Centrafrique : « Ils veulent liquider toute opposition », selon le président du MLPC Martin Ziguélé

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Centrafrique : ce que contient l’enquête qui vise François Bozizé et l’opposition

12 avril 2021

Par Mathieu Olivier

Une information judiciaire est en cours afin de faire la lumière sur la création de la rébellion de la Coalition des patriotes pour la Centrafrique (CPC). D’abord centrée sur François Bozizé, cette enquête tente de faire le lien entre l’ancien président et les opposants Anicet-Georges Dologuélé, Martin Ziguélé et Karim Meckassoua. JA a eu accès au dossier.

Quel rôle a joué l’opposition dans la création de la Coalition des patriotes pour la Centrafrique (CPC), qui regroupe depuis décembre 2020 les principaux groupes armés rebelles centrafricains ? C’est, en substance, la question que le juge d’instruction spécialisé auprès du tribunal de grande instance de Bangui, Narcisse Ted Issa Bedengba, travaille à éclaircir.

À la requête du procureur Laurent Lengande, ce magistrat a en effet ouvert une information judiciaire le 8 janvier 2021 au sujet des liens entre la CPC et certains membres de l’opposition. Selon nos informations, celle-ci visait à l’origine l’ex-ministre Thierry Savonarole Maleyombo, haut cadre du Kwa Na Kwa (le parti de François Bozizé) arrêté le 31 décembre 2020 et placé en détention ensuite.

Vingt et une personnes visées, dont Bozizé et ses fils
Selon les documents en la possession de Jeune Afrique (voir en fin d’article), Maleyombo était soupçonné d’avoir comploté contre l’État et était suspecté d’atteinte à sa sûreté, d’association de malfaiteurs, de rébellion, de complot, de participation ou adhésion à des mouvements de désordre ou de rébellion et de destructions volontaires de biens.

Le procureur met en avant des documents saisis par la police judiciaire lors de la perquisition de l’hôtel La Ouangolaise, propriété de l’ancien ministre, « mettant en évidence la participation criminelle effective” de Maleyombo aux activités de la CPC. Dès le 8 janvier, dans un réquisitoire introductif adressé au juge d’instruction, il estimait disposer de suffisamment d’éléments contre lui pour une inculpation.

Surtout, sur la base de conversations s’étant déroulées sur WhatsApp, il suggérait que son suspect avait reçu l’aide de Jean-Eudes Teya, un conseiller de François Bozizé, et d’Abakar Sabone, un proche du chef rebelle Noureddine Adam. Le 20 janvier, dans un réquisitoire supplétif au juge, il ajoutait à sa liste (qui comporte 21 personnes) les fils de l’ancien président, Jean-Francis, Rodrigue et Papy, ainsi que son neveu Maxime Mokom (leader anti-balaka) et le général Sylvain Beorofei.

De Bozizé à Meckassoua, Dologuélé et Ziguélé ?
Dans un document consulté par JA, le juge explique que François Bozizé se serait rendu coupable de complot avec les personnes citées. « Courant novembre 2020, convaincu d’une éventualité de l’invalidation de sa candidature à l’élection du 27 décembre 2020, François Bozizé […] avait quitté Bangui à destination de l’intérieur du pays [et profité] de l’occasion pour signer avec certains leaders de groupes armés la création [de] la CPC [dont le but] n’est rien d’autre que de déstabiliser par un mouvement insurrectionnel armé les institutions républicaines », écrit-il.

Le magistrat ajoute, reprenant les arguments du procureur : « Il convient de noter qu’à côté du nommé François Bozizé sur le terrain, se trouvaient non seulement ses enfants et neveux, mais aussi certains cadres du parti KNK et de groupes armés, en l’occurrence le nommé Jean-Eudes Teya et autres, tout ceci par la complicité de leurs mentors dont les nommés Abakar Sabone et Serge Simon Bozanga, respectivement responsable de communication et porte-parole de la CPC. »

« Il ne fait aucun doute quant à la responsabilité pénale de François Bozizé et consorts », conclut Narcisse Ted Issa Bedengba. Ce dernier a toutefois récemment accepté d’élargir encore ses investigations à d’autres partis d’opposition que le KNK. Le 2 avril, il a demandé au président de l’Assemblée nationale, Laurent Ngon-Baba, la levée de l’immunité parlementaire de Karim Abdoul Meckassoua, Anicet-Georges Dologuélé, Martin Ziguélé, et Simplice Aurélien Zingas.

« Ils veulent liquider toute opposition »
« Pour la manifestation de la vérité, il serait judicieux que la noble institution dont vous avez la charge enclenche la procédure de levée d’immunité afin qu’ils soient entendus dans la procédure », justifie le juge d’instruction dans un courrier détenu par J.A. Aucune précision n’est cependant apportée sur les éléments qui permettraient de faire le lien entre la CPC et les députés, qui ne font pas partie de la liste des 21 personnes suspectées de complot.

Le 8 avril, le ministre intérimaire de la Justice, Arnaud Djoubaye Abazene, frère cadet de l’ancien président Michel Djotodia, a lui aussi réclamé à l’Assemblée la possibilité de faire entendre les quatre opposants dans le cadre de l’information judiciaire. Abazene, récemment nommé à ce poste, suit en effet de près le dossier, dont il rend compte régulièrement au Premier ministre, Firmin Ngrebada.

Meckassoua, Dologuélé, Ziguélé et Zingas font en outre l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national, sur décision du procureur Laurent Lengande, depuis le 18 janvier. Ils ont plusieurs fois été empêchés de quitter le pays. Selon nos informations, aucun n’a encore été entendu par la justice et tous dénoncent des accusations politiques visant, selon les termes de Martin Ziguélé, à « liquider toute opposition ».

https://www.jeuneafrique.com/1153176/societe/centrafrique-ce-que-contient-lenquete-qui-vise-francois-bozize-et-lopposition/

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