Centrafrique : la diplomatie, c’est de faire dire les plus vilaines choses de la manière la plus élégante

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Centrafrique : la diplomatie, c’est de faire dire les plus vilaines choses de la manière la plus élégante

« La diplomatie, c’est de faire dire les plus vilaines choses de la manière la plus élégante », a dit Isaac Goldberg, journaliste, écrivain et traducteur américain (1887 – 1938). De nombreux aphorismes se plaisent à souligner l’euphémisation extrême dont sont coutumiers les propos et les textes diplomatiques. Ainsi, un lieu commun assène que la politique est fille de la diplomatie et de l’escroquerie courtoise, selon Jacques Sternberg  (1923-2006). Un autre explique que « quand un diplomate dit « oui », cela signifie « peut-être » ; quand il dit « peut-être » cela veut dire « non » ; et quand il dit « non » ce n’est pas un diplomate ».

C’est ce qu’il faut tout simplement retenir de l’audience accordée par l’Imposteur de Bangui, le mardi 28 février 2023, en début d’après – midi à Mme Patricia MAHONEY, ambassadeur des États-Unis auprès de la République centrafricaine. En effet, selon les communicants de la présidence, le point à l’ordre du jour a été le renforcement de la coopération bilatérale entre les deux Etats. « Interrogée au sortir de cette audience, l’ambassadrice Patricia Mahoney a fait savoir que son pays allait continuer à entretenir des relations bilatérales fructueuses avec la République Centrafricaine dans plusieurs domaines. Elle a battu en brèche les allégations selon lesquelles les États-Unis auraient donné un ultimatum aux autorités centrafricaines pour faire partir les instructeurs Russes de leur pays. Enfin, Mme Mahoney a vanté l’excellence des relations bilatérales entre les États-Unis et la République Centrafricaine », a rapporté le site « La Renaissance ».

Ainsi donc, tout comme le site Centrafrica.com a révélé dans l’une de ses dernières parutions que l’Imposteur de Bangui n’a jamais envoyé un agent de renseignements à Paris afin de négocier et obtenir une rencontre avec lui et le président français Emmanuel Macron, le site de la présidence centrafricaine « La Renaissance » a clamé haut et fort que jamais les Etats – Unis n’ont notifié au régime de Bangui un ultimatum au sujet de la présence des mercenaires du Groupe Wagner en Centrafrique. Malheureusement, avec le départ de l’ancien président centrafricain François Bozizé Yangouvonda du Tchad, ces dernières heures, et son accueil chaleureux par le président bissau – guinéen Umaro Sissoco Embalo qui a déclaré l’avoir accueilli pour des raisons humanitaires, tout porte à croire que les Américains sont effectivement décidés à évincer « ces affreux blancs » de la République centrafricaine et qu’à cet effet un mémorandum a bel et bien été remis à Touadéra en marge du sommet Etats – Unis / Afrique du 12 au 15 décembre 2022. Ce qui a été pourtant confirmé par Fidèle Gouandjika, son ministre – conseiller spécial près les organisations.

Alors, puisqu’il en est ainsi, pourquoi l’ambassadeur Patricia Mahoney a – t – elle préféré user de la formule euphémiste que de recourir au langage de bois ? Parce que la communication est l’essence même du métier diplomatique. L’étymologie le dit elle-même : la communication est l’art de faire du « commun ». Le diplomate est essentiellement chargé de créer du commun, de créer un lien – ou de le rétablir, de le renforcer, etc. – entre deux États. Il n’est même chargé que de cela et ne dispose pour ce faire que du verbe. Le diplomate est sans doute le seul fonctionnaire qui n’ait aucun pouvoir : il n’édicte pas de textes généraux, ne juge pas, n’arrête pas, n’instruit pas, ne note pas, n’offre aucun avantage ni subvention, ne décide d’aucun destin particulier ni général… Il n’est qu’un intermédiaire. Et il n’a que la parole pour arme. Car parler, en diplomatie, c’est agir. Même s’il est rare que la parole soit performative – cas de la reconnaissance d’un État ou de la déclaration de persona non grata –, elle peut être considérée comme telle lorsque le représentant d’un État dit qu’il « condamne » telle action ou « se félicite » de telle autre ou « soutient » telle partie dans un conflit : il énonce ainsi une position politique qui peut entraîner des conséquences dans le monde réel – ce qui est toujours l’objectif de la parole diplomatique.

La communication est donc inhérente au métier de diplomate. Il ne fait que cela toute la journée, soit qu’il informe ses autorités, soit qu’il se tourne vers le pays de sa résidence temporaire. Comme tout fonctionnaire, le diplomate ne parle jamais lui-même, il n’est qu’un agent de l’État parlant – sauf lorsqu’il informe ses propres autorités : c’est alors le diplomate lui-même qui s’exprime, avec son expérience, son expertise. Cette partie fondamentale du travail diplomatique, invisible de l’extérieur et, pour cette raison, jamais ou rarement évoquée, est également un travail de communication, plus important aujourd’hui sans doute qu’à l’époque où les administrations étaient moins nombreuses et moins encombrées de services chargés des questions internationales – et où les relations internationales se limitaient aux relations entre États, eux-mêmes peu nombreux.

D’où la place du tact dans le langage du diplomate. Alors, c’est quoi parler avec tact ? Parler avec tact ou faire preuve de tact, c’est aborder avec égards une personne et ses sentiments. La diplomatie du langage est un mélange de délicatesse, de prudence et de sens de l’à-propos. Elle fait appel au respect et à la réserve. Pourquoi la diplomatie est-elle si importante dans la vie professionnelle ? Parce qu’elle favorise la collaboration au travail et cultive l’harmonie dans les rapports interpersonnels. L’absence de tact est, au contraire, source de contrariétés et de conflits. En effet, exprimer sans détours un avis défavorable, c’est prendre le risque de froisser la sensibilité de son interlocuteur. Il n’est pas plus agréable d’entendre un collègue souligner une maladresse en public ou reprocher une erreur devant d’autres collègues. Quant au refus net et sans ménagement, il déclenche souvent l’incompréhension ou la stupéfaction. De façon générale, ce qui est exprimé brusquement a un impact négatif sur l’autre personne. Tout l’art de la diplomatie vise à préserver l’estime de son interlocuteur. C’est la parfaite expression d’un certain savoir-vivre dans la vie comme au travail !

Voilà pourquoi il est dit que la diplomatie, c’est l’art patriotique de mentir pour son pays ! Et in hoc casu, Mme Patricia Mahoney a effectivement menti pour son pays. Tout comme elle mentira sur ce qui se trame actuellement sur les stratégies mises en place par les autorités de son pays pour chasser le Groupe Wagner de la RCA, et en finir avec le pouvoir tortionnaire de l’Ogre de Bangui.

Tant pis pour les laudateurs du régime et leurs communicants qui ont traversé l’école en courant !

Jean – Paul Naïba

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