Centrafrique : Jean-Serge Bokassa : « Le jour où Wagner m’a refoulé de l’ancien palais de mon père »

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POLITIQUE

Jean-Serge Bokassa : « Le jour où Wagner m’a refoulé de l’ancien palais de mon père »

Fils de l’ex-empereur Jean-Bedel Bokassa, l’ancien ministre a pu observer de près le déploiement du groupe Wagner en Centrafrique. Il raconte comment les Russes lui ont interdit l’accès au mausolée de son défunt père.

Par Mathieu Olivier

19 février 2023 à 10:34

Nous étions le 22 février 2018. En l’honneur de notre défunt père, né 97 ans plus tôt, certains de mes frères et sœurs étaient arrivés de France. Nous voulions protester contre l’accaparement du palais de Berengo par le gouvernement et ses nouveaux alliés russes, les mercenaires de Wagner. Celui-ci est pour nous une terre ancestrale, un domaine privé où est enterré notre père, l’ancien empereur Jean-Bedel Bokassa. Mais, malheureusement, au début de l’année 2018, le site a retenu l’attention des responsables de Wagner en raison de ses infrastructures, de ses bâtiments construits à l’époque de l’empire et de sa position géographique.

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Les hommes d’Evgueni Prigojine ont donc choisi d’en faire leur quartier général en Centrafrique. Cela a d’abord été présenté comme une mise à disposition provisoire des lieux à des instructeurs russes venus pour former l’armée centrafricaine. Mais, en réalité, l’affaire est bien plus complexe. Alors que j’étais moi-même au gouvernement et que je voyais régulièrement le président, Faustin-Archange Touadéra, ma famille a été purement et simplement ignorée ! En tant que ministre de la Sécurité publique, j’aurais pourtant dû être à la manœuvre !

Une humiliation inimaginable

Donc, le 22 février, nous avons décidé de nous rendre en petite délégation à Berengo. Nous voulions déposer une gerbe sur la tombe de notre père. Mais on nous a opposé un refus ferme et brutal, et on nous a empêchés d’entrer. Un Blanc, cagoulé, appartenant visiblement au groupe Wagner, nous a fait savoir qu’il était interdit de pénétrer dans l’enceinte de l’ancien palais, même pour y déposer des fleurs sur le mausolée de notre père. Nous avons évidemment insisté. Peine perdue : aucun d’entre nous n’a pu franchir le portail gardé par les hommes de Wagner.
Ceux-ci, qui avaient déjà entreposé leur matériel et occupé la villa de l’ancienne impératrice Catherine, ont campé sur leur position. Mes frères, mes sœurs et moi-même avons donc dû nous replier dans notre village familial, non loin de l’ex-résidence impériale. Installés chez l’une de nos tantes, nous avons essayé de faire baisser la tension et de nous remettre de cette vive émotion. Le choc était rude : se voir empêchés de nous recueillir sur la tombe de notre père était scandaleux, émotionnellement très éprouvant et moralement inacceptable !
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Nous n’aurions jamais pu imaginer une telle humiliation, non seulement de la part des Russes mais surtout de celle de l’État centrafricain, auprès duquel j’ai protesté, sans réel effet. Malgré mes appels à Faustin-Archange Touadéra et à Marie-Noëlle Koyara, la ministre de la Défense, je n’ai jamais pu pénétrer dans l’enceinte.
Des armoiries de la Russie
Pis, les Russes ont ensuite tenté de récupérer l’image de mon père à leur pro$t. Quelque temps après, ils ont proposé d’organiser eux-mêmes une cérémonie d’hommage à sa mémoire, à l’occasion de laquelle on me remettrait un cadeau.
Pour l’ambassade de Russie, c’était une manière de s’excuser. Mais j’ai refusé de donner mon accord à cet événement. Les Russes sont alors venus jusque dans mon village, où j’organisais moi-même une petite manifestation, pour m’offrir un gigantesque tableau représentant mon père. Il était orné des armoiries de la Centrafrique et de la Russie ! Je m’en suis débarrassé.
Jeune Afrique

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