Centrafrique : La disparition de Georges Koudoukou par l’écrivain centrafricain Pierre Sammy

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La disparition de Georges Koudoukou par l’écrivain centrafricain Pierre Sammy

 » Quand les éléments du BM2 et ceux des autres corps de la 1ère brigade française libre réussirent à se dégager de l’enfer de Bir Kakeim, les unités se reconstituèrent tant bien que mal sur la voie impériale de Balbia qui longeait les côtes libyennes. Et ce qui restait de la 8e armée gagna Alexandrie, en route pour Le Caire.

Cependant l’étape d’Alexandrie fut assombrie par la mort du père, du guide, du leader des tirailleurs de l’Oubangui-Chari, le lieutenant Gilbert Albert Koudoukou, des suites de ses blessures. Depuis l’amputation de sa jambe dans l’abri de fortune de Bir Hakeim, il n’avait émis aucune plainte, ni dit un mot, tout en gardant toute sa lucidité. Il supporta toutes ses souffrances avec une égale sérénité pendant son transfert jusqu’à Alexandrie. Sur son lit d’hôpital, comme sur la table d’opération, il avait surpris plus d’un médecin par son calme extraordinaire, son regard fixe, sans le moindre signe de faiblesse.

Le tirailleur Blagué lui rendit visite les dernières heures de sa vie. Il tourna la tête vers celui qu’il avait l’habitude d’appeler son fils, lui sourit faiblement, puis reprit son immobilité, les yeux fixés au plafond. Quelques instants plus tard, il tourna à nouveau la tête vers Blagué, le fixa dans les yeux, puis dit dans un souffle, ce que le tirailleur Blagué écrirait dans son journal intime, « Ngakola na ba, ngakola na ba, mi gou ni ga ! » « Dieu de mes pères ! Dieu de mes pères, je suis parti ! », en dialecte banda. Puis il fronça les sourcils et s’éteignit. Dans la dignité, dans l’honneur, pour la France ! Le tirailleur Blagué se dominant, lui ferma les yeux, lui arrangea la bouche, tira le drap sur lui jusqu’à sa tête, avant d’alerter les médecins.

Ainsi finit le 15 juin 1942 à l’hôpital d’Alexandrie la brillante carrière de ce fils de Ndélé, de ce héros de l’Oubangui-Chari, qui entraîna derrière lui ses jeunes frères pour se porter au secours de ce pays qu’il nommait avec tant de passion « sa mère – patrie ». Il fut fait Compagnon de la Libération, reçut la Médaille militaire et la Croix de guerre ».

Pierre Sammy Mckfoy, De l’Oubangui à La Rochelle ou le parcours d’un bataillon de marche, récit. L’Harmattan, 2013.

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