Centrafrique : Joao Lourenço et Mahamat Idriss Déby responsables de l’arrestation et du transfèrement de Maxime Mokom à la CPI 

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L’un des anciens responsables militaires des antibalaka Maxime Jeoffroy Eli Mokom Gawaka a comparu le mardi 22 mars 2022 devant les juges de la Cour pénale internationale. Il lui est reproché d’avoir commis de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, perpétrés à Bangui et dans d’autres localités de la République centrafricaine en 2013 et 2014.

A l’issue des enquêtes, la Chambre a retenu des motifs raisonnables de nature à croire que M. Mokom, né le 30 décembre 1978 à Bangui en Centrafrique, était l’un des Coordonnateurs Nationaux des Opérations des Anti-Balaka et, à ce titre, est soupçonné d’être l’un des auteurs des crimes présumés contre l’humanité, à savoir  » tentative de meurtre, extermination, déportation ou transfert forcé de population, emprisonnement ou autre privation grave de liberté physique, torture, persécution, disparitions forcées et autres actes inhumains ; et Crimes de guerre : (tentative) de meurtre, torture, traitement cruel, mutilation, le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile, le fait de diriger intentionnellement des attaques contre le personnel, les installations, le matériel, les unités ou les véhicules employés dans le cadre d’une mission d’aide humanitaire, le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion, le pillage, l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans et le fait de les faire participer activement à des hostilités, le déplacement de la population civile et le fait de détruire ou de saisir les biens de l’ennemi. »

Tous ces actes de graves atteintes aux droits humains auraient été constitués en divers endroits du pays, notamment à Bangui, Bossangoa, dans la préfecture de la Lobaye, Yaloké, Gaga, Bossemptélé, Boda, Carnot et Berberati, entre au moins le 5 décembre 2013 et au moins décembre 2014.Il aurait commis ces crimes conjointement avec d’autres et/ou par l’intermédiaire d’autres personnes dans le cadre d’une politique visant à cibler la population musulmane et d’autres personnes perçues comme soutenant la Séléka ou comme étant des « étrangers » à Bangui et dans l’ouest de la RCA ; ou d’avoir ordonné, sollicité ou encouragé la commission ou la tentative de commission de ces crimes.

En réponse, la défense de Maxime Mokom n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour accuser les autorités tchadiennes de l’avoir torturé pendant son transfèrement. « Le reste de son argent était utilisé pour acheter sa ration quotidienne de nourriture : du pain moisi et une boîte de sardines« , a déclaré Nicholas Kaufman. « Avec un matelas rudimentaire sur un sol en pierre en guise de lit et une boite de beurre vide pour faire ses besoins, Monsieur Mokom a été gardé pendant une semaine sans que personne ne sache où il se trouvait. Alors, avant que M. Khan n’applaudisse vigoureusement le Tchad pour sa coopération suffisante, peut-être voudrait-il s’assurer la prochaine fois que l’article 59 du statut de Rome a été respecté,  » a – t – il poursuivi. Et celui de conclure en ces termes : « Le 27 février, il a été surpris sur une route poussiéreuse proche de la frontière avec la Centrafrique, poussé brutalement sur le siège arrière d’un véhicule de sécurité et conduit en direction de Ndjamena pendant 13 heures dans une chaleur torride entre deux officiers de sécurité. À son arrivée, il a été jeté dans une cellule crasseuse infestée par les moustiques, dans un donjon de l’agence nationale de sécurité ». Selon la CPI, les violences commises par les groupes armés ont fait des milliers de morts et plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées. Les charges seront confirmées lors des audiences prévues en janvier 2023.

Cette mise au point ayant été faite, et pour bien tenter de comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire qui suscite depuis lors une vraie polémique au sein de l’opinion nationale centrafricaine, il est important de souligner que l’ancien ministre Maxime Mokom aurait été arrêté le dimanche 27 février 2022 par les forces de l’ordre tchadiennes à Sido. D’après les minutieuses investigations menées par notre rédaction, il nous a été rapporté que le tout – puissant directeur de l’agence nationale de la sûreté Ahmed Kogri aurait reproché à l’ex – ministre centrafricain le fait d’avoir révélé l’affaire des fonds alloués par le président angolais Joao Lourenço de la CEEAC et CIRGL pour le traitement spécifique des leaders des groupes armés, d’une part, et l’achat de deux maisons aux chefs rebelles Mahamat Al – Katim du MPC et Bobbo des 3R, d’autre part.

Dans la gestion de cette manne financière, une part belle aurait été faite aux leaders de l’ex – Séléka au détriment de ceux des AB. C’est en réaction à ces graves dénonciations sous cape que le patron de l’ANS aurait pris sur lui la responsabilité de procéder à l’arrestation de Maxime Mokom. En vertu d’un mandat d’arrêt international délivré par la CPI depuis le 10 décembre 2018, et son nom figurant sur la liste des personnes activement recherchées pour des crimes commis en Centrafrique, pendant la période sus – mentionnée, contre des ressortissants tchadiens, il aurait fallu seulement quelques échanges avec ses chefs hiérarchiques, en l’occurrence le président tchadien Mahamat Idriss Déby y compris, et en particulier le président centrafricain Faustin Archange Touadéra avec qui il entretiendrait de très bonnes relations, et qui  en veut à tous les leaders de la CPC, pour obtenir leur avis favorable à l’arrestation et au transfèrement de Mokom à la CPI.

Fort des renseignements recueillis ci – dessus par des sources policières et militaires, la rédaction du Journal Letsunami.net a le droit de s’interroger sur la sécurité de tous les leaders de la CPC, accueillis sur le territoire national tchadien conformément à l’une des recommandations du Communiqué final du mini – sommet de la CIRGL sur la situation politique et sécuritaire en République centrafricaine, du 21 avril 2021. Les chefs d’État de la région des Grands Lacs (CIRGL) réunis en ce mini-sommet dans la capitale angolaise, Luanda, le mardi 20 avril, ont réitéré leur appel à un cessez-le-feu en République centrafricaine et ont demandé aux mouvements rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement de respecter leur engagement sur la renonciation aux actes de violence et de barbarie, et au gouvernement centrafricain de respecter aussi le cessez-le-feu dans le but de créer «un climat favorable à la paix et à la réconciliation nationale ». C’est dans ce contexte de la mise en œuvre de la Feuille de route de Luanda qu’un mécanisme de négociation au départ à l’exil de ces derniers a été adopté et appliqué dans le cadre de l’APPRCA. En application de cette recommandation, ces leaders ont été accueillis au Tchad, avec l’accord des autorités centrafricaines. A ce titre, l’Etat tchadien est tenu de prendre toutes les dispositions pratiques pour garantir leur sécurité et assurer leur protection tous les jours.

Malheureusement, avec l’arrestation et le transfèrement de l’ancien ministre Maxime Mokom à la CPI, il apparait difficilement soutenable que ce qui s’est passé n’ait pas préalablement obtenu l’accord politique du président Mahamat Idriss Déby et l’autorisation de son homologue angolais Joao Lourenço, à la demande de leur pair centrafricain, l’Imposteur de Bangui Faustin Archange Touadéra dont la volonté d’en découdre physiquement avec les leaders de ces groupes armés, membres de la CPC, n’est plus à démontrer. Cela est d’autant plus vrai que selon des informations en notre possession, certains pontes du pouvoir de Ndjamena auraient accepté dans leur pays à contre – cœur la présence de Mokom et ses compagnons pour leur accorder l’asile. Certains d’entre eux auraient même qualifié ce dernier d’éventreur et d’assassin de Tchadiens en Centrafrique. La manière avec laquelle il a été traité pendant les trois semaines de sa séquestration dans les geôles de l’Agence Nationale de Sécurité Extérieure (ANS) démontre à suffisance cette intention d’exécuter tout simplement les griefs qui lui sont reprochés ; trois semaines de privation de nourriture avec pour seul aliment quelques bols d’eau. Au point où, si la CPI n’était pas venue le récupérer, Maxime MOKOM aurait été, de toute façon, liquidé par la faim d’autant plus que sa santé était très précaire. Partant de ce fait et de bien d’autres choses, il semble bien au moment où nous mettons sous presse, que la vie de certains leaders de la CPC qui vivent actuellement au Tchad, tient désormais à la seule volonté de celui qui est chargé de gérer les moyens et les conditions de cet exil et n’est plus assurée.

Cette situation doit donc impérativement interpeller le médiateur angolais, le président Joao Lourenço, et l’obliger à entrevoir dans les meilleurs délais avec tous les leaders de la CPC la possibilité pour ceux qui le souhaitent de choisir un autre pays d’exil. Aux dernières nouvelles, cette approche pourrait convenir à certains d’entre – eux qui  croient et ne cessent de dire ces derniers temps qu’ils ne sont plus en odeur de sainteté auprès des autorités tchadiennes et qui, en réalité, ne se sentent plus en sécurité dans ce pays. Car l’arrestation et le transfèrement de l’un des leurs à la CPI, malgré le cadre de règlement de la Feuille de route de Luanda que constitue l’engagement signé avec la CIRGL, sous l’égide du médiateur angolais, en composent une flagrante violation, et ne sauraient être possibles sans une décision politique de la part des autorités tchadiennes et angolaises. En violation des lois internationales sur les Réfugiés. Et au nom du soutien à un membre du club des chefs d’état qui a fait appel à des mercenaires russes et rwandais pour voler les élections du 20 décembre 2020, qui refuse de respecter la déclaration de cessez – le – feu, qui continue de tuer ses compatriotes tous les jours et qui projette déstabiliser le régime tchadien en acceptant sur son territoire plus de 6 mille rebelles tchadiens avec la complicité du Groupe Wagner.

La rédaction

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