Centrafrique : le conseiller spécial Joël Nkouemo cité dans une affaire d’Etat au Sénégal

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AFFAIRE D’ÉTAT

PROCÈS JOËL MANOU, PRÉTENDU CONSEILLER SPÉCIAL DE MACKY SALL

Fatou Sy  |   Publication 07/05/2015

 

Plusieurs questions sont restées sans réponse dans l’affaire Joël Nkouemo plus connu sous le nom de Joël Manou. Un jeune écrivain camerounais accusé de s’être fait passer pour le conseiller-spécial du président de la République.

Joël Nkouemo plus connu sous le nom de Joël Manou est-il un imposteur ou fait-il partie de ces conseillers occultes bien connus par des présidents ? Quoi qu’il en soit, le jeune écrivain camerounais avait ses entrées au Palais présidentiel. Et même qu’au niveau du haut commandement de la Gendarmerie, un véhicule avec chauffeur (un gendarme) était à sa disposition. Il a eu même à contracter un marché destiné au contingent de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali).

Mais aujourd’hui, il est dépeint comme un imposteur car se faisant passer pour un conseiller spécial du Chef de l’Etat. Lors de la cérémonie d’hommage à Mbaye Gana Kébé, organisée le 10 juillet 2013, les renseignements généraux ont été surpris de voir Alioune Badara Bèye présenter au public Joël Manou comme un conseiller spécial du Président Sall.

Informée, la direction de la Police a instruit la Division des investigations criminelles (DIC) pour l’ouverture d’une enquête. Le jeune écrivain fut arrêté. Lors de la perquisition effectuée chez lui, les policiers ont mis la main sur des documents de la gendarmerie estampillés secret défense, un chèque libellé pour un montant de 20 millions de F CFA et appartenant à un certain Kom Ely Sorsy qui hier, s’est désisté. Le prévenu gardait également des cartes de visite mentionnant qu’il est Conseiller spécial.

J’ai été mandaté par le président Sall 

Joël Manou s’en est expliqué. « Je n’ai pas l’acte de nomination mais j’avais les garanties fermes du Président qui m’avait promis de me nommer à ce poste », s’est justifié le prévenu. Toutefois il a nié avoir tenu les propos selon lesquels il travaillait pour le compte des services secrets israéliens et qu’il était le représentant de la société AD Trading Belgium, spécialisé dans la fourniture des équipements militaires. « J’ai été ahuri de voir certains propos qui m’ont été attribués car les questions n’avaient pas trait à cela », s’est étonné le prévenu. Sur sa lancée, il a nié le vol de chèque en réfutant l’avoir libellé.

Concernant les documents de la gendarmerie, Joël Manou a laissé entendre qu’ils lui ont été remis par des autorités sans autres précisions, dans le cadre du marché de la Minusma. « Si les autorités contractantes étaient là, elles auraient pu vous dire pourquoi elles m’ont remis les documents », s’est défendu le prévenu. Il a affirmé avoir été mandaté par le président de la République dans le cadre du marché.

Ses réponses étaient loin de satisfaire le représentant du parquet plutôt curieux de savoir comment le prévenu a fait son intrusion dans les hautes sphères de l’Etat. « De tout ce que vous avez dit, il me manque une chose : le départ de votre intrusion du pouvoir », a insisté le parquetier. Comme toute réponse, l’écrivain jette un regard vers le plafond tout en gardant le silence pendant plusieurs secondes. « C’est difficile à répondre ? » lui a lancé le magistrat pour l’aider. Après un hochement de tête, Joël Manou lui a répliqué : « C’est très complexe. »

Toujours est-il que selon ses explications, ses entrées au Palais ont commencé sous le régime du Président Wade. « J’avais écrit un livre sur l’ancien président et il m’a reçu pour me remercier », a révélé le prévenu interrompu par le parquetier avec ses questions de relance : « Y a-t-il eu passation de service ? Wade vous a-t-il présenté au Président Sall ? » Cette question aussi est restée en suspens tout comme beaucoup d’autres car Joël Manou s’est dit gêné de parler de certaines choses à la barre.

Le parquet craint pour l’Etat 

Pour le parquet, le prévenu a sciemment opté de ne pas dire la vérité dans cette affaire. « C’est écœurant car c’est la plus haute autorité du pays qui est bafouée », a déploré le maître des poursuites. Il a regretté qu’une investigation ne soit pas menée lorsque le directeur de l’Ecole de santé militaire (ESM) avait découvert que le prévenu n’était pas conseiller. Voulant faire intégrer son jeune frère à l’ESM, le prévenu s’était rapproché du Lieutenant-Colonel Pape Moussé Ndiaye présenté à lui par le général Tine.

« C’est de la légèreté et si de tels errements peuvent être commis sans être découverts, c’est grave », a fustigé le parquetier qui a dépeint l’écrivain comme un « imposteur de la 1ère génération ». Il a relevé que le fait que le prévenu ait offert un véhicule à l’épouse du général Tine, promis un poste d’animateur à la fille du général Fall constitue des manœuvres. Pour la répression, il a requis cinq ans ferme.

La défense crie au complot 

Une peine jugée « injuste » par Me Amadou Sow. Surtout que dans sa plaidoirie, Me Alassane Cissé a laissé entendre que Joël Manou ne s’est pas immiscé dans les fonctions de conseillers vu qu’il était consulté et que des moyens avaient été mis à sa disposition. Leur confrère Me Abou Abdoul Daff a insisté sur l’affaire de chèques pour avancer qu’il n’y a pas d’expertise graphologique pour attester que les écritures et la signature sont celles de leur client.

Quant à Me Malick Mbengue, il a crié au complot. « Si les faits étaient avérés, tous les généraux cités comparaîtraient pour l’enfoncer », a argué l’avocat. Abondant dans le même sens, Me Sow reste persuadé que Joël Manou est victime de la lutte de succession qui faisait rage au sein du Haut commandement de la gendarmerie. « Comme il était très proche du Général Tine qui était en pôle position, et il était écouté par l’autorité, on a pensé que son avis pouvait compter », a soutenu l’avocat.

Joël Manou, poursuivi pour faux en écriture privée, tentative d’escroquerie et usurpation de fonction, sera édifié sur son sort, le 7 juillet prochain, soit à quelques jours de sa 2ème année d’incarcération.

Source : Seneplus

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