Centrafrique : Je m’en fous des Centrafricains de la Diaspora !

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2001

« Je m’en fous des Centrafricains de la Diaspora et de leur vote ». Incroyable mais vrai ! C’est ce qui est pourtant sorti de la bouche du président Touadéra, il y a quelques jours au palais de la Renaissance, lors de l’audience qu’il a accordée aux représentants des partis politiques membres de la COD – 2020, à leur demande.

Une insulte à proprement dite à l’endroit de tous ceux qui jouissent de la nationalité centrafricaine et qui ont le droit de voter et d’exercer leur devoir civique, mais qui  pour des raisons d’ordre sécuritaire ont été contraints à l’exil et à vivre comme des réfugiés dans leur propre pays sur les sites des déplacés ou dans d’autres pays à l’étranger. Une information qui a d’ailleurs été confirmée par le journal de la présidence centrafricaine en ligne « La Renaissance » dans sa publication sur cette rencontre, en ces termes : « Quant au niveau de l’enrôlement, le président de la République rappelle que l’inscription sur les listes électorales n’est pas obligatoire comme dans certains pays, c’est un acte volontaire et citoyen tel que voulu par la Constitution ».

Fort heureusement, cette blague de mauvais goût et de mise à l’écart de plus d’un (1) million de potentiels électeurs  se trouvant dans cette situation du processus électoral, n’a de raison d’être que la haine viscérale qu’il leur voue du fait de leur farouche opposition à sa gestion clientéliste et familiale du pouvoir, ses compromissions avérées avec des groupes armés et des hordes de mercenaires venus d’ailleurs, son goût immodéré pour le gangstérisme d’état et la corruption, et sa totale incapacité à défendre l’intégrité du territoire national, la protection des biens et des personnes et la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat, est contraire à la constitution du 30 mars 2016. Sur ce point, les dispositions de l’article 30 de la loi fondamentale sont formelles : « Les centrafricains des deux sexes, âgés de dix-huit (18) ans révolus et jouissant de leur droits civiques sont électeurs dans les conditions déterminées par la loi. Le vote est un devoir civique. Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret ».

A moins que le président Touadéra soit de toute la République le seul centrafricain qui maîtrise parfaitement la belle langue de Molière, la lecture de ces dispositions sus – évoquées est sans équivoque  et révèle que voter n’est pas un acte volontaire comme il l’a martelé à ses interlocuteurs, mais plutôt un droit,  mieux un devoir civique.  Pour la simple raison que le droit de vote est considéré par les institutions comme un devoir moral pour les citoyens, comme le rappelle l’inscription figurant sur les cartes électorales : « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique ». Et en la matière, deux conceptions s’affrontent traditionnellement. La première considère le vote comme un droit, à la rigueur comme un devoir moral, mais dont la responsabilité est laissée à chacun face à sa conscience. Elle conduit en pratique à l’électeur-consommateur, libre de souscrire à l’offre politique ou de s’en désintéresser. La seconde considère le vote comme un devoir au sens à la fois moral et légal, l’électeur ayant à exercer ses fonctions au même titre que l’élu. Elle conduit en pratique à l’électeur-décideur qui assure par son vote le bon fonctionnement du régime démocratique, en tant que cosouverain de ce régime aux côtés de ses pairs. Concrètement, pour la consolidation de nos acquis démocratiques, même si nous ne disposons pas encore de moyens techniques adéquats pour passer du droit au devoir de vote et sanctionner l’abstention par une amende, une telle déclaration est à bannir ; car, il en va tout naturellement de la représentativité de nos élus tant à la présidentielle qu’aux législatives qui peuvent être victime d’un procès en illégitimité et en déficit démocratique.

Mais ceci étant dit, pourquoi le Gangster de Bangui a – t – il tenu de tels propos à l’endroit de ses compatriotes de l’extérieur et des centrafricains réfugiés sur leur propre terre et dans d’autres pays, fuyant l’insécurité, les persécutions, l’injustice sociale, la haine et les violences intercommunautaires, l’exclusion, la guerre, les incendies de leurs maisons et les exactions des groupes armés, les assassinats, les pillages, et les viols ? Pourquoi s’est – il donc érigé en prophète de découragement, d’une désertion civique et d’abstention in fine ? N’est – il pas de sa responsabilité d’appeler plutôt ces derniers à une inscription massive sur les listes électorales ? La raison est tout simple.

Fondamentalement déçus de la gouvernance de Touadéra et régulièrement informés de ses déboires politiques et de ses collusions avérées avec les groupes armés et des hordes de conquistadores sans foi ni loi qui occupent plus de 85% du territoire national, l’homme est convaincu qu’aucun centrafricain digne de ce nom de la diaspora ne votera pour lui, lors des prochaines échéances électorales, car son bilan est plus que catastrophique. Il sait qu’il ne peut pas avoir une place dans le cœur des 623 400 réfugiés centrafricains qui se sont mis à l’abri au Cameroun, au Tchad, en République Démocratique du Congo et au Congo, au lendemain des tragiques événements de 2013. Il en est de même pour les 450.000 vivant sur le territoire national sur les sites des déplacés, comme des exilés sur leur propre terre, celle de leurs ancêtres, celle de leurs aïeux, asservis plus que jamais. D’où les lenteurs constatées de la part de l’ANE dans l’enrôlement des centrafricains vivant à l’étranger. Pour éviter d’avoir trop d’électeurs -contestataires à son régime dans le fichier électoral. Voilà pourquoi, il n’en a que cure de leurs inscriptions sur la liste électorale.

Mais, qu’il s’en foute de nous ou non, une chose est sûre : nous allons exiger et obtenir notre droit de vote, tout comme les partenaires ont exigé et obtenu la modification du code électoral afin de permettre aux réfugiés d’exercer leur devoir civique. N’en déplaise à tous les thuriféraires du régime agonisant de Bangui, le faire en tant qu’exilé et réfugié, c’est exprimer notre appartenance citoyenne à part entière à la société centrafricaine et agir en homme libre qui choisit ses représentants et lui délègue une partie des pouvoirs de souveraineté dont il est détenteur. C’est aussi faire valoir notre responsabilité face aux bouleversements tragiques qui secouent notre pays, aux inquiétudes et aux espérances qui nous habitent, et faire preuve de lucidité et de courage qui sont des guides exigeants mais fiables pouvant nous permettre de tourner la page et de reconstruire notre pays dans la concorde, la justice et la liberté.

Nous le ferons parce que nous devons résister et refuser de céder un pouce de terrain à la terreur qui règne dans notre pays et cherche à miner notre capital de confiance en nous – mêmes et dans les institutions que nous voulons nous donner. Exercer notre droit de vote dans ce contexte, c’est manifester notre attachement à la démocratie et démontrer que nous ne nous laisserons pas démonter par ces actes abominables. Et qu’au chaos que certains veulent nous imposer, nous opposerons une fermeté tranquille en ce qui garantit nos libertés. Enfin,  jouir du droit d’aller déposer nos voix dans l’urne  n’engage pas seulement les générations d’aujourd’hui en âge de voter mais celles qui naissent et prennent leur essor. Elles sont en droit d’espérer que nous saurons fonder l’avenir sur des bases solides. Et que nous serons, à notre tour, en mesure de leur léguer un pays plus libre et plus prospère que celui que nous avons reçu, fruit des efforts et des sacrifices des générations précédentes.

La rédaction

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