Centrafrique : Le négociant camerounais Neptune Oil sur la sellette

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Face à une crise des carburants qui ne fait qu’empirer, le ministre de l’énergie, Bertrand Arthur Piri, est sous pression des députés et du Fonds Monétaire International (FMI) pour mettre fin à l’exclusivité accordée au trader camerounais Neptune Oil.

L’absence, le mercredi 22 mai, du ministre de l’Énergie, Bertrand Arthur Piri, lors de la séance plénière de l’Assemblée nationale n’est pas passée inaperçue. L’influent ministre du président Faustin-Archange Touadéra devait débattre avec les élus de la convention signée avec Neptune Oil. Cette convention accorde au négociant camerounais, depuis décembre dernier, l’exclusivité de l’importation des produits pétroliers pour une durée de dix ans. Certains députés estiment qu’elle est incompatible avec la loi de 2007, qui organise le secteur pétrolier (AI du 13/03/2024). En lieu et place des débats au Palais du peuple, Bertrand Arthur Piri s’est fendu d’une conférence de presse dans l’enceinte de son ministère pour annoncer qu’il n’y avait pas de pénurie de carburant en Centrafrique. Et ce, en dépit des tensions observées dans le peu de stations-service encore ouvertes à Bangui et devant lesquelles les consommateurs doivent patienter plusieurs heures avant de pouvoir s’approvisionner. L’omniprésence du ministre de l’Énergie sur le dossier, au détriment de son homologue des finances, Hervé Ndoba, est à l’origine d’une partie du blocage.

« Marché noir. »

Les députés ne sont par ailleurs pas les seuls à s’inquiéter des faveurs accordées à l’entreprise dirigée par Antoine Ndzengue. Consultées par Africa Intelligence, les recommandations du FMI transmises en mars aux autorités, mettent l’accent sur la convention signée entre Neptune Oil et l’Etat, ainsi que sur la problématique des structures de prix. Le FMI réclame aux trois ministères concernés (énergie, finances et commerce) une analyse de conformité du contrat passé avec le pétrolier camerounais dans l’objectif de prendre, si besoin, « toutes les actions nécessaires pour assurer un traitement égal, vis-à-vis du droit, des entités opérant du secteur des produits pétroliers. » En ce qui concerne les prix, le FMI préconise « plus de transparence » ainsi qu’une « tarification conforme aux standards internationaux ». Toujours selon l’organisation de Bretton Woods, les tarifs pratiqués dans le pays sont « les plus élevés au monde » et « le salaire minimum journalier en Centrafrique est au même niveau que le prix régulé d’un litre d’essence ». Une situation qui « encourage le marché noir et les importations illégales depuis les pays voisins. »

Embarras

La situation entraîne une baisse importante des recettes fiscales de l’Etat. La vente de carburant représente habituellement un tiers des recettes de la Centrafrique. Mais Neptune Oil est exempté de taxes. Un autre acteur est par ailleurs affaibli par la convention avec Neptune Oil. L’exclusivité qui a été accordée à ce dernier a mis dans l’embarras Enguerrand Rochefort, directeur de la banque d’affaires Rochefort International, qui venait de racheter, en juillet 2023, la filiale Totale Centrafrique, rebaptisée Tamoil RCA. Contraint d’alimenter ses stations-service avec du carburant importé par le pétrolier camerounais, Rochefort International a vu ses marges se réduire. En difficulté, Enguerrand Rochefort s’était pourtant longuement entretenu avec le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, de passage à Paris fin avril pour rencontrer Emmanuel Macron, afin de lui expliquer son bras de fer avec Neptune Oil (AI du 25/04/024).

Double facturation

Dans ses recommandations, le FMI a également préconisé à Faustin-Archange Touadéra de « mener une action diplomatique » dans un délai de trois mois avec les autorités camerounaises afin de réduire les frais du carburant transitant par la Société nationale de raffinage (Sonara). Selon l’organisation internationale, le carburant acheminé par la route depuis le Cameroun – un moyen de transport aux coûts particulièrement élevés –, est taxé une première fois à son arrivée au Cameroun, puis une seconde lors de son départ de la Sonara, à hauteur de 10% dans ligne « Frais Sonara ».

Cette double facturation entraîne une augmentation injustifiée des coûts d’importation, et pourrait être considérée comme une forme de taxation non autorisée par la législation de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale, toujours selon le FMI.

AI

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