Centrafrique : le directeur général de la SODIAC Guy Roger Nelo, un magistrat au – dessus des lois de la République et au service du politique

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Le liveur Rodrigue Joseph Prudence Mayté a consacré ces derniers temps une partie de ses lives à la gestion de la Société de Développement des Infrastructures Aéroportuaires de Centrafrique par un certain Guy Roger Nelo, de grade magistrat. Il lui a été reproché des nombreux actes de détournements, de malversations financières, de violations permanentes des dispositions de la loi portant code des marchés publics, de népotismes, de favoritismes et de clientélismes. Suite à ces accusations d’une extrême gravité, le mis en cause a officiellement préféré opter pour un silence assourdissant, ce qui signifie tout simplement : « le chien aboie, la caravane passe ». Toutefois, officieusement, il a tenté maladroitement de réagir par personnes interposées, ce qui est contraire aux nobles valeurs de la bonne gouvernance et de transparence qui fondent toute société qui se dit et se veut démocratique comme la nôtre.

Pour la gouverne des uns et des autres, SODIAC est une société chargée de promouvoir les investissements dans le secteur aérien et créée par la loi n°12.009 du 12 juin 2012, selon M. Jousso Théodore, au moment des faits ministre de transports et de l’aviation civile, dans un article intitulé : « RCA: détournement à la SODIAC, mise au point de l’ancien ministre Théodore Jousso », publié par Ndjoni Sango le 21 avril 2020. Dans un Rapport du 22 juin 2018 comportant 28 pages dont Letsunami.net avait eu copie, qui avait révélé un vaste réseau de malversations et de corruption, le ministre des Transports Théodore Jousso était mis en cause par les députés de la Commission Equipement dans la gestion de la société du développement des infrastructures aéroportuaires de Centrafrique (SODIAC) sous tutelle du ministère des Transports. Des actes de détournements de plusieurs milliards et des pratiques opaques d’enrichissements illégaux étaient notés par cette commission. Ces accusations visaient également le ministre de la sécurité publique un certain Wanzet – Linguissara et l’ancien ministre des transports Djoubaye Abazène.

Sur le compte de SODIAC ouvert dans les livres – journaux d’une banque à Genève en Suisse, les députés avaient soupçonné la disparition de 4 milliards nonobstant l’achat de 2 véhicules, de matériels inutilisables d’enregistrement à hauteur de 600 millions, et de financement illégal de bâtiments. Le ministre avait perçu la somme de 10 millions de pots -de -vin et n’était pas capable de sanctionner le DG intermédiaire avec l’opérateur Alpha Airport. Reçu par deux fois en audition par les élus, le 22 juin 2018, Théodore Jousso n’avait pas convaincu les membres de la commission qui s’en étaient finalement remis à la Commission – Finances afin de déclencher le processus d’interpellation de ce dernier. Par ailleurs, la société civile dans sa déclaration du 26 septembre avait engagé le premier ministre à démettre M Jousso de ses fonctions de ministre de la République ou de le suspendre de ses activités politiques aux fins de permettre à la justice de mener librement ses enquêtes. Même si, par la suite, M. Théodore Jousso a été viré du gouvernement, à ce jour, aucune sanction judiciaire n’a été prise à son encontre et tous ses complices.

Comme dans l’Affaire Jousso et Autres, le directeur général de la SODIAC Guy Roger Nelo semble bénéficier de cette même impunité. A en croire que protéger des délinquants à col blanc serait devenu la marque de fabrique du pouvoir de l’Imposteur de Bangui, et sans aucun doute l’un des héritages les plus marquants de sa présidence. Et pourtant, c’est au nom du peuple que la justice est rendue ! Malheureusement, cette affirmation s’imposant comme une lapalissade dans un Etat démocratique, se trouve présentement très contestée dans notre pays. Une observation des actes d’autorité émanant de l’appareil judiciaire (procureurs, juges d’instruction…) autorise à s’interroger sur la conscience des magistrats centrafricains d’être des auxiliaires de la Loi et, par voie de conséquence, du peuple seul souverain. Les rapports de la magistrature à la chose politique (Cour Constitutionnelle, ANE, Cour des Comptes, HABG, le Cas Nelo…) défient actuellement les règles les plus banales de la grammaire juridique.

L’hyperjudiciarisation de l’espace politique restera un des héritages les plus marquants de la présidence de l’Imposteur de Bangui. Des magistrats proches du pouvoir nommés à certains postes – clés de l’Etat ont fortement contribué, ces dernières années, à dégrader l’image de la justice dans l’imaginaire des Centrafricains, au point que l’histoire de la magistrature sous ce régime de l’Imposture révèle que cette dernière est plus un appareil au service du pouvoir politique qu’une institution dévouée à sa société.En effet, comme Guy Roger Nelo, de plus en plus, pour percer dans l’Administration, il faut être membre du parti au pouvoir. Une situation qui n’en finit pas de démotiver les agents les plus valeureux et les plus compétents. Lesquels n’attendent, parfois, que de bonnes opportunités pour abandonner le sacerdoce.

Pour atteindre les cimes de l’Administration sous ce régime de prédateurs, il y a deux voies. Certains prennent le chemin fatidique des escaliers. Mais il y en a qui, de plus en plus, prennent une voie expresse : la politique. En un laps de temps, ils gravissent ainsi tous les échelons et accèdent au sommet. Une situation qui n’en finit pas de déstructurer l’Administration, en démotivant ses bras les plus compétents, les plus valables. Elimane Haby Kane, Président de Legs (Leadership, éthique, gouvernance et stratégie) Africa, dénonce avec vigueur : ‘’Cette situation est devenue intenable pour les fonctionnaires qui tiennent à des principes et au sacerdoce de la Fonction publique. Ces gens qui se soucient encore de l’éthique, de la neutralité de l’Administration, du prestige de la haute fonction sont aujourd’hui dans leurs petits souliers. Ils se sentent de plus en plus gênés et mal à l’aise. C’est quelque chose de dramatique qui se joue sous nos yeux.’’

Quand ils ne sont pas mis au frigo, ces fonctionnaires valeureux sont simplement contraints de jouer les seconds rôles. Aussi brillants et expérimentés soient-ils. D’autres préfèrent tout bonnement prendre leurs clics et leurs clacs et s’en aller de l’Administration. ‘’Généralement, constate M. Kane pour s’en désoler, ils sont les plus sérieux, les plus chevronnés. Quand ils en ont assez de supporter cette cupidité, cette incurie qui règne dans l’Administration publique, ils vont chercher une carrière à l’international ou bien aller se réaliser dans le privé. C’est dramatique, parce qu’on perd ainsi les meilleurs de nos fonctionnaires’’.

Mais pourquoi un tel attrait de certains hauts fonctionnaires pour la politique ?

Nos interlocuteurs sont convaincus que si ce n’est pas pour avoir une promotion sans trop bourlinguer, c’est souvent pour s’enrichir et enrichir ses proches en toute impunité. Elimane Haby Kane : ‘’Certains en arrivent même à sortir de l’Administration pour devenir des politiciens professionnels, être promus à des directions ou ministères juste pour s’enrichir personnellement. Ce système basé sur le clientélisme politique fait surtout la promotion des plus médiocres ou des plus véreux, au détriment des fonctionnaires les plus rigoureux, les plus sérieux, les plus honnêtes, les plus vertueux.’’

Entre frustration et démotivation

Abondant dans le même sens, un député de l’opposition démocratique regrette : ‘’Il y a trop d’injustice et cela ne fait que générer de la frustration. Il ne faut pas perdre de vue que ces fonctionnaires sortent de la même école. C’est frustrant de voir des gens qui étaient moins bons avancer, alors que toi, tu ne bouges pas. Cela engendre des mécontentements de toutes sortes.’’ Mais quelque frustrant et opportuniste soit-il, ce procédé n’a rien d’illégal. Du moins de façon générale. Le parlementaire affirme : ‘’Vu sous l’angle de la liberté d’association, on peut même penser qu’il est inconcevable de dénier à certains la possibilité de s’engager en politique. Mais il faut savoir que, dans tout contrat social, il y a des restrictions. Il faut des restrictions pour que cette liberté ne soit pas nuisible pour le groupe. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’interdiction faite aux militaires et aux magistrats de s’engager en politique. Autant un militaire n’a pas le droit de militer dans un parti, autant un fonctionnaire ne doit pas avoir ce droit, car lui aussi est au service de la nation. Et cela requiert le respect d’un certain nombre de principes et de valeurs incompatibles avec l’engagement politique.’’

Parmi ces principes et valeurs, il y a l’impartialité, la neutralité, entre autres. Ce qui fait dire l’anthropologue Samuel Bissafi que ‘’le fonctionnaire, par essence, doit être quelqu’un de non partisan. On ne peut pas militer dans un parti et ne pas être partisan. C’est impossible. Au-delà de cet aspect, il y a un risque par rapport même à la hiérarchie. Quand tu es du pouvoir, tu jouis de privilèges au détriment des autres. Quand tu es de l’opposition, tu es combattu par la hiérarchie. Dans tous les cas, cela nuit au service public et ce n’est pas une bonne chose’’.

Plus particulièrement, le fléau semble encore plus dévastateur dans certaines administrations réputées être névralgiques. ‘’Malheureusement, estime Elimane Kane, on note de plus en plus, dans ces administrations, de hauts fonctionnaires qui s’engagent politiquement. On en est arrivé à un stade où on a comme l’impression que l’occupation de certains postes dépend du niveau d’engagement politique au régime en place. C’est un vrai problème dans une République et dans un Etat de droit. Plus grave encore, nous voyons même des magistrats qui s’engagent en politique, alors qu’ils n’en ont pas le droit. Jusque-là, rien n’a été fait pour remettre de l’ordre. Et c’est des jurisprudences dangereuses, à mon avis’’.

Même s’il est partisan d’une séparation absolue entre les qualités de fonctionnaires et de politiciens, un retraité qui a requis l’anonymat se veut plus compréhensif pour les agents subalternes. ‘’A la limite, argue-t-il, je pourrais comprendre qu’un subalterne puisse être membre d’un parti politique. Mais aucun directeur ne devrait s’engager en politique. En plus du risque partisan, il y va aussi de la stabilité nécessaire dans certaines fonctions. Si le directeur a cette coloration politique, il est appelé à quitter, en cas de changement de régime. Je pense que les gens doivent être nommés au mérite. En 2015, beaucoup le préconisaient’’.

La rédaction

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