Centrafrique : le président de la HABG Guy Eugène Demba et les hauts commissaires complices de la mal-gouvernance de l’ère Touadéra

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Le 13 janvier 2022, le président de la Haute Autorité chargée de la Bonne Gouvernance a organisé à Bangui une conférence de presse. Pour auto – évaluer les activités de cette institution. Assisté de certains hauts commissaires, il n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour dresser un bilan positif de leur gestion tout au long de ce mandat qui prendra fin dans les jours à venir. Même s’il a reconnu avoir été confronté à des difficultés d’ordre matériel et financier ainsi qu’à une absence d’une réelle volonté politique, son institution n’a pas failli pour autant à ses missions constitutionnelles et régaliennes. C’est ainsi que plusieurs rapports portant sur des cas de détournements des deniers publics et de biens de l’Etat, de malversations financières, de gabegie, de corruption, de pratiques de siphonnages des crédits de l’Etat et d’extractions frauduleuses des fonds publics en association avec des malfaiteurs ont été régulièrement dressés, signés et portés à la haute attention des plus hautes autorités de la République.

« L’affaire de lutte contre la corruption et les détournements de biens publics n’est pas une affaire d’une institution toute seule. C’est un élan national. Si tout le monde a la volonté d’aller dans ce sens-là, notamment, la volonté politique au plus haut niveau, on va y parvenir. L’appui populaire est certes, l’élément manquant de cette chaîne » a déploré Guy Eugène Demba, président de la Haute autorité chargée de la bonne gouvernance. Pour plus d’efficacité et d’efficience, l’homme a proposé une réforme profonde de l’institution, par une relecture de la loi organique portant organisation et fonctionnement de la HABG. « Il nous faut une réforme générale. Des mécanismes comme la possibilité de rendre publics tous les rapports que nous dressons. Parce que la loi dit que, les rapports sont adressés au chef de l’Etat, au président de l’Assemblée nationale et dans certains cas, au Premier ministre. Quitte à eux d’analyser la pertinence de ces rapports », a – t – il soutenu et conclu avec une certaine fierté, celle du devoir accompli, avec l’âme en paix, tel un grand commis de l’Etat, admis à faire valoir ses droits à la retraite, après plusieurs années de bons et loyaux services rendus à l’Etat.

Comme nous l’avons effleuré un peu plus haut et de même que tout le monde peut le constater aisément après une analyse minutieuse des faits relatés, le premier mandat du « brillant » magistrat Guy Eugène Demba aux commandes de la HABG a été marqué aussi bien par des pages blanches ne comportant pas de points noirs que par des pages blanches pleines de points noirs. Visiblement, les points noirs par lesquels nous entendons des rapports délibérément enfouis dans les tiroirs par leurs destinataires, sont nombreux et imputables à l’Imposteur de Bangui, en sa qualité de président de la République, au président de l’assemblée nationale et dans certains cas, au premier ministre, chef du gouvernement. S’il a été assez courageux pour le reconnaître et pointer d’un doigt accusateur ces faiblesses et leurs auteurs, aussi étonnant, invraisemblable et révoltant que cela puisse paraître, Guy Eugène Demba s’est montré peu bavard sur les responsabilités premières qui sont les siennes, celles de dénoncer courageusement, en temps opportun et en temps réel, ces pratiques de blocages et d’obstructions politiques aux suites devant être tout naturellement réservées à leur traitement, c’est – à – dire la transmission des dossiers compilés aux institutions nationales judiciaires, l’arrestation des mis en cause et de leurs complices et leur traduction devant les tribunaux in fine.

Au regard des dispositions de l’article 147 de la constitution selon lesquelles « la Haute Autorité chargée de la Bonne Gouvernance est une institution indépendante de tout pouvoir politique, de tout parti politique, de toute association ou de tout groupe de pression », cette posture, à savoir son silence sur la volonté manifeste des autorités sus – nommées de s’opposer farouchement aux traitements de ces affaires, est contraire « in spiritu et littera » de la notion de la bonne gouvernance qui est conçue comme « une dimension-clé des politiques et réformes en faveur de la lutte contre la pauvreté et la réalisation des objectifs de développement économique » et  s’impose ipso facto comme un acte avéré de démission et de complicité. Cela est d’autant plus vrai que la loi lui recommande de travailler en toute indépendance, loin des pressions politiques, des directives émanant des organisations secrètes, des relations avec la pègre locale, des milieux des arrangements et des compromissions. Pour ce faire, il dispose d’une arme redoutable : la transparence. Elle permet à toute autorité publique astreinte à l’obligation de rendre des comptes de communiquer régulièrement, ouvertement et honnêtement avec la société civile et les médias sur sa gestion, et in hoc casu, sur les activités réalisées par la HABG.

Alors, pourquoi le magistrat n’a – t – il pas usé de ses pouvoirs constitutionnels pour obtempérer à cette obligation ? Pour avoir attendu seulement la fin de son mandat pour le faire ? Nommé par l’Imposteur de Bangui avait – il peur de le contrarier, en agissant de la sorte ? Avait – il peur de perdre ses fonctions et les juteux avantages matériels et financiers qui les accompagnent ? De ce fait, en âme et conscience, n’est – il pas aussi responsable et coupable de la mal – gouvernance qui s’est institutionnalisée dans ce pays, depuis l’accession de l’Imposteur de Bangui par effraction au pouvoir le 30 mars 2016 à ce jour ? Pourquoi n’avait – il pas démissionné de ses fonctions face aux agissements néfastes et anti – démocratiques des destinataires de tous ces rapports ? S’il l’avait fait, n’aurait – il pas immédiatement créé un tollé général et généralisé autour de ces sombres affaires de détournements, un véritable buzz et contribué un tant soit à inciter les partenaires internationaux à assujettir leur coopération avec les autorités centrafricaines à leurs traitements ? Voilà de pertinentes interrogations auxquelles le magistrat Guy Eugène Demba et les hauts commissaires qui l’entourent, doivent avoir le courage de répondre dans les meilleurs délais. Afin de défendre leur image, leur honneur et leur dignité, ternis à jamais par leur refus de dénoncer « en temps opportun et en temps réel » les actes manifestes de blocages à la lutte contre la corruption par un certain Touadéra et Autres, à travers l’enfouissement de ces rapports dans leurs tiroirs.

En effet, face à une demande sociale complexe et croissante, la bonne gouvernance est devenue une dimension du bien-être des populations et un facteur-clé de succès dans la gestion des politiques de développement. En tant que hauts commissaires, ils ont pour missions principales de« servir et non se servir », lutter contre les pratiques mafieuses d’extractions frauduleuses des fonds publics, les attributions des marchés par des contrats de gré à gré, la non – reddition des comptes et les malversations financières, pour ne citer que ces laideurs, en bannissant les passe-droits, le favoritisme et le trafic d’influence, en mettant l’intérêt public au-dessus de toute autre considération, en traitant tous les citoyens avec la même dignité et le même respect, et en contraignant l’Etat et ses démembrements à réduire leur train de vie tout en restant performants. Toujours guidés par le souci de transparence et de responsabilité dans la gestion vertueuse des affaires publiques, ils ont « l’obligation de dresser les comptes de la Nation et d’éclairer l’opinion », quotidiennement, mensuellement et trimestriellement, en restituant aux organes de vérification et de contrôle de l’Etat « la plénitude de leurs attributions ».

Malheureusement du fait de leur timidité et en considération de leur démission face à ces responsabilités, il ressort de la tenue de cette conférence de presse que le magistrat Guy Eugène Demba et ses collaborateurs ignorent totalement leurs attributions et tout simplement ce que pense président Macky Sall de la notion de bonne gouvernance : « Dans l’exercice de toute mission de service public, personne ne peut se soustraire de l’obligation de transparence et de rendre compte. Je sais que toute dynamique de changement dérange ; parce qu’elle ébranle des certitudes, parce qu’elle bouscule des habitudes établies et, que, pour certains, elle remet en cause des acquis et des privilèges indus. Mais rien ne me détournera de l’objectif de bonne gouvernance. Par conséquent, toutes les procédures engagées en matière d’audits et d’enquêtes sur des ressources et biens mal acquis seront rigoureusement menées jusqu’à leur terme. Et la justice suivra son cours ».

Ce qui signifie qu’un gouvernement s’efforcera toujours de prouver qu’il travaille dans la transparence jusqu’au jour où, ce qui n’était pas étalé dans l’espace public, mais touchant l’intérêt général, est révélé. L’asymétrie de l’information entre gouvernants et gouvernés confère encore davantage de pouvoir aux autorités. Parlant de ce phénomène, l’Economiste Joseph Stiglitz écrit : «  Il confère aux chefs d’entreprise le pouvoir discrétionnaire d’appliquer des stratégies susceptibles de servir davantage leurs propres intérêts que ceux des actionnaires, tout comme il confère aux gouvernants en place le pouvoir discrétionnaire d’appliquer des politiques susceptibles de servir davantage leurs propres intérêts que ceux des citoyens ». Or, selon l’Economiste Joseph Stiglitz, toujours, « ce secret est corrosif : il va à l’encontre des valeurs démocratiques et gêne le processus de la vie publique ; il fait obstacle à l’alternance et à la participation des citoyens à la vie publique ; enfin, il repose sur la méfiance entre les gouvernants et les gouvernés qu’il exacerbe (…) ».

Pour conclure, la transparence dans la gestion des affaires publiques est devenue une forte exigence citoyenne. Et dans une société démocratique comme la nôtre, les citoyens ont le droit d’être informés. La démocratie s’est construite contre les secrets de l’Etat, contre les secrets des monarques. Cette culture du secret est le propre des régimes totalitaires ou simplement anti-démocratiques. Cette transparence postule l’accès des citoyens à l’information, la publication des délibérations et le débat public, la responsabilité des gouvernants, la reddition des comptes. Lorsque que le gouvernement fait de la culture du secret sa marque, cela aura pour conséquences : le renforcement des inégalités dans l’accès à l’information, le renforcement des prérogatives de l’administration face aux citoyens, l’impossibilité d’assurer un contrôle de légalité des actes de l’administration, le développement des formes dévoyées d’information qui prennent les contours de la propagande, le développement de la corruption, la patrimonialisation du pouvoir, etc.

Si la transparence se veut l’opposée du secret, il n’en demeure pas moins nécessaire de préserver une zone de confidentialité dans l’action publique. Cela peut être le cas dans le domaine de la sécurité. Mais dans le cas d’espèce aussi, il faut s’ingénier à assurer un secret transparent. Ainsi donc, au sein de l’opinion et dans toute société qui se veut et se dit démocratique, il y a un réel besoin de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques comme en témoigne la dernière polémique en cours sur l’octroi d’un permis d’exploration et d’exploitation minière à une entreprise chinoise par le président de l’assemblée nationale et le bureau contre le versement de la somme de 180.000 dollars. Fort de tout ce qui précède, seule la démission du magistrat Guy Eugène Demba et celle de tous ses collaborateurs apparaissent comme la dernière solution à la honte dont ils se sont couverts par leur silence sur les grands dossiers de scandales financiers qui ont caractérisé la gouvernance de Touadéra de 2016 à ce jour.

Comme l’avait fait héroïquement feu François, l’un des artisans de la lutte pour l’avènement du pluralisme démocratique en 1990. De même que l’avait fait le magistrat sénégalais Ibrahima Hamidou Demè, à travers sa célèbre phrase : « Je démissionne d’une magistrature qui a démissionné, d’une magistrature de plus en plus fragilisée, voire malmenée de l’intérieur comme de l’extérieur avec comme conséquence une crise sans précédent de la justice qui a perdu sa crédibilité et son autorité». Mettant à l’index d’autres manquements notés dans le fonctionnement de la Magistrature, Ibrahima Hamidou Dème a écrit encore : « (…) Le naufrage de la justice, c’est non seulement un manquement du président de la République à son obligation constitutionnelle de garantir l’indépendance de cette institution, mais c’est avant tout la responsabilité d’une importante partie de la hiérarchie judiciaire qui a distillé dans le corps une culture de soumission qui a progressivement remplacé une longue culture d’honneur, de dignité et d’indépendance».

Ils doivent démissionner, d’une part, parce que « nos valeurs cardinales de dignité, d’honneur, de probité et de loyauté sont presque abandonnées au détriment du reniement, du non-respect de la parole donnée, de la trahison, du mensonge etc. qui sont cultivés par les plus hautes autorités et ce, dans la plus grande indifférence», et d’autre part, parce que  « les fonctionnaires qui jadis étaient fiers et jaloux de leurs valeurs de neutralité, de désintéressement et soucieux de l’intérêt général sont désormais contraints d’adopter une honteuse posture partisane et politicienne qui est la seule permettant d’accéder ou de conserver des postes de responsabilité. Et ceux qui refusent d’adopter un tel comportement sont, malgré leurs compétences et leur probité, marginalisés et perdent de ce fait toute motivation indispensable à la bonne marche du service public. La politique politicienne et les intérêts privés ont désormais pris le dessus sur les intérêts supérieurs de la Nation, de sorte que ceux qui décident ne savent pas et ceux qui savent ne décident pas.»

Jean – Paul Naïba

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