Centrafrique : « Elections locales 2023 » : quand des journalistes se laissent manipuler par la Minusca et le HCC

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« Partenaire des médias centrafricains, la Minusca s’est associée au Haut Conseil de la Communication pour soutenir l’organisation de cette rencontre à Bangui, destinée à préparer les journalistes et les organes de presse à la couverture des élections locales prévues en 2023 », selon un tweet publié le 17 novembre sur la page de la Minusca.Ce partenariat Minusca, HCC et les Médias est justifié par maints engagements exprimés par le secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres et contenus dans nombre de résolutions sur la République centrafricaine.

En effet, lors de la séance du conseil de sécurité en date du 14 novembre 2022, il a été rappelé et les Etats – membres, une fois de plus, en ont fait une tâche prioritaire pour la Minusca. « Aider les autorités centrafricaines à assurer le suivi du Dialogue républicain de manière pleinement inclusive et à préparer et organiser des élections locales pacifiques en 2023, comme énoncé dans le préambule et au paragraphe 9 de la présente résolution, en leur offrant ses bons offices, y compris en favorisant le dialogue entre tous les acteurs politiques, de façon inclusive, afin d’apaiser les tensions durant la période électorale, ainsi qu’en leur fournissant un appui en matière de sécurité et un soutien opérationnel, logistique et, le cas échéant, technique, en particulier de manière à faciliter l’accès aux zones reculées, et en coordonnant l’assistance électorale internationale avec le Programme des Nations Unies pour le développement », peut – on lire dans le rapport des travaux.

Conformément à cette recommandation, « le 7 septembre, l’Autorité nationale des élections a achevé la cartographie électorale pour les élections locales grâce au soutien du Gouvernement, de la MINUSCA et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Au terme du découpage, on recensait 3 859 bureaux d’inscription et de vote en fonction de la répartition de la population, soit 300 de plus que lors des scrutins précédents, ce qui a permis de renforcer l’inclusivité des élections locales. Le 21 septembre, le Premier Ministre a présidé une réunion du comité stratégique pour les élections, au cours de laquelle le Gouvernement a confirmé qu’il s’engageait à organiser des élections locales en 2023, indépendamment d’un éventuel référendum constitutionnel. Pour soutenir la participation pleine, égale et véritable des femmes aux élections, les organisations de femmes centrafricaines ont mené depuis octobre 2021 des campagnes de sensibilisation avec le soutien de la MINUSCA et de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU[1]Femmes). Au total, 6 574 membres de la classe politique et dirigeants communautaires (dont 3 796 femmes) y ont participé. Plus de 400 femmes sont candidates potentielles aux élections locales. Au 1er octobre, la MINUSCA avait organisé 1 180 séances de sensibilisation et d’éducation civique à l’appui des efforts de l’Autorité nationale des élections pour promouvoir la participation aux élections locales, auxquelles ont participé 112 107 personnes (54 288 femmes). Au 1er octobre, sur le budget total de 14,8 millions de dollars alloué à la conduite des élections locales, quelque 4,8 millions de dollars devaient encore être déboursés du panier de fonds géré par le PNUD pour les opérations électorales. Quelque 10 millions de dollars doivent encore être mobilisés ».

Mais comme nous l’avons décrié et soutenu de manière incontestable dans plusieurs articles publiés par Letsunami.net, cette décision de l’Onu devant être appliquée ad litteram par la Minusca, loin d’aider effectivement au renforcement des acquis démocratiques en République centrafricaine, n’est en réalité qu’une manœuvre de la communauté internationale pour occulter ses responsabilités directes dans l’organisation des catastrophiques élections groupées du 27 décembre 2020, et parachever l’institutionnalisation de l’imposture à la tête de ce pays par la concentration de tous les pouvoirs et de toutes les institutions entre les mains d’un seul homme, un certain Faustin Archange Touadéra.

De fait, et nous ne cesserons jamais de le marteler, au grand dam des ennemis de la République et de notre jeune démocratie chèrement acquise dans les années 90, déclaré élu par l’ANE par seulement 17% du corps électoral à l’issue desdits scrutins singulièrement marqués par des actes de graves irrégularités dont l’incontestabilité a fini par leur dénier tout critère de démocratie, de transparence, d’inclusivité, de liberté, de sincérité, de crédibilité et d’intégrité électorale, et desquels plus de 300.000 Centrafricains ont été délibérément exclus, l’homme a été cautionné et soutenu, tout au long du processus électoral, moralement, matériellement, financièrement et militairement par l’Onu, le G5, l’Ua, la Ceeac, la Cirgl et la Cemac, en foulant allègrement aux pieds les valeurs de démocratie, de justice, des droits de l’homme, de bonne gouvernance et de l’Etat de droit qui déterminent et fondent leur coopération avec notre pays.

Son refus catégorique de s’asseoir autour d’une table avec tous les acteurs politiques et tout l’ensemble du corps social, les groupes armés y compris, le noyautage systématique et systémique de toutes les structures intervenant dans l’organisation du processus par ses hommes de main et la totale caution à lui garantie par tous les partenaires techniques financiers ont fini par servir de solides raisons aux combattants de la CPC de recourir aux armes comme seuls moyens valables de dialogue et de contestations. A l’arrivée, un régime véritablement illégitime honni et vomi par tous, tant sur le plan national qu’international avec un isolement diplomatique du pays et la suspension de tous les appuis budgétaires par les principaux bailleurs de fonds. Une illégitimité qui s’est accentuée ces derniers temps par une vacance du pouvoir, du fait du limogeage de la présidente de la cour constitutionnelle Pr Danièle Darlan, le lundi 24 octobre 2022, de ses fonctions, en flagrante violation de la constitution. Alors in hoc casu, comment peut – on parler d’organisation d’élections locales en janvier 2023, sans courir le risque d’ajouter de nouvelles  tensions à la crise militaro – politique encore pendante et baignante ?

Fort étrangement, c’est ce que veut faire la Minusca vaille que vaille avec le soutien du Haut Conseil de la Communication et de certains médias locaux, à travers des campagnes de sensibilisation et une communication tapageuse de propagande, dignes des républiques socialistes soviétiques de l’ex – URSS. C’est à cet effet que s’est justement tenue la rencontre entre ces trois entités, le 17 novembre 2022. Mais si du fait de son statut d’institution nationale et en considération de ce que ses dirigeants sont nommés par l’Imposteur de Bangui et lui doivent par conséquent fidélité, obéissance et allégeance de peur d’être relevés de leurs fonctions, l’implication du HCC dans ce partenariat ne saurait souffrir d’aucune contestation, il est révoltant que des journalistes qui, appartenant à des structures privées, jouent un rôle éminemment important dans une société démocratique dont ils ne sont pas simplement un maillon, mais plutôt un levier de toute première importance, puissent accepter de se prêter à ce jeu. Le rôle des médias étant, dans une société libre, de participer à la consolidation de la démocratie, leur participation à cette rencontre est plus qu’anti – démocratique, constitue un solide frein à leur intégrité et leur liberté, et incontestablement fait d’eux des ennemis de la démocratie. Car, ce n’est de secret pour personne que le régime de Bangui veut non seulement réitérer ce qui a été fait, lors des élections groupées du 27 décembre 2020, mais surtout se servir de la Minusca et du HCC pour parachever son œuvre de mise sous coupée réglée de toute la République, en marchant fièrement sur les nobles principes du Code d’Intégrité Electorale.

En effet, qui peut absoudre l’ANE et la CC de la chienlit annoncée ? Un gigantesque complot contre la démocratie, la légitimité et la citoyenneté se prépare sous nos yeux : des simulacres d’élections municipales. Sous nos yeux, les grands corps de l’administration, pourtant chargés de pacifier nos velléités de violence en huilant, régulant, les mécanismes de nos choix de désignation de dirigeants sont au cœur d’actes de déstabilisation des fondements de notre vouloir de vie en commun. Par quelque bout que l’on prenne les choses, une chose reste constante : ces deux structures ont failli à leurs tâches et missions et préparent pour le pays des lendemains qui risquent d’être des requiem de la paix civile. Et cela, tout le monde le sait, l’a vu, le regarde venir sauf les tenants du pouvoir et leurs armées de mercenaires toutes catégories.

Devant cette situation et afin d’éviter de servir de serpillères à l’imposture qui est au pouvoir actuellement, les médias locaux plus précisément ceux qui sont indépendants et impartiaux et qui sont désignés comme une médiacratie voire comme un quatrième pouvoir appelé à contrebalancer ceux de l’exécutif, du législatif et du judiciaire, doivent se désolidariser dans les meilleurs délais de l’alliance pernicieuse Minusca et HCC. C’est ce qui fait d’ailleurs l’importance des médias dans toute société démocratique. Parce que seuls ces médias indépendants peuvent apporter aux citoyens un éclairage irremplaçable sur l’actualité politique, mais aussi économique, sociétale, scientifique, sportive et autre. Aussi les rapports avec les acteurs politiques de tous bords doivent-ils être bâtis sur le socle de l’indépendance et de l’impartialité, même si, en République centrafricaine, nous faisons le constat d’un climat incandescent et d’une attitude de défiance au plus haut niveau de l’Etat à l’égard de ces médias et de la manière de travailler des journalistes.

Il n’empêche que ces derniers dans leur rôle de diffuseurs d’informations doivent refuser toute connivence avec les portefeuilles lourds et d’être sous leur coupe en vendant ou en tarifant l’information. Parallèlement, ils ne doivent pas servir de punching-ball à une opposition qui a souvent du mal à en découdre avec le pouvoir. C’est la seule condition de leur équidistance garante de leur indépendance entre les acteurs politiques de toutes les coteries.

Jean – Paul Naïba

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