Centrafrique : Issa Manou, l’Epée de Damoclès sur la tête de Touadéra, Sarandji et Autres

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Pas question pour Letsunami.net de ne pas s’appesantir un tant soit peu sur ce nouveau rebondissement dans l’affaire Issa Manou, pour en avoir parlé à plusieurs reprises dans ses publications. Ligue centrafricaine des droits de l’homme ou Associations nationales et internationales de défense des victimes, hommes politiques ou société civile, la France ou G5, il est grandement temps de se saisir de ces dernières révélations faites par un certain Ibrahim Abdoulaye, à travers une sortie médiatique sur les réseaux sociaux, pour demander plus de justice en Centrafrique et l’ouverture d’une enquête tant nationale qu’internationale contre l’Imposteur de Bangui, Sarandi et Autres. Tel doit être l’air du temps.

Ce à quoi se consacrera notre rédaction sans relâche, car il s’agit là d’un témoignage à prendre très au sérieux et que l’homme constitue en lui – même un véritable puzzle de pièces à convictions. Au premier rang, son appartenance à la jeunesse du parti – Etat dénommé le MCU, ses contacts permanents avec Touadéra, Sarandji, Piri et Autres, ses relations trop intimes avec un certain Sani Yalo, l’un des « Faucons » du régime, ses réseaux avec les éléments d’auto – défense du Km5 d’où il serait natif et le rôle combien important qu’il a joué avant pendant et après les désastreuses élections groupées du 27 décembre 2020. Sans oublier sa présence, ce jour – là, au siège du MCU sis dans le 8ème arrondissement de la ville de Bangui où Issa Manou a été enlevé, dans le bureau du secrétaire exécutif national Simplice Mathieu Sarandji, par des éléments des forces armées centrafricaines formellement identifiés comme appartenant à la milice du pouvoir, les « Requins », pour ne plus jamais réapparaître.

Ce qui s’est passé

« Issa Manou, un homme d’affaires de 46 ans est porté disparu depuis le 20 janvier 2021 alors qu’il devait rencontrer Simplice Mathieu Sarandji, secrétaire exécutif du Mouvement cœur unis (MCU). Les 16 enfants du disparu avaient lancé le 1er mars 2021 sur Radio Ndeke Luka, un appel aux autorités du pays afin de les aider à retrouver leur père. Mais leur cri est resté sans suite favorable. Alors que Simplice Mathieu Sarandji affirme ne pas connaître M. Manou, sa famille revient à la charge et fait de nouvelles révélations.Les enfants de Issa Manou révèlent que leur père, porté disparu, est connu du milieu politique et d’hommes d’affaires en République centrafricaine. Le fils ainé prend le contre-pied de la déclaration de l’ancien chef du gouvernement, Simplice Mathieu Sarandji, affirmant sur les ondes de Radio Ndeke Luka qu’il ne connait pas le disparu et ne l’a jamais rencontré. Salé, 17 ans, révèle que même si le Secrétaire exécutif du MCU ne connait pas son père, le président de la République, lui, connait très bien le disparu. Il a même montré la photo sur laquelle son père salue fraternellement le chef de l’Etat lors de la cérémonie d’inauguration du marché à bétails de Bouboui au Pk 46, route de Boali.

« Même s’il ne connait pas mon papa, il connait monsieur Hissène, son ami. J’ai des témoins et même des photos de mon père avec le président de la République. Le président le connait très bien car il était le président des transporteurs de bétails » a affirmé Salé, un des enfants du disparu.Depuis la révélation sur la disparition de leur père, les membres de la famille de Issa Manou affirme avoir fait l’objet de menaces de la part d’inconnus. Déterminée à faire la lumière sur cette affaire, la famille compte saisir les instances judiciaires nationales et internationales. « Il y a des appels anonymes qui ne cessent de nous menacer à la maison. Ces personnes disent qu’ils vont nous tuer tous si on n’arrête pas de chercher notre père. Nous demandons aux bureaux national et international des droits de l’Homme de venir en aide afin de le retrouver » a fait savoir Salé. Contacté par Radio Ndeke Luka, Simplice Mathieu Sarandji réitère qu’il ne connait pas le disparu et n’a jamais eu de contact avec Issa Manou. Par ailleurs, le secrétaire exécutif du MCU estime que les proches du disparu feraient mieux de saisir la justice plutôt que de porter des accusations sans fondement. »

Démission de Ibrahim Abdoulaye et nouvelles révélations

Le 2 janvier 2022, Ibrahim Abdoulaye, membre influent du MCU, quitte la barque, dans une lettre de démission adressée au secrétaire exécutif national Simplice Mathieu Sarandji. Dans la foulée, il rend publique une note dûment signée par le général Mahamat Al – Katim du MPC et membre de la CPC portant sa nomination comme conseiller spécial en charge des relations extérieures. Dans les heures qui suivent, il accorde une interview au compatriote Rodrigue Joseph Prudence Mayté dans un live exceptionnel qu’il a organisé. Témoin oculaire des nombreuses opérations de fraudes massives ayant particulièrement marqué les derniers scrutins groupés, archiviste des crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commandités par le régime de Bangui et perpétrés par le bras armé du MCU, « Les Requins », placés sous le haut commandement direct du colonel Wananga qui prend directement ses ordres de Touadéra et lui rend compte personnellement, courroie de transmission entre les mercenaires Wagner et les jeunes instrumentalisés pour les marches de la haine organisées par le pouvoir de Bangui contre la France, la Minusca et les partenaires traditionnels de la République centrafricaine, il s’est appesanti sur le cas Issa Manou. Un témoignage qui a confirmé les faits relatés par les enfants de la victime : son rendez – vous, le 20 janvier 2021, au siège du MCU avec le secrétaire exécutif national Simplice pour discuter d’une affaire de 280 millions de Fcfa avec des partenaires camerounais, son enlèvement au vu et au su de tout le monde par des éléments de Wananga et sa disparition jusqu’à ce jour. Pour finir, ce témoin gênant n’a pas hésité un seul instant à pointer du doigt Sarandji, Piri, et Wananga dans ce qui serait arrivé à Issa Manou.

Un puzzle de pièces à conviction contre Touadéra et les siens

Comme un objet saisi, placé sous scellé, conservé sous l’autorité judiciaire et nécessaire à la recherche de la vérité dans une affaire pénale, Ibrahim Abdoulaye qui a dit dans sa lettre de démission être disponible et disposé à coopérer avec la justice nationale et internationale pour la recherche et la manifestation de la vérité dans les nombreuses affaires de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de tueries de masse, d’enlèvements, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées, d’exécutions sommaires et extra – judiciaires, d’incendies de villages et d’habitations et de déplacements de milliers de personnes dont le régime de Bangui est accusé, avant pendant et après les élections gravement truquées du 27 décembre 2020, et au lendemain des opérations de reconquête des villes jadis sous contrôle des rebelles de la CPC par les Faca soutenues par leurs alliés russes et rwandais, faisant suite aux attaques de la ville de Bangui, le 13 janvier 2021, doit être considéré comme un puzzle de pièces à conviction et faire l’objet d’une protection particulière de la part de la communauté internationale.

Et cela est d’autant plus important que, dans un rapport mandaté par le Conseil de sécurité et publié le 25 juin 2021 pour évaluer le respect de l’embargo sur les armes en vigueur en Centrafrique, les experts de l’Onu ont évoqué en détail les crimes commis par les groupes armés de la coalition CPC, ses moyens d’approvisionnement et la responsabilité de l’ancien président Bozizé. Ils ont également révélé les graves exactions attribuées aux forces armées centrafricaines et aux paramilitaires russes déployés dans le pays ainsi que le recrutement de milices par le gouvernement centrafricain dans la lutte contre les rebelles. Au nom de la paix, de la justice, et pour une réconciliation nationale, ces faits d’une extrême gravité exigent la saisine des juridictions nationales et internationales par les Ongs de défense des droits de l’homme, les différentes associations des victimes et des parties civiles.

Ainsi donc, par les témoignages accusateurs et accablants de Ibrahim Abdoulaye dans l’affaire d’enlèvement et de disparition de Issa Manou, la justice tient désormais l’Imposteur de Bangui et les siens par les testicules. Pour peu qu’elle soit directement ou indirectement saisie, Touadéra ne pourra plus être libre de ses mouvements, n’embarquera plus à bord de n’importe quel aéronel, ne foulera plus le sol de n’importe quel pays, et se retrouvera dans la même situation que celle du président kényan en 2014. Pour rappel, ce dernier a été mis en cause pour sa responsabilité présumée dans les violences post-électorales de fin 2007 et début 2008 dans son pays. A l’époque des faits, il soutenait la candidature du président sortant, Mwai Kibaki, et il serait pénalement responsable en tant que coauteur indirect, au sens de l’article 25-3-a du Statut de Rome, des cinq chefs de crimes contre l’humanité suivants : meurtre ; déportation ou transfert forcé de population ; viol ; persécution ; et autres actes inhumains. A la suite de la proclamation du résultat de l’élection présidentielle du 27 décembre 2007 (Mwai Kibaki élu avec une courte avance de 232 000 voix), Uhuru Kenyatta aurait pris part aux violences qui ont éclaté entre ethnies Kikuyu, Kalenjin et Luo, menant le pays au bord de la guerre civile et faisant plus de 1 330 morts et 600 000 déplacés.

Si Uhuru Kenyatta avait eu la chance d’échapper à l’Epée de Damoclès de la CPI, il serait difficilement soutenable que l’Imposteur de Bangui pût connaitre les mêmes indulgences. Tant les croustillantes confidences faites contre lui par Ibrahim Abdoulaye sont accablantes et irréfragables !

Jean – Paul Naïba

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