Centrafrique : les en – dessous de la non – démission du premier ministre Firmin Ngrébada

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Incroyable mais vrai ! Depuis la reconduction du président Faustin Archange Touadéra dans ses fonctions du chef de l’exécutif pour un nouveau mandat de cinq (5) ans, le 31 mars 2021, suite aux pires calamiteuses élections du 27 décembre 2020, le premier ministre Firmin Ngrébada qui a succédé au tout – puissant Simplice Mathieu Sarandji, grâce à un deal scellé avec les groupes armés, au lendemain de la signature de l’Accord de Paix du 6 février 2019, soutenu et financé en grande partie par ses amis russes, les mercenaires du Groupe Wagner, n’a pas encore démissionné. A dire vrai, l’homme refuse de rendre son tablier et celui de son gouvernement. Une situation si particulièrement unique en son genre dans l’histoire de tous les régimes que nous avons connus dans ce pays, à telle enseigne que non seulement elle crée un certain malaise au plus haut sommet de l’Etat, mais surtout soulève des interrogations au sein de l’opinion nationale et internationale et ne cesse de susciter de vives critiques dans l’ensemble du corps politique et social national.

Interrogé sur cet étonnant état de fait et le maintien à leurs fonctions de certains membres de son gouvernement pourtant élus députés, au sortir de l’audience que lui a accordée le président de l’assemblée nationale, le 19 mai 2021, l’inspecteur principal de travail et des lois sociales a déclaré ce qui suit : « Je suis venu indiquer au Président de l’Assemblée nationale la disponibilité du gouvernement à travailler avec l’Assemblée nationale dans les conditions définies par la Constitution…(sic)….« La constitution prévoit que c’est le président de la République  qui nomme et révoque le premier ministre. Donc la question de la démission du gouvernement, ou de la  nomination,  ou de la démission du Premier ministre, relève de la haute discrétion  de Monsieur le président de la République. Dans aucune ligne de la constitution, il n’est dit qu’à telle période le premier ministre doit nécessairement  démissionner. Ceux qui sont impatients d’avoir le détail  de cette question, dans les jours à venir  ou les mois à venir, ils auront toutes les précisions sur la question »….(sic)…… « Je vous dis que c’est une question qui relève de la haute discrétion du chef de l’État ».

Voilà des propos qui signifient de manière claire et limpide comme l’eau d’une roche qu’il ne faut pas s’attendre à ce que ce dernier prenne la décision d’avoir l’humble devoir de donner l’opportunité à celui qui a été élu par le peuple souverain et qui l’a nommé à ce poste de choisir en toute liberté et toute responsabilité son successeur ou de le reconduire immédiatement dans les charges de chef de gouvernement. Mieux, rassuré de la présence de ses partenaires russes, et fort du rôle qu’il a joué dans leurs déploiements  et les opérations de contre – offensives, après les attaques perpétrées par les forces de la CPC contre la capitale centrafricaine, le 13 janvier 2021, l’homme a le culot de mettre la pression sur les épaules de Touadéra, en se cachant derrière la constitution du 30 mars 2016 dont les dispositions sont silencieuses sur les délais de nomination du premier ministre, après la prestation de serment du président.

Si tant il est incontestable que, conformément aux dispositions de l’article 53, le chef du gouvernement est responsable devant le président de la République qui le nomme et le démet, et devant l’assemblée nationale qui peut mettre aussi fin à ses fonctions, à la suite d’une motion de censure adoptée à la majorité des deux tiers (2/3) des députés la composant, d’une part , et que, d’autre part, il importe de réaliser que, juridiquement, le premier ministre n’est pas obligé de démissionner immédiatement après l’élection présidentielle, aucune règle formelle de la constitution ne lui en faisant l’obligation, il n’en reste pas moins cependant important de souligner que le caractère assez singulier dans lequel il se trouve actuellement recommandait et exige son départ, en sus de ce que les us et pratiques en la matière l’y contraignent.

En effet, élu député de la circonscription de Boali, sa place n’est plus au gouvernement, mais plutôt à l’assemblée nationale, conformément aux engagements qu’il a pris vis – à – vis de ses électeurs pendant la campagne électorale et en application des termes du contrat qui les lient désormais : parler en leurs noms, défendre leurs intérêts et faire des propositions en sa qualité de porte – parole de sa circonscription afin de contribuer efficacement à répondre à leurs attentes, à travers le vote des lois et le contrôle de l’action gouvernementale. Pour n’avoir pas rendu son tablier, pour des raisons qui sont les siennes, et pour avoir refusé de siéger en tant qu’élu de la nation dans la représentation nationale, lors des travaux de la dernière session parlementaire extraordinaire – ce qui est contraire aux dispositions du règlement intérieur de l’AN –  relatifs à l’installation de la 7ème législature et à la mise en place du bureau de l’assemblée nationale, prouve à suffisance qu’il n’est pas un homme d’état, mais plutôt un homme politique. Comme tel, toutes ses pensées, ses paroles et ses actes ne visent qu’à satisfaire des désirs matériels, personnels et partisans, en usant de ses prérogatives de puissance publique et en se servant des voix de ses électeurs.

Et cela est d’autant plus vrai que le gouvernement dont il a la charge n’existe plus que de nom. Alors que certains de ses membres ont rejoint la CPC, sont relevés ou arrêtés, d’autres élus députés ont siégé dans la représentation nationale, sans avoir préalablement et officiellement annoncé avoir démissionné de leurs fonctions de ministre de la République, tout comme ils l’avaient fait en menant leur campagne tout en demeurant ministres de la République. Ce n’est que vingt – quatre heures plus tard que l’on apprendra, sur les ondes de la radio nationale, la nouvelle de leur limogeage par un décret présidentiel. Mais un jour plus tard, coup de théâtre, avant le vote des membres du nouveau bureau de l’assemblée nationale, l’on nous annoncera leur démission de leur siège au profit de leur suppléant. Depuis lors, ils ont repris leurs fonctions de membres du gouvernement, à l’exemple d’un certain Henri Marie Dondra qui continue d’exercer ses activités de grand argentier de la République, comme si de rien n’était. Cela fait un peu trop de désordre au point où nous sommes obligés de nous demander dans quel monde nous vivons et à quelle communauté d’hommes nous appartenons, tant nous sommes particulièrement extraordinaires et nous posons des actes qui font de nous une communauté entièrement à part.

Cela est d’autant plus vrai également  que la situation politique, sécuritaire, institutionnelle, socio – économique et humanitaire, est chargée de sérieuses inquiétudes et de fortes tensions. De la crise de légitimité du pouvoir du président Faustin Archange Touadéra, élu seulement par 17% du corps électoral, à la suite des pires calamiteuses élections du 27 décembre 2020, marquées par d’innombrables irrégularités manifestes et dont ont été exclus plus de 300.000 Centrafricains, à la reprise ces derniers temps de nouveaux affrontements dans les villes reprises aux forces de la CPC par les Faca et leurs alliés russes, en passant par la main –mise exclusive du MCU sur l’assemblée nationale, les acharnements politico – judiciaires contre les leaders de l’opposition démocratique, la baisse drastique du niveau de vie de la population du fait de la pandémie du covid – 19, les détournements de toutes les aides et autres appuis financiers y relatifs, la crise alimentaire qui menace plus de la moitié de la population, le non – accès de tous à l’eau potable et à l’électricité, la coupure d’aide budgétaire de la France et le gel de sa coopération militaire, l’isolement diplomatique du pays et sa mise au banc de la communauté internationale qui lui demande des comptes via les institutions financières internationales de Bretton – Woods, la liste des besoins prioritaires du peuple centrafricain est longue et leur résolution nécessite la mise en place urgente d’un nouveau gouvernement. Malheureusement, il n’en est rien ! Ce qui témoigne que les visions de ceux qui nous gouvernent sont ailleurs.

Il n’en est rien, tout simplement parce qu’au commencement, le 30 mars 20216, il n’y avait rien, aucun programme politique et aucun projet de société, cohérents, audacieux, rassembleurs, créateurs d’emplois et générateurs de richesses, à court, moyen et long termes, comme l’on pouvait s’y attendre de la part d’un universitaire à un si haut niveau de responsabilité depuis l’accession de l’Oubangui – Chari à l’indépendance. Et il n’y aura rien pour le paysan, le commerçant, le retraité, le fonctionnaire, l’étudiant, l’élève pour les années à venir. Par contre, il y aura quelque chose pour Touadéra et son ami Ngrébada qui, après avoir réussi à faire main basse sur la représentation nationale, peut « hic et nunc » en toute liberté manœuvrer pour désigner un premier ministre de leur choix, afin d’éviter une contestation parlementaire, et mettre en place un gouvernement constitué uniquement de leurs hommes de main.

Imamiah – Imhotep Yamalet

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