Centrafrique : le Gangster de Bangui en sérieuses difficultés !

0
841

CENTRAFRIQUE : FAUSTIN ARCHANGE TOUADÉRA, CLAP DE FIN ?

Centrafrique (volet 1), des inquiétants bruits de bottes
By Aza Boukhris -24 avril 2020

Le président Touadera est devenu, au fil des mois, une marionnette, aux mains de conseillers, dont des étrangers, totalement imperméables à l’intérêt national. Sur fond de possibles mutineries chez un certain nombre de militaires centrafricains.

Quelle sera la vigueur de l’hostilité qui est apparue, ces dernières semaines, dans les rangs des Forces armées, des Forces de sécurité intérieure et de la Gendarmerie ? Un vent mauvais souffle qui pourrait être annonciateur d’une tempête comme en ont connue David Dacko, Jean-Bedel Bokassa, Felix-Ange Patassé, François Bozizé et Michel Djotodia Am-Nondroko

Les militaires se rebiffent
Le président Touadera ne sait plus comment résoudre les fractures, de plus en plus béantes, dans ses forces armées. Elles sont nombreuses dans un pays habitué à l’inéluctable « motion de censure militaire », appelée pudiquement  » mutinerie ». Quels sont ces mécontentements qui sont bien davantage que de l’humeur ?

– les formations dispensées à la fois par l’Union européenne -EUTM- RCA – et la Fédération de Russie, avec ou sans le groupe paramilitaire Wagner, sont devenues concurrentielles, faute de coordination et ont, de ce fait, engendré des conflits entre les bénéficiaires de ces formations différentes en tout point. De surcroît, viennent s’y ajouter les intégrations de combattants rebelles dans les unités mixtes de sécurité.

– plusieurs centaines de jeunes recrues, qui ont été sélectionnées selon des critères très contestés, ont reçu une formation en Angola, en Guinée équatoriale et en Côte-d’Ivoire. A leur retour de stage, ils ont été intégrés dans des grades ne correspondant pas à leur fin de stage. On devine le mécontentement des militaires, déjà en fonction, voyant passer devant eux ces débutants privilégiés. Une illustration du népotisme qui est en cours à Bangui.

– plus grave pour le régime actuel, est le raidissement de plusieurs officiers et sous-officiers ayant des postes de commandement. L’ exemple de l’ancien chef d’Etat-major des Armées, le général de division Ludovic Ngaïfei est éloquent. Cet officier Supérieur était déjà en opposition frontale avec le régime actuel. C’était pour cela qu’il fut limogé, en 2017, par la ministre de la Défense. L’ ancien patron de la « grande muette » est soudain devenu volubile. Son manifeste « Quand la souffrance du peuple m’interpelle, à plus d’un titre » est d’une violence rare contre le régime du président Touadera. Ce très long réquisitoire, publié dans les médias le 5 mars 2020, était le point de non-retour du général de division. On comprend donc sa décision de demander immédiatement sa mise à la retraite, ce qui fut fait promptement, le 11 mars 2020. On comprend aussi que le président Touadera préféra prudemment de le verser dans la 2ème section, non pas au bénéfice du ministère de la Défense mais de celui de la Fonction publique. On imagine mal Ludovic Ngaïfei s’occuper de son troupeau de Zébus. Plus qu’ à la retraite, il est bien en réserve.

–les rumeurs alarmistes arrivent jusqu’au Palais de la Renaissance, pourtant « en confinement » depuis longtemps. Le chef de l’État a renforcé sa garde présidentielle où le contingent rwandais de la Minusca joue curieusement un rôle de supplétif. L’État-major de la Garde présidentielle a été renouvelé, en avril 2020, avec des nominations de militaires à poigne, comme celles des généraux Jean-Piere Dolle-Waya et Alfred Service. Depuis quelques jours, les opérations rugueuses de la Garde présidentielle sont signalées à Bangui mais aussi dans sa banlieue. Une paranoïa aigüe a contaminé le Palais de la Renaissance.

– la région de la Lobaye était jusqu’ à présent paisible, si ce n’est quelques accrochages relatifs aux exploitations étrangères des sites miniers. Les habitants, généralement les Ngbaka, ont été outrés par l’expropriation de la famille Bokassa du palais impérial de Berengo, au profit des mercenaires russes de Wagner.

Un vent de fronde
C’est sur cette base de mécontentement, sensiblement accentuée avec le retour de François Bozizé, que des mouvements d’hommes armés et sous commandement sont signalés dans la région et même au-delà. L’ethnie de l’ancien président Bozizé, les Gbaya, pourrait aussi en vouloir à Faustin-Archange Touadera. Plus qu’ailleurs en Centrafrique, la « nouvelle alliance » entre les ex-Seleka et le clan présidentiel constitue un motif de rejet qui pourrait s’amplifier.

La situation devient sérieuse et très préoccupante pour le pouvoir actuel. Elle l’ est tellement qu’en pleine période de confinement souhaitée par l’OMS, le président Touadera s’est senti obligé de se rendre, le mercredi 22 avril 2020, à Kinshasa pour rencontrer Felix Tshisekedi; puis à Brazzaville pour solliciter les conseils de Denis Sassou-Nguesso, pourtant un peu délaissé ces derniers temps.

Histoire , pour le président centrafricain, de trouver quelques appuis sur le plan régional
___________

Centrafrique (volet 2), un régime en sursis
By Aza Boukhris -24 avril 2020

Seuls les appuis internationaux, notamment celui des Russes, permettent désormais au régime du président Touadera qui ne contrôle qu’un quart du pays de rester en place et même d’imaginer des élections à la fin de l’année 2020. Ce qui représente dans le contexte actuel un pari plus qu’audacieux

Le territoire de la République centrafricaine, comme ceux des six États limitrophes (Cameroun, Congo, RDC, Soudan, Soudan du sud et Tchad), est actuellement en proie à des mouvements rebelles, voire à des tentatives sécessionnistes. En Centrafrique, l’État et ses Forces armées et de sécurité intérieure s’en remettent à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation de la Centrafrique ( Minusca) pour éviter l’embrasement total du pays. La Minusca permet ainsi de maintenir au pouvoir un président discrédité.

Depuis l’indépendance, le pays a été rarement aussi mal gouverné qu’aujourd’hui. Pour combien de temps?

Pacte de non-agression avec les rebelles
A ce jour, les experts onusiens constatent que près des trois-quarts du pays sont hors de contrôle. La dizaine de groupes armés opportunistes, dépourvus de toute ambition politique nationale, règnent en terrain conquis. Ils se sentent même revigorés par l’Accord de Paix et de Réconciliation ( APR-RCA) du 6 février 2019 qu’ils ont signé avec le gouvernement, sous les louanges du G5+ composé de l’ONU de l’Union africaine, de l’Union européenne, des Etats-Unis d’Amérique, de la France et de la Russie, qui en était le réalisateur et le producteur.

Cet accord léonin entre les autorités de Bangui et les « autorités rebelles » du nord-ouest, du centre, du sud-est et du sud-ouest, ressemble fort à une sorte de pacte de non-agression entre-soi, d’autant qu’en ont été totalement exclus les forces vives de la Nation et évidemment tous les partis politiques du pays. Les groupes armés rebelles ne voient dans l’APR-RCA que la préservation de leur fonds de commerce constitué de l’exploitation de sites miniers, des taxes et prélèvements sur le bétail, des impôts divers perçus sur les habitants et des vols à grande échelle dont sont victimes les ONG humanitaires.

Quant au président Touadera avec son gouvernement, ils pensent surtout à se maintenir au pouvoir avec la caution, sans cesse affirmée du G5 +

Une situation délétère
Dans le microcosme politique banguissois et dans la diaspora, la fièvre pré-électorale est à son paroxysme. La question du maintien du processus électoral, coûte que coûte, avec les rappels du « hold up » de 2011 du tandem Bozizé-Touadera, divise autant que celle d’une tentative suspecte de révision constitutionnelle permettant à Faustin-Archange Touadera de se maintenir au pouvoir au-delà du 30 mars 2021.

Il semblerait que le maintien du processus électoral, avec un premier tour fixé, ne varietur, le 27 décembre 2020, soit plutôt la solution envisagée avec l’appui réaffirmé du G5+ et avec l’approbation tacite des groupes armés qui ne voient que des avantages à une réélection pour cinq ans du président Touadera, sans compter les retombées financières pour acheter leur contribution à cette mascarade.

A la recherche d’appuis régionaux
La situation devient sérieuse et très préoccupante pour le pouvoir actuel. Elle l’ est tellement qu’en pleine période de confinement souhaitée par l’OMS, le président Touadera s’est senti obligé de se rendre, le mercredi 22 avril 2020, à Kinshasa pour rencontrer Felix Tshisekedi; puis à Brazzaville pour solliciter les conseils de Denis Sassou-Nguesso, pourtant un peu délaissé ces derniers temps.

Certes les questions sanitaires et la coopération bilatérale dans la lutte contre le Covid-19 étaient à l’ordre du jour. Mais l’urgence de ce voyage était aussi motivée par la sécurité en Centrafrique. Outre les trafics d’armes incessants sur les rives de l’Oubangui, il y a cette montée en puissance de mouvements quasi militaires, qui eux ont une ambition politique nationale. Contrairement aux signataires de l’Accord de Khartoum, ils sont totalement hostiles au statu quo.

A plus d’un titre, le premier tour des élections du 27 décembre 2020 apparait comme un pari bien audacieux que prennent l’ONU, l’Union africaine, l’Union européenne, les Etats-Unis d’Amérique, la France et la Russie.

Mondafrique

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here