Centrafrique : « Dialogue de Bujumbura »: « Nous refusons de participer à ce jeu de dupes en RCA », selon l’ancien député de Mala Jean – Pierre Mara à Deutsche Welle

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« Nous refusons de participer à ce jeu de dupes en RCA »

Georges Ibrahim Tounkara

Interview avec l’ancien député centrafricain d’opposition Jean-Pierre Mara, qui explique en quoi le Groupe des sages de l’UA est disqualifié, selon lui, pour proposer un dialogue inter-centrafricain.

Après le gouvernement centrafricain, c’est au tour de l’opposition de rejeter l’offre de dialogue du groupe des sages de l’Union africaine qui entend réunir, à Bujumbura du 5 au 7 octobre, les représentants politiques et de la société civile centrafricaine.

Pour l’ancien député et opposant, Jean-Pierre Mara, ce groupe de sages est disqualifié pour porter une telle initiative. Il est notre invité ce matin et il répond aux questions de Georges Ibrahim Tounkara.

Entretien avec Jean Pierre Mara, opposant centrafricain

 DW : Jean-Pierre Mara, comment réagissez-vous à cette initiative des sages de l’Union africaine qui prévoit un dialogue inter-centrafricain a Bujumbura, au Burundi ?

JPM :  Je suis assez surpris, je voudrais d’emblée déjà mentionner qu’il a eu un coup d’Etat constitutionnel organisé en République centrafricaine. Au vu et au su de tout le monde. La CEEAC, la communauté des états de l’Afrique centrale a même cautionné et validé cette tentative de coup d’Etat constitutionnel.

DW :  Vous faites allusion à la nouvelle constitution adoptée par référendum ?

JPM : Oui, ça a été fait sous les yeux de la CEEAC, de l’Union africaine, ils n’ont rien dit et subitement, ils mettent sur la table la notion d’un dialogue auquel l’opposition devrait participer. Et nous refusons de jouer ce jeu de dupes, étant donné qu’il y a eu plusieurs dialogues qui n’ont rien apporté.

Il y a eu le dialogue de Khartoum, qui a apporté les accords de Khartoum, qui a été dénoncé par les participants même à ce dialogue. Ensuite, il y a eu le dialogue républicain qui a abouti à la modification de la constitution. Et maintenant, on nous parle d’un dialogue.

S’il devait y avoir dialogue, ce ne serait que pour restituer, pour annuler cette constitution, c’est-à-dire pour reconnaître qu’il y a eu un coup d’Etat constitutionnel et que nous repartons sur la base de la constitution de 2007.

DW :  Oui, mais est-ce que toutes ces questions ne pourraient pas être discutées à Bujumbura, à l’occasion de ce dialogue inter-centrafricain, initié par les sages de l’Union africaine?

JPM :  Si les sages de l’Union africaine étaient si sages et s’ils s’étaient prononcé sur le caractère du coup d’Etat constitutionnel, nous nous serions prêté avec plaisir à ce jeu.

DW :  Peut-être n’est-il jamais trop tard pour bien faire ? Peut-être que l’Union africain peut se ressaisir, mais nous comprenons.

JPM :  Ces organes n’en sont pas à leur premier essai, mais s’il n’est pas tard, pourquoi m’ont-ils commencé par nous ? C’est-à-dire commencé par dialoguer avec l’opposition ? Ils ont convoqué l’ambassadeur de France qui vient d’arriver et qui ne comprend peut-être pas le politique jouée par le pouvoir actuel, a consulté Monsieur [Crépin] Mboli-Goumba, qui est le coordonnateur du Bloc républicain pour la défense de la démocratie, pour lui soumettre l’idée de ce dialogue, c’est-à-dire qu’il a été mis devant le fait, et il a dit: « non, ce n’est pas possible ! » Et ensuite, il y a eu un émissaire de l’Union africaine qui l’a aussi contacté, c’est-à-dire qu’ils préparent les choses sans impliquer les intéressés, et ils viennent mettre les intéressés devant les faits acomplis. Et c’est ce à quoi nous ne voulons pas nous prêter.

DW :  Vous voulez dire que l’opposition n’a pas été associée aux préparatifs de ce dialogue inter-centrafricain ?

JPM :  Non. On n’a pas été associés et nous ne comprenons pas cette initiative de dialogue par des gens qui ont cautionné le coup d’Etat constitutionnel. Qu’ils commencent déjà par remettre sur la table la question d’Etat constitutionnel, qu’ils condamnent le coup d’Etat et nous parlerons ensuite.

DW :  Est-ce qu’il ne faut pas saisir toutes les opportunités de dialogue pour discuter des problèmes qui se posent à la Centrafrique aujourd’hui ?

JPM :  C’est une démarche noble. Cela étant, ce sont des sages. Donc nous en appelons à leur sagesse pour comprendre que la politique en République centrafricaine a assez souffert du jeu de la manipulation. Nous avons la conviction que toutes ces institutions ne sont là que pour aider au maintien de Touadéra au pouvoir. On lui propose: « écoutez, si vous faites partir les Wagner, on va vous aider à reformer l’armée ».

DW :  Quel intérêt les sages de l’Union africaine ont-ils à cautionner ce que le président Touadéra fait en Centrafrique?

JPM :  C’est de maintenir ce club de présidents [en place]. Je ne serais pas le premier à reconnaître dans ce sont les partisans, individuels, qui priment sur les intérêts des peuples.

DW :  Concrètement, qu’est-ce que vous, au sein de l’opposition, vous préconisez aujourd’hui pour sortir de la crise en Centrafrique?

JPM :  Que la CEAC et l’Union africaine condamnent, que l’Union européenne condamne le coup d’Etat constitutionnel qu’il y a eu, parce qu’ils ne se sont pas prononcés tandis que nous criions : « Il se passe quelque chose qui n’est pas bon ». Il faut qu’ils condamnent ça.

DW :  Donc vous ne participerez pas, l’opposition ne participera pas au dialogue inter-centrafricain à Bujumbura ?

JPM :  Il est hors de question pour l’opposition de contribuer à ce jeu de dupes.

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