CENTRAFRIQUE: ET SI L’ACCORD DE KHARTOUM DU 06 FEVRIER 2019 ÉTAIT SOUMIS Á RÉFÉRENDUM !

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Dans son discours du jeudi 16 mai dernier à l’hôtel Ledger Plazza à l’occasion de la cérémonie d’installation officielle des organes de suivi de l’Accord de paix et de réconciliation du 06 février 2019, le président Faustin Archange Touadéra déclarait que «…le peuple centrafricain attache un intérêt particulier à cet Accord…»(sic). Cette déclaration a fait sourire plus d’un Centrafricain.
Pour un leader syndical qui a requis l’anonymat, le président Touadéra a choisi de ne plus dire la vérité. Non seulement il ment beaucoup, mais il se permet désormais de mentir au nom du peuple centrafricain, ce qui est plus grave. «Quand est-ce qu’il a consulté le peuple centrafricain pour savoir ce que le peuple pense de cet Accord? En vérité, le peuple centrafricain n’est pas d’accord avec ce faux Accord de paix et de réconciliation du 06 février dernier. Du nord au sud et de l’est à l’ouest en passant par le centre, c’est plus de 90% de la population qui diront non à l’Accord si le peuple était consulté par référendum», déclare-t-il en se basant sur les rapports des organes de base des syndicats de l’arrière-pays qui parviennent à différentes centrales syndicales de Bangui.
C’est le même avis que partagent plusieurs députés pourtant de la majorité présidentielle fortement représentée à l’Assemblée nationale dont le MLPC, le RDC et le MCU, le propre parti politique fondé par le président Touadéra. Pour eux, certaines dispositions de l’Accord qui intéressent le plus le peuple centrafricain souffrent d’exécution en acte, les groupes armés refusant de les respecter. Il s’agit notamment de: la libre circulation des personnes et des biens; le non recours à la violence pour exprimer son point de vue ou une revendication; la facilitation du redéploiement des forces de l’ordre et de l’Administration publique partout sur le terrain; le respect de l’autorité de l’Etat incarnée par les préfets, les sous-préfets, les maires, conseillers municipaux et notables en provinces; la fin des taxes illégales; la levée des barrières; et la dissolution des groupes armés. «Aucune de ces dispositions de l’Accord n’est respectée par les groupes armés depuis 3 mois sur le terrain, ce qui compromet le retour des déplacés, des refugiés et des fonctionnaires affectés en province», affirme un député du MLPC.
Pour le parlementaire du parti de Touadéra, «la tâche ne nous sera pas facile aux prochaines élections à cause de fautes commises par notre président à savoir:
-la non implication de la société civile et des victimes dans la recherche des solutions à la crise;
-la nomination des criminels bourreaux et des populations dans les hautes fonctions d’Etat, en violation de l’article 28 de la Constitution;
-la non nomination de la société civile et des représentants des victimes au gouvernement et autres institutions de la République, en violation du principe d’inclusivité pourtant inscrit dans l’Accord du 06 février…Tout cela est très mal perçu par le peuple profond qui crie à la trahison voire à la haute trahison. Nous ne savons pas comment convaincre les électeurs face à ces erreurs le moment venu».
Pour le député du parti du président Kolingba, la base politique militante et électorale n’est plus avec le président Touadéra. «Le parti RDC est dans la majorité présidentielle que pour la forme, le cœur n’y est pas en réalité et nous n’allons pas continuer à prendre le risque de perdre la confiance de notre base et de nos électeurs à cause de quelqu’un qui n’écoute personne et qui ne fait qu’accumuler des fautes politiques graves», dit-il.
Cinq membres du Bureau politique et des secrétariats nationaux du parti MCU que nous avons rencontrés et qui ont préféré s’exprimer à titre personnel et sous le strict anonymat regrettent les derniers actes posés par le président Touadéra et son gouvernement « sans consultation du parti » MCU à savoir:
-l’arrestation du leader de la société civile Crescent Beninga et les menaces sur l’avocat Me Bruno Gbiegba et autres leaders de la plateforme de la société civile qui n’ont réclamé que de l’eau pour la population, demande pourtant légitime et à saluer par rapport à ceux qui prennent des armes pour faire des revendications;
-l’argent donné à un leader du MCU et un membre du gouvernement pour aller pactiser avec des seigneurs de guerre comme Abdoulaye Issène pour obtenir leur adhésion au MCU et la facilitation de l’implantation des organes de base du parti dans la région du nord-est. «Par cet acte, les mauvaises langues disent déjà que notre parti est allié aux groupes armés, ce qui crée déjà des mécontentements et nous laisse sans voix. Comment irons-nous justifier cet acte à la prochaine campagne électorale?», s’interroge-t-il?
On le voit, même dans le propre camp politique du président Touadéra, l’Accord de paix de Khartoum et tout ce qui en découle comme les nominations des représentants des groupes armés à des hautes fonctions d’Etat, l’alliance contre-nature avec les seigneurs de guerre comme Abdoulaye Hissène qui, faut-il le rappeler, est condamné par la justice et un évadé de prison, l’exclusion de la société civile, des victimes et des préfectures de la Sangha-Mbaéré, du Haut Mbomou, de la Haute-Kotto et de la Lobaye du gouvernement, sont très mal perçues par l’écrasante majorité des Centrafricains qui ne parlent plus du bien du président Touadéra et de son parti.
On sait par ailleurs comment la plupart des villes et localités du pays avaient refusé de participer aux manifestations du 30 mars dernier à l’occasion du 3e anniversaire de l’accession de Touadéra à la magistrature suprême de l’Etat.
Aussi, si le peuple était consulté par référendum pour se prononcer sur l’Accord de paix et de réconciliation du 06 février 2019, le résultat pourrait être le suivant:
OUI = 5%
NON = 92%
ABSTENTION = 3%.
Contrairement donc à la déclaration du président Touadéra, le peuple centrafricain n’accorde aucun intérêt à l’Accord du 06 février 2019 parce qu’il ne se reconnaît pas dedans.
Damoclès Diriwo
Source: MEDIAS+

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