Centrafrique : « Explosion d’une chaudière à la société Palme d’Or à Lessé dans la Lobaye » : pourquoi ni le porte – parole du gouvernement ni le procureur général Ouakara n’ont pris la parole jusqu’à ce jour ?

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Le mercredi 20 mars 2024, l’une des chaudières de  l’usine de la société Palme d’Or, située à 120 Km de Bangui, dans la commune de Léssé dans la préfecture de la Lobaye, spécialisée dans la fabrication d’huile de palme, a explosé suite à des défaillances techniques. Le bilan est lourd : trois morts et une vingtaine de blessés.

Si la direction générale de l’entreprise a été contrainte par la réaction des internautes et des influenceurs de la diaspora à briser le silence et publier, 48 heures plus tard, un communiqué de presse lapidaire sur les circonstances dans lesquelles l’accident est intervenu, depuis lors, ni le porte – parole du gouvernement Maxime Balalou ni le procureur général Joseph Ouakara, connus pour leur zèle légendaire à montrer au créneau pour accuser les opposants de crimes et de flagrant délits d’atteinte à la sûreté intérieure, n’ont daigné prendre la parole. Plus grave, à ce jour, aucune enquête n’est ouverte officiellement, en dépit du caractère extrêmement violent, choquant et révoltant de l’explosion, du fait des conditions indignes et inhumaines dans lesquelles travaillent les ouvriers.

Mais aussi étonnant et révoltant que cela puisse paraître, les Centrafricaines et les Centrafricains ont été surpris de découvrir et voir circuler sur les réseaux sociaux un communiqué de presse dans lequel l’Imposteur de Bangui a  non seulement déclaré être amicalement endeuillé, mais surtout a présenté ses condoléances à un certain Vladimir Poutine au lendemain de l’attentat de Moscou, du vendredi 22 mars 2024. A quoi devrions – nous nous attendre ? A ce que le voleur des élections groupées du 27 décembre 2020, avec la complicité de la Minusca et de la communauté internationale, soit plus redevable à son mentor russe qui assure sa sécurité et garantit la pérennité de son pouvoir par l’entremise des mercenaires du Groupe Wagner qu’aux Centrafricains qui « l’auraient élu et lui auraient demandé pour ses belles réalisations d’adopter une nouvelle constitution ».

En réalité, l’accident qui s’est produit à Lessé, est plus que la résultante des défaillances purement techniques. Il est un crime organisé, comme nous l’avons soutenu dans l’un de nos articles précédents. En effet, dans toute communauté organisée, il y a de ces individus qui tentent toujours de l’ébranler, en contrevenant aux normes établies. Selon la gravité des faits, le simple délit se meut en véritable crime, provoquant de facto le désordre. En cela, l’expression « crime organisé » peut d’abord sembler antinomique, voire oxymorique. En fait, elle renvoie à l’idée que les crimes sont perpétrés par un groupe d’individus, lui-même régi par des règles qui lui sont propres, défiant tout à fait le système instauré par l’État de droit.

À cet égard, l’historien des mafias Isaia Sales a souligné que les organisations criminelles n’agissent pas en marge de nos sociétés mais qu’au contraire elles forment des structures de pouvoir qui se lient aux structures légales. Ces organisations cherchent d’ailleurs à concurrencer l’État qu’elles gangrènent en offrant des alternatives à ses défaillances et adoptant, pour y parvenir, la violence et la corruption. Selon l’Union Européenne, une organisation criminelle « est une association structurée de plus de deux personnes, stable dans le temps, agissant de concert en vue de commettre des infractions punies d’une peine privative de liberté […] d’au moins quatre ans ou d’une peine plus grave, infractions qui constituent une fin en soi ou un moyen d’obtenir un gain matériel et, le cas échéant, d’influencer indûment l’action d’autorités publiques ». D’après Wikipédia, le crime organisé est une structure humaine relativement stable de plusieurs personnes respectant les ordres d’un chef ou d’un comité de direction pour faire des profits par des méthodes illégales et dans tous les domaines.

C’est dans ce contexte que se situe le drame intervenu à Palme d’Or, le mercredi 22 mars 2024. Effectivement, l’explosion de la chaudière due à une panne technique et à l’absence du conducteur à son poste, et ayant entraîné d’importants dégâts matériels, des pertes en vies humaines et de nombreux blessés, n’est que la conséquence logique de la non – dotation de la société d’une chaudière de qualité, répondant aux normes techniques internationales et pouvant être soumise régulièrement à des contrôles de maintenance afin d’éviter tous risques de défectuosité. L’observation des différentes images de l’accident a révélé que la chaudière est loin d’être neuve, fonctionne à partir d’un générateur dont les fils électriques traînent par terre,  et comble d’hallucination,  se trouve installée dans un environnement dénué de toutes conditions élémentaires de sécurité. Quant aux ouvriers, non seulement ils ne portent pas de casques et de chaussures de sécurité, mais surtout ils ne sont pas protégés par des équipements vestimentaires appropriés.

Or, selon la législation internationale du travail en la matière, à laquelle l’Etat centrafricain a régulièrement souscrit,  travailler avec des chaudières industrielles peut en effet présenter des risques sérieux qui ont pour noms intoxication au monoxyde de carbone, incendie, explosion, brûlures et asphyxie. De ce fait, il était essentiel de suivre les protocoles de sécurité, de bien entretenir les chaudières et de former les travailleurs sur les risques associés, conformément à la réglementation en vigueur devant être impérativement respectée. Ce qui n’a malheureusement jamais fait l’objet des préoccupations prioritaires de la direction général de cette société. Pourquoi ? Tout simplement, parce que l’essentiel des fonds mobilisés pour la création de cette société ont été systématiquement détournés à des fins politiques à telle enseigne que la société Palme d’Or n’existe que de nom, que les prescriptions techniques relatives à sa création n’ont  pas été scrupuleusement respectées, et que la société est à l’arrivée une société à l’air libre.

Et pourtant, selon le Rapport d’expertise établi en 2013 par Jannot Claude, la société Palme d’Or a obtenu de l’État centrafricain une concession de 25 000 ha de savane arbustive dans la commune de Lessé, sous-préfecture de Mbaïki, préfecture de la Lobaye, à une centaine de kilomètres au Sud-est de Bangui pour y développer une plantation industrielle de 10 000 hectares de palmiers à huile et y implanter une ou plusieurs huileries de palme. La plus grande partie du terrain est un plateau d’altitude voisine de 450 mètres.

La région est peu peuplée (2,2 hab. /km² dans la commune de Lessé) et il y a peu d’activités humaines au sein de la concession. Les conditions de température et d’ensoleillement sont favorables à la culture du palmier à huile, ainsi que les sols qui sont majoritairement de nature ferralitique. La pluviométrie est de l’ordre de 1500 mm par an et la saison sèche dure 5 mois. Le déficit hydrique, voisin de 350 mm laisse espérer un rendement potentiel de 16 tonnes de régimes par hectare pour les meilleures sélections variétales de PalmÉlit.

Compte tenu du fait que les sols sont majoritairement de classe agronomique II, un rendement de 14 tonnes a été retenu pour la plantation industrielle. En plantations villageoises, celui-ci a été abaissé à 8 tonnes de régimes par hectare. Une première tranche de 2500 ha de plantation industrielle dans la partie Sud-est de la concession et de 60 ha de plantations villageoises sera réalisée d’ici à 2015. Les plantations villageoises continueront à se développer pour atteindre un total de 334 ha en 2020. Une huilerie de 15 t/h de capacité sera construite en 2016 et commencera à traiter la production des plantations en 2017. La production d’huile devrait approcher 5700 tonnes en 2020 et atteindre plus de 9000 tonnes/an à partir de 2023. Le projet emploiera à terme près de 500 ouvriers pour la plantation, 60 pour l’usine et une quinzaine de cadres et agents de maîtrise. Seront construits : un village pour la main d’oeuvre et une zone résidentielle pour les cadres, ainsi que des bâtiments sociaux dont un centre médical et une école de 6 classes.

Les investissements s’élèvent à près de 11 milliards de FCFA, dont 4,4 pour la plantation, 4 pour l’huilerie, 1,6 pour le matériel roulant et 600 millions pour les bâtiments. Le besoin de financement ressort à près de 9,8 milliards de FCFA d’ici à 2017. Le compte d’exploitation devient bénéficiaire en 2019 et dégage un bénéfice net de plus de 2 milliards de FCFA à compter de 2021. Le taux de rentabilité interne du projet ressort à 13,5%.

Pour mener à bien le programme de plantations villageoises et conduire un plan d’actions sociales, il est suggéré de créer une association sans but lucratif : la Fondation, à laquelle sera affecté 5% du bénéfice net de la société à titre de subvention. Le programme villageois débutant avant que la société ne dégage des bénéfices, il sera nécessaire que Palme d’Or avance à la Fondation un total de 92 millions de FCFA, de 2013 à 2019, que celle-ci sera en mesure de rembourser en 3 ans. Ensuite la Fondation disposera d’un montant annuel d’une cinquantaine de millions de FCFA à affecter à des actions sociales, en plus du programme de plantations villageoises, qui se poursuivra.

Affaire à suivre…..

Jean – Paul Naïba

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