Centrafrique : entre la fille et la patrie, le choix est clair, n’est – ce pas ? 

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La présidente de la transition Cathérine Samba – Panza entretient des solides et excellentes relations avec celui à qui elle a gracieusement offert le pouvoir, le 30 mars 2016, un certain Faustin Archange Touadéra. La preuve nous a été donnée, il y a quelques jours, lorsqu’elle a pris son téléphone pour avoir au bout du fil ce dernier, en réponse à la sollicitude de sa fille Christelle Sappot, « ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la RCA » près la Guinée – Equatoriale avec résidence à Malabo. Menacée très sérieusement par le vice – président Théodorin Obiang d’être mise dans un vol spécial à destination de Bangui, en représailles à la décision prise par le coordonnateur du Groupe des Requins Blaise Didatien Kossimatchi d’organiser une gigantesque manifestation devant l’ambassade de la Guinée – Equatoriale dans la capitale centrafricaine.

En tant que mère – poule, celle qui a créé ce poste diplomatique et y a nommé, à quelques jours de son départ de la présidence, par un décret très discret, sa fille surnommée « la banquière à maman » par certaines mauvaises langues, a alors demandé à son « digne » successeur de se rendre en toute urgence à Malabo aux fins d’échanger avec son homologue équato – guinéen et implorer son pardon. Aussitôt dit, aussitôt fait. Apeuré, l’Imposteur de Bangui, alors qu’il n’était pas du tout attendu, a débarqué à Malabo, le jeudi 8 décembre 2022, pour être reçu par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, en marge de la cérémonie de sa prestation de serment pour un nouveau septennat.

De quoi s’agit – il exactement ?

Par un communiqué de presse en date du 18 novembre 2022, le coordonnateur du Groupe des Requins Blaise Didatien Kossimatchi a annoncé l’organisation d’une gigantesque manifestation, le dimanche 20 novembre 2022 à 13 heures, devant l’ambassade de la Guinée – Equatoriale à Bangui pour protester contre le plan de son assassinat dûment planifié par la famille du président Obiang Nguéma. Informé de ce qui passe pour une campagne de désinformation et de manipulation de l’opinion dont le régime de Bangui avec le concours des mercenaires du Groupe Wagner s’est rendu maître depuis 2018, non seulement le vice – président de la Guinée – Equatoriale Théodorin Obiang a immédiatement convoquée l’ambassadrice Christelle pour la tancer vertement, mais surtout lui a annoncé, comme mesure de rétorsion, la rupture de coopération diplomatique entre les deux états, suivie de l’expulsion instantanée et « manu militari » de l’ambassadeur de la RCA, s’il advenait que cette manifestation se tînt comme initialement prévu.

Après avoir vainement tenté de rassurer son hôte, en lui faisant savoir qu’elle ignorait tout de cette manifestation, du mouvement qui projetait de l’organiser et de l’identité exacte des organisateurs, c’est avec la gorge serrée et des larmes aux yeux qu’elle s’est résolue à joindre sa maman pour lui faire un compte – rendu fidèle de vives remontrances formulées à son égard par le vice – président de la Guinée – Equatoriale, et les sérieuses menaces d’expulsion qu’elle encourait. Le plus promptement mais le plus calmement, Mme Cathérine Samba – Panza va rentrer en contact avec le président guinéen, puis composer le numéro de l’Imposteur de Bangui, s’entretenir longuement avec ce dernier et lui donner des consignes fermes : d’abord, celle de se rendre à Malabo, ensuite celle d’implorer de vives voix le pardon de son homologue guinéen. C’est donc à la demande de la présidente de la transition et sur ses instructions que Touadéra a fait le déplacement de la capitale équato – guinéenne. Pour sauver le fauteuil de la fille de sa bienfaitrice et tenter d’éteindre le feu qui risquait de s’enflammer entre les deux pays du fait des élucubrations épidermiques de son pitbull Blaise Didatien Kossimatchi.

En résumé, depuis son départ de la présidence de la République, Mme Cathérine Samba – Panza continue de communiquer, échanger et murmurer avec l’Imposteur de Bangui. Loin des grandes caméras et en toute confidentialité, elle conseille, guide et oriente, dans ses prises de décisions et sa gouvernance, celui qui avait obtenu moins de 5% aux élections groupées de 2015, mais sur qui, elle et l’ambassadeur plénipotentiaire de la France près la RCA Charles Malinas avaient fort étonnement porté leur choix, participant de cette manière, par conséquent, à la manipulation des résultats de ces scrutins. Le tenant, du coup, solidement par les couilles, ce dernier ne peut rien lui refuser ; son déplacement à Malabo est la plus parfaite illustration du pouvoir de soumission qu’elle est capable d’exercer sur lui. Seulement, comme nous pouvons tout aisément le constater, selon les clauses du pacte qui les lie, elle ne peut faire usage de ce pouvoir que pour ses propres intérêts et/ou ceux des membres de sa famille. Il n’est nullement question qu’elle puisse s’en jouir pour défendre l’intérêt général ou intervenir sur des thématiques qui touchent à la République et/ou à sa gouvernance.

C’est pour cela qu’elle est restée et demeurée fort silencieuse toute la durée de son premier mandat jusqu’à ce jour. S’il nous est rapporté qu’elle avait eu un grand coup de gueule, après avoir été minutieusement fouillée à l’aéroport par des douaniers, ni les catastrophiques élections du 27 décembre 2020, ni le recours aux mercenaires du Groupe Wagner et rwandais, ni les graves exactions, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité dont ils se sont rendus coupables contre des populations civiles, ni son refus catégorique de dialoguer avec toutes les forces vives de la nation, ni la chasse aux opposants, ni la politique de désinformation et de manipulation de l’opinion contre la France, ses intérêts et la communauté internationale, ni l’insécurité généralisée, ni la crise de carburants, ni ses velléités à la modification de la constitution, ni le limogeage de la présidente de la cour constitutionnelle Mme Danièle Darlan pour s’octroyer une présidence « ad aeternam vitam » n’ont réussi à ébranler le pacte de confidentialité qui existe entre elle et le Petit Néron de Bangui.

En bref, parce que Christelle Sappot a été nommée à ce poste par sa Mère qui l’a créé à dessein peu avant son départ de la présidence, cette affaire aura mis en relief la problématique de l’immixtion de la famille présidentielle dans les affaires de l’Etat. Cette anomalie peut engendrer des situations fâcheuses aux conséquences incommensurables. Ulcérés par ce phénomène, des Centrafricains se sont érigés contre cette pratique qui avait caractérisé la gestion de la transition et fait aller à vau  – l’eau tous les efforts en vue d’encadrer et de guider les pas de notre démocratie si fragile, si vulnérable et si titubante.

C’est pourquoi, quand tout sera redevenu normal dans ce pays, après le départ de Touadéra, il urge que l’éthique politique et la décence prennent le dessus sur la loi en ce qui concerne l’immixtion de la famille présidentielle dans l’arène politique; cela d’autant plus que la tentation est toujours grande pour le premier magistrat du pays d’octroyer aux membres de sa famille des pouvoirs qui outrepassent les limites de ses pouvoirs constitutionnels. Cette mise à l’écart de la famille présidentielle dans la prise en charge des affaires de l’État aura au moins l’avantage d’évacuer toute opacité dans la gestion du pouvoir et de réaffirmer la volonté du président de mettre en avant la patrie en lieu et place de sa famille ou de son parti; cela en attendant que notre démocratie atteigne son apogée. Mais toujours est – il que, entre la fille et la patrie, le choix est clair, n’est – ce pas ?

Jean – Paul Naïba

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