Centrafrique : Embargo sur les armes : tension maximale au conseil de sécurité de l’ONU

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Embargo sur les armes : tension maximale au conseil de sécurité de l’ONU

Le conseil de sécurité des Nations unies doit renouveler l’embargo sur les armes à destination de la RCA fin juillet. Mais la diplomatie russe, opposée farouchement à ce renouvellement défendu par la France, le Royaume-uni et les Etats-Unis, menace pour la première fois d’user de son droit de veto.
Prévue le 29 juillet, la session du conseil de sécurité des Nations unies sur le renouvellement de l’embargo sur les armes en République centrafricaine s’annonce d’ores et déjà houleuse. Si les deux sessions précédentes de janvier et juillet 2020 avaient abouti à un compromis cordial entre les partisans de la levée et ceux du maintien, – notamment via l’introduction d’exceptions sur les lance-roquettes et les mitrailleuses lourdes de 14,5 mm -, la dégradation continue de la situation sécuritaire et humanitaire depuis décembre, ainsi que la collaboration active des paramilitaires russes de Wagner avec l’armée centrafricaine ont largement rebattu les cartes.

En préparation de la réunion du 29 juillet, les tractations entre pays membres du conseil de sécurité ont commencé depuis la mi-juin. Les Etats du « P3 » – France, Royaume-Uni et Etats-Unis -, se sont ainsi révélés partisans d’une ligne dure et exigent un maintien strict des mesures de contrôle. Une position fermement combattue par l’ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia qui a multiplié ces derniers jours les discrètes consultations informelles avec plusieurs capitales africaines.

Bras de fer diplomatique
La diplomatie russe a fait de la levée de l’embargo sur les armes la pierre angulaire de son soutien international au président centrafricain, Faustin Archange Touadéra (FAT). Dans ce contexte électrique, la Russie menace désormais d’user de son droit de veto, laissant planer le spectre d’un blocage de la résolution. Un Rubicon que Moscou s’est toujours refusé à franchir depuis 2018, malgré son soutien actif à Bangui.

Pour tenter de conforter leur position, Paris, Londres et Washington sont parvenus à rallier à leur cause le vote du « A3 » – qui désigne les trois pays africains membres du conseil de sécurité à savoir : le Kenya, le Niger et la Tunisie, et ce, malgré l’appel le 28 juin dernier du président angolais Joao Lourenço à lever l’embargo. Sans soutien du A3, les espoirs de Bangui ont en effet très peu de chances d’aboutir.

Violations massives de l’embargo
Le dernier rapport des experts de l’ONU, sorti le 29 juin, devrait être cœur des échanges de la session du 29 juillet. Dans ce dernier, le comité d’experts dénonce des livraisons de matériel effectuées à « un rythme jamais vu depuis l’imposition de l’embargo sur les armes en 2013 », et documente longuement les violations de l’embargo via le Soudan, le Congo, la RDC ou encore les Emirats arabes unis.

Le rapport déplore, entre autres, la livraison de lance-roquettes multiples de calibre 107 mm, de 1 000 canons antichar sans recul SPG-9 de calibre 73 mm, de mitrailleuses lourdes de calibre 14,5 mm, ainsi que des obus de mortier de calibre 120 mm, deux petits avions Antonov An-28, le tout sans que l’Etat centrafricain n’ait déposé de notification préalable ou de demande d’exemption auprès de l’ONU.

Wagner pointé du doigt
Sans le nommer, c’est le rôle du groupe paramilitaire russe Wagner, à l’origine du vaste pont aérien mis en place dès décembre, qui est pointé du doigt en filigrane pour l’ensemble de ces livraisons (AI du 24/12/20). Autre grief qui sera exploité, et qui est cette fois-ci explicitement dénoncé dans le rapport : les « violations du droit international humanitaire » commises par les instructeurs russes et l’armée centrafricaine

Le cas de la République centrafricaine a déjà été, le 23 juin dernier, au centre d’escarmouches au sein du Conseil de sécurité. Américains et Français avaient tenté de pousser la diplomatie russe à éclairer le lien entre les instructeurs et le groupe Wagner, sans que cette dernière ne cède.

La Lettre du Continent

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