Centrafrique : face à Touadéra, la grogne monte à l’Assemblée nationale

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POLITIQUE


Centrafrique : face à Touadéra, la grogne monte à l’Assemblée nationale

Depuis l’officialisation du projet de réforme constitutionnelle du chef de l’État, la contestation s’organise à la chambre des députés autour de son président, Simplice Mathieu Sarandji. Lequel tente de rassembler au sein de la majorité comme de l’opposition.

La bataille du troisième mandat se jouera-t-elle, pour le président Faustin-Archange Touadéra (FAT), dans une Assemblée nationale où son parti, le Mouvement cœurs unis (MCU), est pourtant très largement majoritaire ? Depuis plusieurs semaines, une opposition à la réforme constitutionnelle que le chef de l’État souhaite mettre en place dès le début de 2023, s’est en tout cas construite au cœur de la chambre des députés centrafricains.

Un homme est au centre du jeu : Simplice Mathieu Sarandji (SMS). Le président de l’Assemblée nationale s’oppose depuis des mois en coulisses au projet de Faustin-Archange Touadéra, lequel souhaite pro!ter d’une modification de la Constitution pour éliminer la barrière légale qui l’empêche aujourd’hui de se présenter à un troisième mandat consécutif. Son plan A ayant été rejeté par la Cour constitutionnelle, FAT est décidé à passer par un référendum pour imposer ses vues. Mais SMS ne l’entend pas de cette oreille.

L’équipe Sarandji…

Et pour cause : à 67 ans, cet ambitieux n’a pas encore dit adieu à son ambition de succéder, dès 2026, à l’actuel chef de l’État. Convaincu que les scrutins suivants lui seront moins favorables, l’ancien Premier ministre – également secrétaire exécutif du MCU – est donc bien décidé à se poser en rassembleur des opposants au troisième mandat de FAT, en particulier les députés, qu’ils soient issus de la majorité présidentielle ou de l’opposition.

Selon nos informations, il s’appuie à l’Assemblée sur Jean-Sosthène Dengbe (MCU), Thierry Ndoyo (MCU), mais aussi sur Frédéric Yologaza(indépendant), Dominique Yandoka (Initiative pour la transformation par l’action) et sur Bernard Dillah (Mouvement de libération du peuple centrafricain, MPLC, de Martin Ziguélé). Une équipe qui s’oppose en particulier au principal allié de Faustin-Archange Touadéra à la chambre, le premier vice-président de l’Assemblée Évariste Ngamana.

Ce dernier est en effet depuis plusieurs mois la cible de nombreux députés de l’opposition, mais surtout de la majorité présidentielle. Comme décrit plusieurs fois dans Jeune Afrique, ceux-ci remettent ainsi en cause sa gestion des fonds de l’Assemblée nationale et le soupçonnent d’avoir procédé à des faux et à des détournements au profit des activités politiques de son mentor (et beau-frère) Faustin-Archange Touadéra.


… contre Évariste Ngamana

En mars dernier, lors de sa réélection comme premier vice-président de la chambre basse, Ngamana avait déjà fait face à une fronde, en raison de son rapport d’activités portant sur l’année précédente. Toujours selon nos informations, de nombreux députés du MCU s’étaient abstenus de lui renouveler leur confiance, marquant ainsi – sans aller toutefois jusqu’à voter le rejet – leur opposition au personnage.

Le 16 mars, dans la foulée de cet incident, Évariste Ngamana avait pris la décision de suspendre dix députés du groupe parlementaire du MCU « jusqu’à nouvel ordre » : Max Sylvain Balenda, Ami Beyamissi Sana, Carmen Ducasse, Vivien Hervé Gaba, Aristide Goundissa, Algoni Ibrahim Alhissen, Dominique Kakara Guerengbo, Ernest Konguere, mais aussi Thierry Ndoyo et Serge Yologaza, ces deux derniers se retrouvant aujourd’hui parmi les « frondeurs » de Simplice Mathieu Sarandji.

« Ngamana traîne ces histoires de suspicion de faux et de détournements comme un boulet à l’Assemblée », confie un proche du gouvernement. Sa position est-elle pour autant menacée ? Le bureau de la chambre basse pourrait être renouvelé lors du premier trimestre 2023, comme chaque année. « Le président Touadéra considère Ngamana comme un relais indispensable à l’Assemblée et au sein du MCU. Il y a peu de chances qu’il choisisse de le sacrifier pour apaiser la grogne qu’attise Sarandji », analyse pourtant notre source.

 

Jeune Afrique du 18 octobre 2022

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