Centrafrique : l’Ambassadeur français Bruno Foucher se souille à jamais !

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Ce mercredi 24 janvier 2024 restera à jamais gravé dans les annales de l’histoire de la démocratie en République Centrafricaine comme un jour horrible.  Comme le disait régulièrement  mon professeur de Latin en Terminale A3, 1986 – 1987, Mme Jacqueline Boulvert, « Est dies horribilis », quand nous étudions « M. Annaeus Lucanus Bellum Civile » ! Marcus Annaeus Lucanus, connu sous le nom de Lucain, né le 3 novembre 39 à Cordoue en Hispanie ultérieure et qui s’est suicidé à 25 ans sur ordre de Néron le 30 avril 65, dont la seule œuvre conservée est La Pharsale, une épopée sur la guerre civile ayant opposé Jules César à Pompée entre 49 et 48 av . J.-C,  avait finalement raison quand il parlait de la violence, caractérisée par son universalité, sur terre et dans les cieux.

Comme à Rome « illo tempore » où le peuple était entièrement pris en otage par les armées des deux camps et où la violence et la mort venaient de toutes parts, depuis le 30 août 2023, la République Centrafricaine a cessé d’être une démocratie et le peuple centrafricain est entenaillé, enchaîné et assujetti par l’Imposteur de Bangui à la solde des mercenaires du Groupe Wagner et rwandais, avec la complicité active de la communauté internationale. Ce mercredi 24 janvier 2023, cette communauté internationale par l’entremise de M. Bruno Foucher, haut représentant plénipotentiaire de la République Française en République Centrafricaine, s’est souillée à jamais en rendant visite au chef des Requins M. Doneng Wanzoumon, ministre en charge de la promotion de la jeunesse, des sports et de l’éducation civique, et en lui serrant les mains, ses mains pleines de sang des Centrafricains.

Selon un article du responsable de la communication de ce département publié ce même jour sur Facebook,  « les deux personnalités se sont entretenues sur des projets promoteurs pour la Jeunesse en première ligne desquels la réhabilitation des infrastructures Sportives ainsi que la possibilité d’envoyer des cadres du département à Paris pour un stage bloqué dans le cadre du Fonds National de Garantie de Crédit pour l’entrepreneuriat Jeunes, le projet de loi sur le Fonds de Développement des Sports en RCA et enfin, l’organisation des jeux nationaux ». L’ambassadeur, le haut représentant de la République Française en Centrafrique se dit prêt pour apporter son soutien sans faille pour la concrétisation de ces projets qu’il trouve bancables. « La France a toujours été une amie de la RCA, je pense que nous allons continuer à œuvre ensemble pour son bien – être », a dit l’ambassadeur. Il a par ailleurs confirmé le désir de ce pays frère pour l’octroi des visas dans le cadre des jeux olympiques de Paris 2024. « N’hésitez pas de venir vers l’ambassade avec la liste de vos athlètes pour leur visa en ce qui concerne les jeux olympiques qui auront lieu chez nous en France. Je pense que nous sommes disposés à vous accompagner dans ce sens », a – t – il conclu.

Par cette visite, Monsieur Bruno Foucher qui, nommé en conseil des ministres en qualité de « missus dominicus » ou d’ambassadeur plénipotentiaire en Centrafrique, assume la plénitude des pouvoirs de l’Etat français à son poste, et est responsable de tout ce qui intéresse la France dans notre pays, vient de lancer un message très fort à tous les Centrafricains qui passent pour des légalistes, des démocrates et des Combattants de la Liberté. Non seulement la France reconnaît le pouvoir manifestement illégal et illégitime de l’Imposteur de Bangui, issu de la grave violation de la constitution du 30 mars 2016, et soutient toutes les institutions nationales qui en découlent ou qui en découleront, mais surtout elle n’est plus dans la droite ligne tracée, lors de la 16e conférence des chefs d’État d’Afrique et de France  qui s’était déroulée à La Baule du 19 au 21 juin 1990, et au cours de laquelle le président François Mitterrand avait prononcé un discours dans lequel il invitait les pays africains à opter pour la démocratie, le respect des droits de l’homme, la justice, l’Etat de droit, la bonne gouvernance et la transparence. Cette époque est définitivement révolue. Et tous ceux qui pensent que la France peut aider au retour de la démocratie dans notre pays, se trompent.

Au nom de la « RealPolitik » et pour des raisons inavouées, en effet, la France a choisi en République Centrafricaine de se détourner des grandes valeurs et des nobles principes chèrement défendus par ses Pères Fondateurs qui régissent son fonctionnement et dont le respect a fini par faire d’elle La Patrie des Droits de l’Homme. Désormais, son ambassadeur peut serrer les mains du pire criminel de la planète sans avoir à répondre de son geste. C’est de ce fait qu’il a été enjoint de rendre visite au chef des Requins, de lui serrer les mains et de faire des selfies avec ce dernier.

Et pourtant, selon le Rapport du Groupe de Travail des Experts de l’Onu de juin 2021, Monsieur Héritier Doneng est un Criminel et le responsable de la milice de l’Imposteur de Bangui :

« Les « requins » : un groupe de trolls en ligne devenu un groupe politique violent. Le groupe des « requins » a été créé en juin 2019 (voir S/2019/608, par. 33) par Héritier Doneng, un fonctionnaire du Ministère de la promotion de la jeunesse et des sports. À l’origine, le groupe n’intervenait que dans les médias sociaux, en diffusant de fausses informations et en menaçant les membres de l’opposition politique. Il ne commettait pas d’actes de violence et a annoncé sa dissolution en juillet 2019 (ibid.). Cependant, à la fin de l’année 2020, les « requins » ont refait surface, accru leur nombre et élargi leur champ d’action en faisant appel à des miliciens, principalement d’anciens éléments anti-balaka, opérant au sein de la garde présidentielle. D’après divers témoignages recueillis par le Groupe d’experts, à partir de décembre 2020, les « requins » sont devenus tristement célèbres à Bangui en tant que force de l’ombre impliquée dans des opérations de sécurité extrajudiciaires (voir par. 131). Agissant principalement la nuit et tirant parti du couvre-feu imposé par le Gouvernement le 7 janvier 2021, ils avaient coutume d’enlever des personnes à leur domicile ou de les soustraire à la garde de la police ou de la gendarmerie pour les amener dans un bureau situé au camp de Roux, une base militaire hébergeant les quartiers généraux des FACA et de la garde présidentielle. Ils transféraient aussi parfois leurs victimes à l’Office central de répression du banditisme (voir S/2019/608, par. 95 et 96 et annexe 6.7). On trouvera à l’annexe 4.2 un complément d’informations supplémentaires sur les violations des droits humains commises par les membres de la garde présidentielle. Selon diverses sources, dont des membres de la garde p résidentielle, les « requins » ne répondaient pas à une hiérarchie bien établie, mais étaient plutôt chargés d’exécuter certaines tâches dans le cadre d’opérations extrajudiciaires précises. Les ordres étaient donnés par un groupe de conseillers présidentiels, qui utilisaient souvent le prétexte de liens présumés avec la CPC pour mener des opérations violentes et, parfois, favoriser leurs intérêts personnels. Thierry Lébéné (voir par. 101) jouait un rôle central et coordonnait un groupe restreint d’éléments de la garde présidentielle qui agissaient en tant que « requins », menant leurs activités en civil mais utilisant souvent des véhicules militaires, ce qui leur permettait de se déplacer dans la ville malgré les mesures strictes imposées dans le cadre du couvre-feu. Le directeur général de la garde présidentielle a précisé au Groupe d’experts qu’il n’était pas au courant d’une implication des éléments de cette unité dans des activités sortant du cadre de leur travail ».

De tout ce qui précède, pour la majorité des Centrafricains, entièrement pris en otages par Touadéra et ses mercenaires russes et rwandais, la France et son ambassadeur Bruno Foucher viennent de se souiller à jamais. Cette option confirme une fois de plus que nous sommes  « une démocratie au rabais, à la ramasse et aux principes à géométrie variable, où des coups d’Etat constitutionnels sont tolérés quand ils ne sont pas justifiés par les « grands juges » et autres « maîtres penseurs » outre-Atlantique qui se veulent autant de donneurs de leçons, où des coups d’Etat militaires et autres modes d’accession anticonstitutionnels au pouvoir sont jugés à la tête du client quand cela arrange les intérêts de puissances occidentales. Un exemple parmi tant d’autres est  la tolérance vis-à-vis du Général tchadien, Mahamat Idriss Deby Itno, qui est parvenu au pouvoir dans les conditions que l’on sait, et l’intraitabilité vis-à-vis d’autres juntes, en particulier les tombeurs de Mohamed Bazoum au point de pousser, comme le fait quelque peu si maladroitement la France, à une intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel à Niamey ».

Pourquoi cette résurgence des coups d’Etat qui consacre le recul de la démocratie dans ces parties de l’Afrique ? Pourquoi, malgré les sanctions drastiques et autres mesures coercitives prises à l’encontre des juntes militaires, la contagion continue-t-elle de gagner d’autres pays ?  Pourquoi, malgré la clameur de la communauté internationale, les coups d’Etat paraissent-ils adoubés par ces peuples africains ? En un mot comme en mille, qu’est-ce qui fait le lit de cette instabilité politique chronique en Afrique ? Autant de questions dont les réponses nécessitent une bonne autopsie qui passe aussi par une véritable introspection des dirigeants de la Patrie des Droits de l’Homme qui doivent accepter de se regarder dans la glace, après cette sortie médiatique pleine d’hypocrisie de la part de l’ambassadeur Bruno Foucher, quelques heures seulement après la cérémonie de remise du prix franco – allemand des droits de l’homme et de l’Etat de droit à Mme Darlan Danièle.

Jean – Paul Naïba

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