Centrafrique : le déshonneur !

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Le déshonneur !
Je ne sais pas pourquoi mais en rédigeant cette chronique, mon esprit est habité par l’image et le patronyme de l’ancien président américain, Donald Trump. Sans doute parce que, avec l’élégance qu’on lui connait, avait-il qualifié les États africains de pays de merde. Et qu’à cet instant précis, pensant à la soi-disant cour constitutionnelle de la République centrafricaine, c’est ce même adjectif qu’il avait utilisé qui me vient à l’esprit.
Mieux, j’en suis même à me demander s’il valait la peine d’écrire sur la bêtise ?
Et pour cause : cette cour dite constitutionnelle a décidé, contre le bon sens le plus élémentaire, et par un raisonnement qui interroge la raison, de priver Karim Meckassoua de son mandat de député de la deuxième circonscription du troisième arrondissement de la ville de Bangui. On navigue en plein univers alternatif où l’équilibre mental des gens est sujet à caution.
Dans ces conditions, me vient naturellement à l’esprit, la célèbre phrase du président François Bozize : « ce sont les intellectuels qui ont tué ce pays. » À la réflexion, on a eu tort de prendre cette déclaration de l’ancien chef de l’État au premier degré, estimant qu’il exprimait ainsi sa détestation de l’élite embryonnaire de notre pays.
Mais on y réfléchissant sérieusement, on se rend bien compte qu’il avait totalement raison (pour une fois que je partage le même avis que l’ancien président). Car en tant qu’aide-de-camp de l’empereur Bokassa, il avait vu tellement de lettrés Centrafricains s’aplatirent devant le fantasque monarque et défendre l’indéfendable. Devenu président de la République lui-même, combien ont usé leur langue à lécher ses babouches ? Combien lui ont livré leur honneur en baissant leur culotte pour lui offrir leur entre-jambes afin d’être dans ses bonnes grâces ? Tout cela ne pouvait que le dégoûter.
S’il ne s’est trouvé aucun juge au sein de cette cour dite constitutionnelle pour faire entendre raison à M. Touadera et rejeté sa forfaiture, on ne peut que se rendre à l’évidence et donner raison au président Bozizé. En décidant de priver Meckassoua de son mandat, ces juges d’un nouveau genre apportent la preuve que ce sont les supposés intellectuels Centrafricains qui ont détruit ce pays.
Le problème, c’est que cela va alimenter la machine à haine en fuel et perpétuer la tentation de revanche qui a déjà fait autant de mal à notre pays. Pour la simple et la bonne raison qu’il suffirait à ceux qui pensent humilier Meckassoua aujourd’hui de s’imaginer demain à sa place, en le visualisant à la leur pour comprendre pourquoi la haine et la tentation de revanche sont présentent dans le pays.
D’autant que l’histoire a démontré que parfois, ce sont les autres, qui, par méchanceté gratuite, vous font rencontrer votre destin. Macky Sall ne serait jamais devenu président du Sénégal si le président Wade ne l’avait pas fait destituer du perchoir de l’Assemblée nationale. Idem pour Rock Marc Christian Kaboré, l’actuel président burkinabè, qui avait été exclu du CDP, le parti au pouvoir. Sinon, il aurait été comptable du bilan de Blaise Compaoré et n’aurait jamais été élu président de la République.
À quelque chose malheur est bon, dit le proverbe. Croyant lui faire du mal, le pouvoir et ses tenants assurent la publicité de Karim Meckassoua. Cet acharnement n’a qu’un mérite : faire connaître le président du Chemin de l’espérance à ses compatriotes, qui le considèrent désormais comme la victime d’une machination politique ourdie par Touadera lui-même. À preuve, même mon oncle paternel qui se trouve à Bangassou, à des centaines de kilomètres de Bangui, et qui n’a jamais entendu parler de Karim Meckassoua, m’a posé la question de savoir qui est cet homme qui donne autant d’insomnie aux gens du pouvoir. C’est dire tout le bien que ce pouvoir lui fait.
Les juges qui ont décidé de priver Karim Meckassoua de son mandat de député portent ici et maintenant la responsabilité de tout ce qui pourra advenir. Ils ont décidé eux-mêmes de couvrir leurs patronymes, donc également le patronyme de leurs enfants, du déshonneur. Et dire que ces gens couverts d’indignité sont logés depuis pas moins de huit mois aux frais du contribuable à l’hôtel Legder Plazza. Pour des gens qui découvrent pour la première fois le confort d’un cinq étoiles de Bangui, il n’est pas étonnant qu’ils aient ravalé leur honneur.
Les démocrates et autres membres de la société civile auraient tort de penser que ce qui s’est passé ne concernerait que Meckassoua. C’est une grave atteinte à la démocratie et à la liberté de penser. C’est la parfaite illustration de l’autoritarisme.
En vérité, il faut désespérer des soi-disant intellectuels Centrafricains. Personnages sans reliefs, ils ne méritent aucun détour.
Editorial de Bangui FM
Adrien Poussou

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