Etats – Unis engagent une stratégie pour évincer d’Afrique les mercenaires du Groupe Wagner », publié le 20 février 2023, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, s’est vu remettre mi-décembre 2022 par l’administration américaine un mémorandum lui exposant les bénéfices qu’il aurait à se séparer des paramilitaires du Groupe Wagner et les conséquences qu’il encourrait à maintenir son alliance avec eux. Transmise en marge du sommet Etats-Unis-Afrique, qui s’est tenu à Washington du 13 au 15 décembre, cette offre aurait été préparée par le National Security Council, institution rattachée à la présidence américaine et destinée aux questions de politique étrangère et de sécurité nationale.

Ensuite, parce que, en mars 2023, l’ancienne présidente de la Cour Constitutionnelle de Centrafrique, Danièle Darlan, a été invitée par le gouvernement américain et a reçu à la Maison Blanche le prix International Woman of Courage (Prix de la Femme de Courage ) de la part du département d’Etat américain. Mme Darlan, appelée par son surnom « Dame de fer » a été limogée par le président Touadera, après que la Cour a invalidé un décret créant un comité chargé de rédiger une nouvelle Constitution. Même si, en 2020, Mme Darlan a certifié les résultats des élections groupées, après un scrutin marqué par une faible participation du fait de l’activité des groupes armés et caractérisé par de graves irrégularités, permettant au président Faustin-Archange Touadéra d’être déclaré réélu par l’ANE par seulement 17% du corps électoral et d’être  reconduit dans ses fonctions, en 2022, elle a réservé par la suite une ferme opposition de non – recevoir à des injonctions de diplomates russes visant à obtenir la modification de la constitution pour permettre à l’Imposteur de Bangui de rester ad aeternam vitam au pouvoir.

Il faut noter qu’en 2022, Mme Darlan a déclaré inconstitutionnels les projets de modification de la constitution. À la suite de cette décision, des groupes, composés en majorité de jeunes hommes, payés par des associations de jeunes en faveur du parti au pouvoir pour prendre part aux manifestations, se sont rassemblés devant son bureau pour demander sa destitution. Voyant en Mme Darlan une menace, le gouvernement a alors décidé de la démettre illégalement de ses fonctions de présidente de la Cour, en invoquant son âge.

Enfin, parce que,  les populations centrafricaines, victimes de graves exactions, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dont se sont rendus coupables les mercenaires du Groupe Wagner, déployés massivement dans les zones naguère occupées par les Combattants de la CPC, suite à l’attaque de la ville de Bangui, le 13 janvier 2021, avaient favorablement accueilli les sanctions économiques prises par le Trésor public américain contre leurs bourreaux, au lendemain de la publication du Rapport du Groupe de Travail des Experts de l’Onu, le 21 juin 2021, par le conseil de sécurité. Ces sanctions américaines visaient les principaux dirigeants du Groupe Wagner, les sociétés « Sewa Security » et « Lobaye Invest », la compagnie minière Midas Resources, qui possède plusieurs mines en Centrafrique, ainsi que Diamville, spécialisée dans les transactions sur l’or, toutes deux contrôlées par M. Prigojine, a indiqué le département du Trésor américain. Elles étaient aussi prononcées contre une autre société basée à Dubaï, Industrial Resources General Trading, accusée de gérer les transactions pour le compte de Diamville.

A ce propos, le sous-secrétaire au Trésor, Brian Nelson, cité dans un communiqué, a affirmé que « Le Groupe Wagner finance ses opérations brutales en partie grâce à l’exploitation de ressources naturelles dans des pays comme la Centrafrique et le Mali ». « Les Etats-Unis continueront de cibler les sources de revenus du Groupe Wagner afin de l’empêcher de s’étendre en Afrique, en Ukraine ou ailleurs », a-t-il ajouté. Peu auparavant, le porte-parole du département d’Etat, Matthew Miller, avait annoncé l’éminence de ces sanctions, et à nouveau dénoncé les activités du Groupe Wagner en Afrique. « Nous pensons que là où va Wagner, il sème la mort et la destruction dans son sillage », a déclaré à la presse M. Miller, en « enjoignant les gouvernements en Afrique ou ailleurs à cesser toute coopération avec Wagner ».

Fort de tout ce qui précède, le peuple centrafricain était convaincu que les Etats – Unis, comme ils l’avaient fait, dans les années 90, en soutenant courageusement et vigoureusement la lutte menée par toutes les forces vives de la nation pour l’avènement du pluralisme démocratique, par l’entremise de leur ambassadeur feu Daniel Howard Simpson, allaient effectivement évincer les mercenaires du Groupe Wagner de leur pays, inscrire le nom Touadéra et ceux de ses plus proches collaborateurs sur la liste des sanctions du Trésor public américain et l’empêcher de briguer un troisième mandat comme il vient étonnamment de le faire. Malheureusement, après être soigneusement gardés de dénoncer l’évasion du criminel Hassan Bouba arrêté par la Cour pénale spéciale, mais libéré « manu militari » par la garde prétorienne de Touadéra, et les apports multiples et multiformes de la Minusca à leur organisation, ils ont choisi de valider les résultats des dernières consultations référendaires et d’apporter de facto leurs soutiens à l’Imposteur de Bangui, croyant de cette manière travailler diplomatiquement au départ de ces criminels.

Or, en usant du bâton et des carottes, non seulement ils se déjugent et foulent allègrement aux pieds les valeurs de démocratie, de liberté, de justice, de respect des droits de l’homme et de l’Etat de droit dont ils sont censés être les porteurs et les défenseurs, mais surtout ils confirment par là ce que The Sentry a reproché à la communauté internationale, dans l’un de ces nombreux rapports sur les atrocités commises par le Group Wagner en RCA : « Depuis bien trop longtemps, la communauté internationale tente de cajoler les parties en guerre pour qu’elles fassent moins de mal, tout en fermant les yeux sur le pillage violent d’une nation par des prédateurs centrafricains et étrangers. Cela garantit un statu quo meurtrier quand on s’appuie sur le faux espoir d’un processus électoral corrompu et de l’accord de Khartoum vicié à la base, car les criminels continueront de déchiqueter la Centrafrique et de profiter de son démembrement. Cependant, les gouvernements et le secteur bancaire au niveau mondial peuvent avoir recours à des pressions financières et des mesures sans concessions pour donner plus de poids à la paix. C’est là que la communauté internationale doit fixer son attention, et ce avec urgence ».

Ce rapport a souligné le rôle des puissances étrangères prédatrices, notamment l’alliance entre le régime du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra et le Groupe Wagner, un acteur semi-étatique de sécurité russe. Le Groupe Wagner, qui s’est révélé avoir soutenu des groupes armés accusés d’abus contre les civils en Centrafrique, est dirigé par Yevgeny Prigozhin, un oligarque de Saint-Pétersbourg surnommé le « chef de Poutine », en raison de ses liens étroits avec le président russe Vladimir Poutine. A ce sujet, pour la directrice de la politique de financements illicites de « The Sentry » Hilary Mossberg, « Les activités des groupes criminels organisés, des trafiquants de drogue, des acteurs sous sanctions internationales et des déstabilisateurs de la paix, y compris les transactions illicites et les pots-de-vin en dollars, nécessitent une vigilance renforcée envers les transactions et les clients de la part des institutions financières internationales entretenant des liens avec la région. Les banques et les commerces liés aux secteurs des ressources naturelles de la Centrafrique doivent impérativement monter la garde contre des acteurs corrompus et des transactions financières illicites, et remplir leur rôle pour empêcher le conflit de se propager dans le pays ».

A la grande surprise de la majorité des Centrafricains, c’est ce que les Etats – Unis, au nom de leurs intérêts, ont refusé de faire. Ainsi donc, par cette sortie médiatique du porte – parole du Département d’Etat américain Matthew Miller, le mardi 22 août 2023, les Etats – Unis ont préféré collaborer avec l’Imposteur de Bangui et les criminels du Groupe Wagner dont six des hauts dirigeants, parmi lesquels un certain Evgueni Prigojine, viennent de trouver la mort dans un crash d’avion survenu le 23 août dans la région de Tver. La RCA n’est pas l’Ukraine et les Centrafricains restent et demeurent de « Pauvres Nègres ».

Au demeurant, cette option des Etats – Unis confirme une fois de plus que nous sommes  « une démocratie au rabais, à la ramasse et aux principes à géométrie variable, où des coups d’Etat constitutionnels sont tolérés quand ils ne sont pas justifiés par les « grands juges » et autres « maîtres penseurs » outre-Atlantique qui se veulent autant de donneurs de leçons, où des coups d’Etat militaires et autres modes d’accession anticonstitutionnels au pouvoir sont jugés à la tête du client quand cela arrange les intérêts de puissances occidentales. Un exemple parmi tant d’autres est  la tolérance vis-à-vis du Général tchadien, Mahamat Idriss Deby Itno, qui est parvenu au pouvoir dans les conditions que l’on sait, et l’intraitabilité vis-à-vis d’autres juntes, en particulier les tombeurs de Mohamed Bazoum au point de pousser, comme le fait quelque peu si maladroitement la France, à une intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel à Niamey ».

Pourquoi cette résurgence des coups d’Etat qui consacre le recul de la démocratie dans ces parties de l’Afrique ? Pourquoi, malgré les sanctions drastiques et autres mesures coercitives prises à l’encontre des juntes militaires, la contagion continue-t-elle de gagner d’autres pays ?  Pourquoi, malgré la clameur de la communauté internationale, les coups d’Etat paraissent-ils adoubés par ces peuples africains ? En un mot comme en mille, qu’est-ce qui fait le lit de cette instabilité politique chronique en Afrique ? Autant de questions dont les réponses nécessitent une bonne autopsie qui passe aussi par une véritable introspection des Etats – Unis qui doivent accepter de se regarder dans la glace, après cette sortie médiatique très laconique et pleine d’hypocrisie de Matthew Miller.

Jean – Paul Naïba

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