Centrafrique : enfin à quoi sert le séminaire gouvernemental ?

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« Le Séminaire gouvernemental consacré à l’évaluation de la mise en œuvre des recommandations du Séminaire gouvernemental, tenu à Bangui, du 10 août au 6 septembre 2022, tire à sa fin. Au cours du dernier Séminaire, vous avez identifié les problèmes qui se posent à nous à travers les 643 recommandations. Plus de six mois après, il était temps de faire le point, d’évaluer les efforts entrepris, de corriger les erreurs ou insuffisances et de renforcer les activités intersectorielles pour permettre au Gouvernement de continuer à satisfaire aux besoins les plus pressants de nos populations. Il me plaît de constater que durant dix (10) jours d’échanges riches, de partage et de concertations, vous êtes arrivés à des conclusions et recommandations de haute estime. Les résultats de vos travaux prouvent à suffisance que vous avez compris la nécessité de prendre en main nos préoccupations afin de rassurer nos concitoyens et nos partenaires de notre volonté, de créer les meilleures conditions pour assurer un développement harmonieux de notre pays. Je voudrais donc remercier le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, pour cette heureuse initiative et vous remercier, Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement, pour les résultats obtenus ».

C’est par ce discours, tenu le 21 mars 2023, devant les différents corps constitués de l’Etat, des diplomates et représentants des organisations internationales et un parterre de divers invités distingués que l’Imposteur de Bangui a déclaré clos les travaux du séminaire gouvernemental sur l’évaluation périodique et l’actualisation des lettres de mission assignées à chaque ministre entre autres. Depuis près d’un mois, les ministres centrafricains se sont réunis en session gouvernementale pour renforcer les capacités du gouvernement, promouvoir une interaction ministérielle et encourager une plus grande mobilisation des ressources nationales. Selon l’intervenant, ce séminaire s’inscrivait dans la mutation profonde de leur société et surtout de sa vision pour une nouvelle République centrafricaine plus réconciliée avec elle-même, un pays plus prospère où l’avenir de chaque citoyen est garanti. « La mise en œuvre correcte des recommandations du séminaire est la condition fondamentale pour rester au gouvernement », a indiqué M. Touadéra, en prévenant que les ministres qui ne mettaient pas en œuvre les recommandations seraient licenciés selon les nouvelles lettres de mission. Ce séminaire gouvernemental, qui a débuté le 10 août, intervient alors que la République centrafricaine est confrontée à des difficultés financières et que certains partenaires internationaux ont suspendu leur appui budgétaire. A travers ce séminaire, les autorités espèrent augmenter leur niveau de mobilisation des ressources intérieures.

Loin de nous opposer frontalement à l’organisation de ce deuxième ou troisième séminaire dont le but n’est rien d’autre que l’évaluation des membres du gouvernement, nous ne pouvons pas, cependant, ne pas nous souscrire à l’obligation de nous interroger tout légitimement sur l’utilité et le bien – fondé d’une telle entreprise. Dans un contexte singulièrement marqué par de fortes tensions de trésorerie, où les salaires sont difficilement payés, où des mouvements sociaux et de grèves perlées ne cessent de défrayer les chroniques, où le coût de la vie devient de plus en plus intenable et où des voix commencent à s’élever au sein des associations pour accuser le gouvernement d’avoir systématiquement détourné les fonds alloués par la communauté internationale pour la prise en charge des effets néfastes de la pandémie du Covid – 19 et pour dénoncer la culture rampante de la mal – gouvernance, une telle rencontre qui nécessite l’allocation d’une couverture financière aux différents participants pendant une période d’un mois, est vraisemblablement inopportune et trop dispendieuse et ne peut que logiquement susciter à juste titre des interrogations dans l’opinion.

En outre, l’évaluation est une démarche qui vise à donner de la valeur, prendre du recul, émettre un constat sur une situation, et prendre des décisions, au regard des objectifs de départ et des finalités de l’action. Evaluer c’est mesurer le chemin parcouru pour progresser, réajuster, mettre en cohérence. Toute évaluation est donc un processus : l’évaluateur, l’évalué et tout au bout un ensemble de recommandations. Malheureusement, dans notre cas, si l’évalué est connu et s’appelle gouvernement et ministres, l’évaluateur n’est pas du tout connu. Cette absence d’évaluateur, neutre, indépendante et doté d’une certaine expertise en la matière, ne peut que corrompre toute la procédure, et contribuer à soutenir la thèse des détracteurs du régime selon laquelle ce séminaire gouvernemental relève purement et simplement de la diversion et constitue une manière pour Touadéra et ses ministrons d’extraire en bonne et due forme de l’argent de la caisse du trésor public.

Cela est d’autant vrai qu’à défaut d’être un simple pique – nique entre familles riches et grands propriétaires terriens ou un moment de détente entre copains et copines, maîtres et maîtresses et gangsters et gangs, l’évaluation constitue bien au contraire un formidable outil de performance de nos administrations ; ce qui signifie qu’après avoir expérimenté des réformes avec des résultats très mitigés, et dans un contexte où les populations sont de plus en plus exigeantes sur la qualité des services publics qui leur sont fournies, est venu le moment où le gouvernement doit inévitablement procéder à une réforme profonde de l’État et à une transformation de l’action publique, seul gage de la préservation de l’intérêt général et du bien-être des populations pour l’atteinte de l’émergence économique, sociale et politique de notre pays.

Cette prise de conscience qui passe indubitablement par une reconnaissance de ses péchés et un ferme engagement à ne plus les commettre, vise à analyser sans complaisance les programmes de politique générale présentés et adoptés par l’assemblée nationale, les politiques nationales mises en œuvre et les différents crédits alloués aux départements ministériels et inscrits dans les lois de finances successives pour leurs réalisations de manière effective, titre par titre, chapitre par chapitre et ligne par ligne, à travers les engagements mensuels, trimestriels et semestriels des dépenses de fonctionnement et d’investissements. Au cas où les résultats de cet examen ne seraient pas conformes aux TDR de l’évaluation, alors des sanctions devraient s’en suivre avec le limogeage des ministres concernés, sans préjudice des poursuites judiciaires à engager à leur encontre. C’est l’objectif à atteindre par toute évaluation dans toute société qui se dit et se veut démocratique, soucieuse de l’intérêt général et  respectueuse des clauses du contrat qui lie le citoyen à ses dirigeants astreints au noble principe de la reddition des comptes.

Malencontreusement, de la manière dont ce séminaire gouvernemental a été tenu, il ne faudrait pas s’attendre au respect scrupuleux de la procédure sus – définie et à une prise de décisions visant à l’amélioration des conditions de vie de la population. Cela est d’autant plus inquiétant et  grave que le peuple et ses représentants que sont les élus de la nation qui restent et demeurent les meilleurs évaluateurs, n’ont pas été associés aux différents travaux de ce fameux séminaire gouvernemental. Bénéficiaires des services sociaux de base, seul leur avis peut être considéré comme un critère de satisfaction ou de non – satisfaction des politiques nationales développées dans les domaines de la santé, de l’éducation, des routes, de logement, de transports, de l’électricité et de l’eau potable. Seulement, le peuple est muselé et n’a pas le droit de manifester pour dénoncer la qualité médiocre des services sociaux offerts par ce régime de prédateurs depuis le 30 mars 2016 à ce jour et la mal – gouvernance avérée qui caractérise la gestion des affaires de la cité par Touadéra et ses ouailles. Il en est de même pour ses représentants qui siègent à l’assemblée nationale, certes, mais qui ne peuvent faire usage de leurs pouvoirs de motion de défiance et/ou de motion de censure, du fait de ce que la majorité parlementaire est constituée de députés acquis à la cause du pouvoir.

Fort de tout ce qui précède, à quoi a servi le deuxième ou troisième séminaire gouvernemental ? A rien du tout, en ce qui concerne les conditions de vie de la population. Cette absence du peuple, comme partie prenante à cette rencontre, constitue un grand danger dans la gestion de l’administration. Elle viole en plus deux règles constitutionnelles majeures qui fondent notre nation, à savoir l’égalité des citoyens devant le service public et la défense de l’intérêt général. Cette allégeance marquée des autorités publiques aux politiques a engendré des perturbations dans la conduite des affaires de l’administration et a fini de convaincre de la partialité et du manque de neutralité de cette dernière aux yeux d’une bonne frange de l’opinion aussi bien nationale qu’internationale. Cette situation d’allégeance a naturellement des conséquences extrêmement néfastes dans la vie de la nation, parmi lesquelles, nous pouvons citer particulièrement : une divulgation systématique d’informations à caractère confidentiel et/ou secret sur la voie publique. Le constat est, qu’en réalité, politique et administration cohabitent très mal dans ce pays, surtout depuis 2016. D’ailleurs, la situation est devenue, aujourd’hui, extrêmement grave et même dangereuse pour l’Etat qui voit son mythe s’effondrer.

En effet, l’administration qui représente le bras armé de l’Etat, se politise de plus en plus et la fragiliser revient à fragiliser l’Etat. Edouard Yamalet, contrôleur général des finances et expert en passation des MP fait le constat que « certains secteurs de l’administration, particulièrement des régies financières, restés pendant longtemps en dehors de cette mouvance, ont fini, au fil de ces sept dernières années, à s’ériger en services de l’ administration les plus politisés de notre Etat aujourd’hui. La raison fondamentale est, malheureusement pour ces administrations, d’avoir à leur tête, à un moment crucial de leur histoire, des dirigeants opportunistes, sans aucun sens républicain ou esprit patriotique. Ces hauts fonctionnaires ont choisi de mettre en péril l’image de l’administration et, au-delà, l’image de l’Etat et de la République pour mener des combats personnels, bassement politiciens et matériels, qui sont en train de conduire notre pays vers des dérives extrêmement dangereuses et graves, vers le chaos. Tous ces mauvais comportements de fonctionnaires nous ramènent à des questions d’éthique, de déontologie et de professionnalisme dans le secteur public mais aussi à un manque de culture administrative de leur part. Il ne s’agit pas d’être agent de l’Etat pour connaitre l’administration ou pour avoir la culture de l’administration. Il ne s’agit pas non plus, malheureusement, de sortir d’une école de formation de fonctionnaires, civils ou militaires, pour avoir une conscience administrative ou maitriser les règles de fonctionnement de l’Administration. C’est juste une condition nécessaire, peut-être, mais pas suffisante pour être un bon Agent de l’Etat ».

La rédaction

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