Centrafrique : Diplomatie de mendicité

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Diplomatie de mendicité

Depuis 72 heures, voire moins, une note signée de l’ancien Premier ministre et ambassadeur de la République centrafricaine auprès de l’Afrique du Sud, adressée à la ministre des Affaires étrangères, circule sur les réseaux sociaux. Il y explique les raisons, selon lui, qui ont poussé Pretoria a coupé les vivres à son ambassade. On y a découvert, entre autres absurdités que depuis 8 ans, c’est la seule Afrique du Sud qui porte cette représentation diplomatique à bout de bras, offrant gîtes et couverts aux diplomates centrafricains, y compris le personnel local. Ce qui n’a pas empêché Bangui de retirer à Dig Oil, une entreprise sud-africaine, le permis d’exploration pétrolière qu’elle détenait pour l’attribuer à ses amis russes.

J’ai beaucoup hésité à réagir, tant j’ai eu honte en tant que centrafricain que mon pays soit ainsi réduit à tendre la main de mendiant pour faire face à une question aussi régalienne; surtout que les autorités nous chantent à longueur de journée que nous sommes souverains. Pays souverain vous avez dit ? Sans doute, faut-il y ajouter l’adjectif « pacotille ».

Cependant, je réagis parce qu’on me dit que je partage la même ère ethno-géographique de l’Orient centrafricain avec André Nzapayeke, puisque c’est de lui qu’il s’agit. Là-bas, chez nous, à Bangassou, au bord de la ravière KAkaoun, l’honneur et la fierté ne sont pas que de simples vertus cardinales, mais ils sont érigés en rang d’impératif. Du moins c’est ce que je pensais; à tout le moins, j’ai grandi avec l’idée que chez nous, à l’Est, personne ne peut et ne doit nous manquer de respect; qu’on peut être pauvres mais dignes. Il s’en suit que l’ancien Premier ministre, plutôt que de se larmoyer sur son sort devait tirer les conséquences qui s’imposent et rendre son tablier.

Il paraît évident que le régime de Touadera n’a jamais voulu de lui à la tête de cette ambassade et par conséquent, aucun effort n’a été fait pour mettre des crédits de fonctionnement à sa disposition. Trouve-t-il normal qu’en presque une décennie, c’est l’Afrique du Sud qui s’occupe de lui comme d’un nécessiteux et que c’est grâce à ce pays frère qu’il a encore un toit au dessus de sa tête, alors qu’il est censé représenter un chef d’Etat? Et puis, dans sa note, il a semblé regretté la démission du président Jacob Zuma; en tout cas, il aurait préféré que celui-ci ne démissionna guère pour continuer de s’occuper de son ambassade. Quelle aberration? Alors que dans le même temps, cette coopération s’est faite à sens unique.

Sur un territoire de 623 mille kilomètres carrés, pendant que les tenants du pouvoir s’octroient des terres à tout-va, Touadera et les siens sont incapables d’attribuer un terrain à l’Afrique du Sud pour la construction de son ambassade à Bangui. Absurdité des absurdités, en face de la chancellerie du pays de Mandela à Bangui, il existait l’emprise militaire du camp Fidèle Obrou que Touadera et les siens se sont distribuées. Il leur coûtait quoi d’attribuer un ou deux lots à l’Afrique du Sud? Il y a des signes qui ne trompent pas: Touadera ne veut pas de Nzapayeke à Pretoria, seulement il n’est pas assez courageux pour le virer et nommer l’un de ses proches à sa place. Voilà la vérité.

Pourtant, les rares fois que j’ai eu l’occasion d’échanger avec l’ancien Premier ministre, j’ai eu l’impression d’être en face d’un homme intelligent, mais je suis obligé de faire observer que je découvre, sidérer, que pour conserver son bifteck ( et encore quel fromage), il est prêt à avaler des couleuvres. Sinon, il aurait su que la priorité de Touadera est ailleurs. En sa qualité d’ambassadeur, il sait mieux que quiconque que l’Afrique du Sud dispose d’une expertise en matière de sécurité et qu’elle a investi, par exemple, en 2019, sur le continent, pas moins de 8 milliards de dollars. Loin devant la Chine et ne parlons pas de la Russie. Autrement, le bon sens aurait commandé à Touadera de se tourner vers elle, tout faire pour renforcer la coopération avec elle, en vue de trouver des réponses à la crise sécuritaire. Mais ce n’est pas l’option privilégiée. Ça veut donc dire ce que ça veut dire.

Monsieur le Premier ministre Nzapayeke, pour votre honneur, et la fierté du terroir que vous et moi avons en partage, démissionnez! Partez la tête haute; la République reconnaîtra vos efforts, elle saura que vous avez essayé de sauver une situation désespérée.

Fait le 7 décembre 2022

Adrien Poussou

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