Centrafrique : le député Dominique Ephrem Yandocka entame une grève de la faim pour protester contre l’absence d’accès à des soins

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Le député de la 1ère circonscription du 4ème arrondissement de la ville de Bangui, enlevé à son domicile le 15 décembre 2023 à 4 heures du matin par les éléments de la garde présidentielle qu’accompagnaient des mercenaires du Groupe Wagner, puis détenu plusieurs jours à la SRI et enfin écroué depuis lors à la tristement célèbre maison d’arrêt du Camp de Roux administrée par les « Affreux Blancs » du Groupe Wagner, a entamé aujourd’hui une grève de la faim pour protester contre le refus catégorique du procureur de la République Foukpio Narcisse Benoit et du Doyen des Juges, sur instructions directes et personnelles de l’Imposteur de Bangui, d’avoir accès à des soins, avons – nous appris de sources policières et militaires.

Dans un communiqué publié le 1er mars 2024, le  député Joseph Bendounga, président du MDREC qui lui a rendu visite, a annoncé que son état de santé s’est dangereusement dégradé. « Lorsqu’il sortait, il était méconnaissable. Il est gonflé. Il est lourdement appuyé sur une béquille et contre le mur. Il n’arrive à poser un pied après l’autre. Centrafricaines, Centrafricains, et Très Chers Compatriotes, n’étant pas médecin, je peux vous affirmer que le pronostic vital du député Dominique Yandocka est engagé. Il faut immédiatement l’évacuer dans un centre spécialisé pour des soins appropriés », a – t – il déclaré. A ce jour, ni le procureur de la République ni le Doyen des juges n’ont daigné réserver une suite à cet appel humanitaire. Réunis en session ordinaire, les députés centrafricains ont procédé, le jeudi 7 mars 2024, au renouvellement du bureau de l’assemblée nationale, conformément au règlement intérieur, mais en aucun moment ils n’ont évoqué le cas de leur collègue.

Il faut remarquer que le député Dominique Ephrem Yandocka a été enlevé à son domicile, le 15 décembre 2023, par une équipe de la gendarmerie, des éléments de la garde et des mercenaires du Groupe Wagner. Détenu pendant six (6) jours à la Section de Recherches et d’Investigations, il a été présenté au parquet le 21 décembre 2023 qui a demandé l’ouverture d’une information judiciaire, alors que selon le procureur de la République Foukpio Narcisse Benoit, il était pris en flagrant délit de crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat en association avec des malfaiteurs. Au moment où nous mettons sous presse, ce dernier n’ a jamais pu justifier son arrestation manifestement et outrancièrement illégale et sa détention arbitraire, en pleine session parlementaire et en flagrante violation des dispositions constitutionnelles et les textes subséquents lui garantissent une certaine immunité. Comme nous l’avons dit, il ne dispose pas d’éléments matériels de nature à prouver de manière incontestable l’implication du député de la 1ère circonscription du 4ème arrondissement dans la préparation ou la commission du crime de l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. D’où sa décision d’ouvrir une enquête judiciaire !

C’est donc fort de toutes ces évidentes irrégularités que ses avocats, Me Nicolas Tiangaye et Me Gbiegba Bruno, dans une lettre adressée au Doyen des juges le 8 janvier 2024, ont demandé sa mise en liberté d’office. Pour soutenir leur demande, ils ont évoqué les dispositions de l’article 118 de la loi portant règlement intérieur de l’assemblée nationale : « Les Membres de l’Assemblée Nationale jouissent de l’ immunité parlementaire. En conséquence, aucun Député ne peut être poursuivi, recherché ou arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions. Pendant la durée des sessions, aucun Député ne peut être poursuivi ou arrêté en matière correctionnelle, qu’avec l’autorisation de l’Assemblée Nationale accordée par un vote à bulletin secret, à la majorité absolue des membres qui la composent. Hors session, aucun Député ne peut être poursuivi ou arrêté qu’avec l’autorisation du bureau de l’Assemblée Nationale. Cette autorisation peut être suspendue si l’Assemblée Nationale le décide à la majorité absolue. Le Député pris en flagrant délit ou en délit de fuite après la commission des faits délictueux ou criminels peut être poursuivi et arrêté sans l’autorisation de l’Assemblée Nationale ou de son Bureau. La poursuite d’un Député est suspendue jusqu’à la fin de son mandat, sauf cas de levée de l’immunité parlementaire, si l’Assemblée Nationale le requiert par vote à la majorité absolue des membres qui la composent. Lorsque le Député fait l’objet d’une condamnation pénale définitive, celui-ci est radié par Décision de la Cour Constitutionnelle sur saisine du Président de l’Assemblée Nationale ».

Cette lettre est restée sans suite jusqu’à ce jour, en la méconnaissance totale du principe selon lequel « Toute demande écrite doit obtenir une réponse dans un délai convenable. L’administration, ses représentants, peuvent se voir sanctionner s’ils ne répondent pas ou s’ils répondent trop tardivement ». De passage en Centrafrique courant  mi – févier, l’expert indépendant de l’ONU sur la situation des droits de l’homme, le togolais Yao Agbetse a vivement critiqué cette arrestation du député, la qualifiant même d’illégale. Lors d’un point de presse tenu à Bangui, à la fin de sa mission, Agbetse a appelé à la libération immédiate de Yandocka et a plaidé pour un climat politique apaisé. Une demande à laquelle le gouvernement n’a jamais réagi.

En réalité, Monsieur Dominique Ephrem Yandocka est le prisonnier personnel de Monsieur Faustin Archange Touadéra. En effet, Secrétaire général du Mouvement ITA, député de la 1ère circonscription du 4ème arrondissement de la ville de Bangui après avoir battu à plates coutures le candidat du MCU, Monsieur Dominique Ephrem Yandocka, en sa qualité du président de la Commission parlementaire « Ressources et Production » non seulement s’est opposé farouchement à la volonté du régime de contourner les dispositions de l’article 60 de la constitution instituant l’autorisation préalable de l’assemblée avant la signature de tout contrat minier et financier, mais surtout il est membre très actif du BRDC, la principale plate-forme des partis politiques de l’opposition. A ce titre, il a pris part au Conclave de Paris du 25 septembre 2023, initié par le chef de file de l’opposition Monsieur Anicet Georges Dologuélé, auquel ont participé tous les principaux leaders des partis politiques de l’opposition et les représentants de l’ensemble des forces vives de la nation.

Dans leur Communiqué final, tous les participants ont déclaré ne pas reconnaître le pouvoir manifestement illégal et illégitime de Monsieur Faustin Archange Touadéra, la constitution du 30 août 2023 et toutes les institutions nationales qui en découlent ou qui en découleront, et se sont résolument engagés à user de tous les moyens pour le retour à l’ordre constitutionnel. Pour ce dernier, ce n’est rien d’autre qu’une déclaration de guerre et tous ceux qui ont participé à cette réunion, sont des ennemis de la République et doivent être traités comme tels. C’est donc pour cette raison qu’il a demandé à son homme de main, le colonel Wallot de BIT 6 et à son agent de renseignement un certain Bambali de prendre toutes les dispositions afin de l’appâter ; ce qui a été fait quelques jours avant son retour à Bangui et la veille de son enlèvement, le 15 décembre 2023.

Prisonnier personnel de l’Imposteur de Bangui, Monsieur Dominique Ephrem Yandocka l’est effectivement, dans un pays où HRW a dénoncé un rétrécissement de l’espace politique, civique et médiatique depuis l’adoption de la nouvelle constitution du 30 août 2023. Il est le « Navalny Alexeï » centrafricain, l’opposant charismatique anticorruption et ennemi numéro un de Poutine qui est décidé en prison, le 16 février 2024, et fait l’objet d’une « vengeance personnelle » de la part de Monsieur Faustin Archange Touadéra. Comme l’a dit le député Joseph Bendounga, l’Imposteur de Bangui est d’ores et déjà responsable de la dégradation de son état de santé et de tout ce qui lui adviendra dans les heures à venir.

Jean – Paul Naïba

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