CENTRAFRIQUE : DÉSORDRE DANS LA GESTION POLITIQUE ET MÉDIATIQUE DES CRISES EN RCA: DES MEMBRES DU GOUVERNEMENT ET DU CABINET PRÉSIDENTIEL USURPENT DES TITRES ET EN FONT TROP Á LEUR TÊTE

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CENTRAFRIQUE : DÉSORDRE DANS LA GESTION POLITIQUE ET MÉDIATIQUE DES CRISES EN RCA: DES MEMBRES DU GOUVERNEMENT ET DU CABINET PRÉSIDENTIEL USURPENT DES TITRES ET EN FONT TROP Á LEURS TÊTES
Par Cyrus-Emmanuel SANDY
DP de Médias+
Je me pose souvent la question de savoir à quoi avaient servi les séminaires gouvernementaux organisés en 2022 si ce n’est entre autres pour que chaque membre du gouvernement s’attèle à sa tâche en tenant compte de ses attributions dévolues par les lois et règlements de la République (constitution, lois spécifiques ou particulières, décrets organiques…) ainsi que la Lettre de mission adressée par le Premier ministre, chef du gouvernement, à chaque membre du gouvernement. Et je me demande si les membres du cabinet présidentiel n’ont jamais eu droit à des séminaires similaires sinon des ateliers d’information sur leurs rôles respectifs et le type de relations qu’ils doivent avoir avec le gouvernement et les autres institutions de la République ou de l’Etat.
Je constate malheureusement qu’il y a des empiètements réguliers sur certaines responsabilités, empiètements qui peuvent s’expliquer soit par le fait qu’il y a des membres du gouvernement ou du cabinet présidentiel y compris même de la Primature qui veulent se faire passer pour des « supers », démontrant implicitement que leurs patrons ne comprennent rien du fonctionnement des institutions de la République, ou que ceux qui ont la charge de certains domaines ou secteurs précis ne savent pas ce qu’il faut faire en temps de crise; ou alors simplement les membres du gouvernement ou du cabinet présidentiel en question sont des incompétents ou carents en matière institutionnelle.
QUELQUES ILLUSTRATIONS
Dans le gouvernement actuel, on constate que le ministre d’Etat chargé de la Justice, des droits humains et de la bonne gouvernance, garde des sceaux, M. Arnaud Djoubaye Abazène, est l’homme à tout faire. Partout et nulle part, il est sur tous les fronts et se permet même quelque fois de jouer un rôle de premier plan dans des affaires ou des dossiers qui relèvent pourtant de la compétence des autres membres du gouvernement. A preuve.
1. C’est lui qui s’était arrogé le droit d’installer la nouvelle équipe dirigeante de l’hôtel Ledger Plazza en 2021 alors que cet acte relève de la compétence du ministre en charge du Tourisme, ministre de tutelle qui était pourtant présent à Bangui en ce moment-là ;
2. Très récemment, c’est toujours le même personnage qui a conduit la délégation gouvernementale centrafricaine à Abidjan au siège de la Cour de justice de l’OHADA dans le cadre du contentieux qui oppose le groupe canadien Axmin à l’Etat centrafricain au sujet du permis de recherche et d’exploitation de la zone minière de Ndassima à Bambari dont le permis a été réattribué à une société minière russe. Le ministre d’Etat Abazène s’est même autoproclamé porte-parole de la délégation centrafricaine à Abidjan et a utilisé le terme maladroit sinon démagogique de « négociations » avec le groupe Axmin, alors qu’il s’agit d’un contentieux pour lequel d’ailleurs le tribunal international du commerce est déjà saisi.
Pourquoi ce privilège exclusif accordé au ministre Djoubaye Abazène alors qu’il y a un ministre chargé des Mines qui a pleine connaissance de ce dossier en tant que fonctionnaire du département des mines, juriste de formation et expert en contentieux minier, ancien directeur, chargé de mission et chef de cabinet dudit département, ministre conseiller à la présidence de la République en matière des mines et géologies pendant cinq (5) ans avant d’être nommé ministre titulaire des Mines et de la géologie il y a de cela deux (2) ans? Le ministre Rufin Beltoungou Bénam ne sait-il pas parler ? Ne connait-il pas ce dossier ? N’est-il pas capable de défendre les intérêts de la RCA dans ce contentieux qui oppose l’Etat centrafricain au groupe Axmin ? N’est-il pas celui qui est investi des pleins pouvoirs régaliens (constitutionnels, juridiques, politiques) et moraux pour défendre ce dossier partout où besoin sera ? Se rend-t-on compte de la frustration qu’un ministre peut ressentir lorsqu’il est relégué au second rang ou simplement éclipsé dans la gestion d’une affaire qui relève pourtant de sa compétence ?
3. Par contre, on a assisté à une situation d’un autre genre lorsque le ministre de l’Energie et de l’hydraulique, M. Bertrand Arthur Piri s’était vu obligé de prendre la parole devant le lourd silence du porte-parole du gouvernement, pour expliquer largement au public, aux partenaires sociaux et aux professionnels des médias la situation de pénurie des produits pétroliers qui avait fait l’objet de terribles dérapages médiatiques ayant contribué à salir le gouvernement et le chef de l’Etat. Normalement et dans les pays où les institutions se respectent, c’est le porte-parole du gouvernement qui doit constamment communiquer et être prêt à répondre à toutes les questions et même des attaques qui ont trait à des graves crises de tout genre: sécuritaire, alimentaire, politique, diplomatique, humanitaire, etc.; surtout lorsqu’il s’agit de crises qui ont des répercussions sur tous les secteurs de la vie nationale. C’est ce que faisait Lambert Mendé le célèbre ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement de la RDC, sous le régime de Joseph Kabila.
C’est lui qu’on avait entendu parler au nom du gouvernement congolais lorsque la fameuse communauté internationale avait réuni les bailleurs de fonds en Belgique pour la mobilisation des ressources en réponse à la situation humanitaire jugée catastrophique en RDC. Et pourtant, le ministre congolais chargé des Affaires humanitaire était présent.
C’est encore lui qui était sur tous les fronts médiatiques et polémiques pour donner la position du gouvernement de son pays relative aux élections législatives et présidentielle plusieurs fois reportées (2016-2018), lorsque son pays avait carrément refusé le financement partiel ou total desdites élections par la communauté internationale. Et pourtant, le ministre de l’Administration du territoire politiquement compétent était là.
C’est toujours Lambert Mendé qui avait pris la parole au nom du gouvernement congolais pour donner la réaction officielle à la libération de l’ancien chef rebelle, ancien vice-président de la République et ancien sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo par la Cour pénale internationale (CPI). Et pourtant, il n’est pas le ministre de la Justice de son pays.
Ce n’est pas que le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mendé s’arrogeait les pouvoirs de ses collègues ministres en charge respectivement des Affaires humanitaires, de l’Administration du territoire ou de la Justice, mais que, au regard de ce que les affaires ou les sujets en question impliquent tout le gouvernement sans exception, la prise en charge politico-médiatique desdites affaires est assurée par le porte-parole du gouvernement.
Récemment encore devant la panique occasionnée par l’apparition de drones au-dessus des stations de service dans les secteurs Pétévo et Bimbo, et face au silence aussi bien du ministre de la Sécurité publique (le premier concerné puisqu’il s’agit d’un problème de sécurité publique) et celui de la Communication, porte-parole du gouvernement (qui préfère se muer en porte-silence du gouvernement lorsque le sujet ou l’affaire ne comporte pas de « pièges »), le ministre Piri s’était vu obligé de rompre le silence pour rassurer la population. Et ce n’est pas de sa faute lorsqu’il y a des membres du gouvernement qui dorment, qui s’indiffèrent ou démissionnent de leurs charges.
LE CAS WÉNÉZOUI
Plus grave est la récente sortie médiatique d’un membre du cabinet présidentiel en la personne de monsieur Sébastien Wénézoui, ci-devant ministre conseiller à la présidence de la République qui a cru devoir faire un point de presse et communiquer en solo sur la situation sécuritaire qui prévaut dans la préfecture de la Vakaga. On s’y attendait le moins. Car ni le ministre de la Défense nationale, ni le ministre en charge de la Sécurité publique, ni le ministre de l’Administration du territoire, ni le ministre porte-silence du gouvernement ni le ministre conseiller porte-parole de la Présidence de la République, n’ont fait une communication officielle sur la situation.
Mais comment se fait-il que ça soit un membre du cabinet présidentiel sans portefeuille qui se donne cette liberté de faire une déclaration dont le contenu est par ailleurs d’une extrême gravité ? Car non seulement il n’est pas dans les usages qu’un membre du cabinet présidentiel, fût-il ministre conseiller du chef de l’Etat, se donne ce genre de liberté, mais de surcroît fait des révélations d’une extrême gravité contre l’état-major des armées dont il présente les carences ou insuffisances aux journalistes qu’il a réunis. (cf. Déclaration, p.5).
A ce que je sache et pour y avoir travaillé à un moment donné de ma vie, les membres du cabinet présidentiel sont généralement astreints à l’« obligation de réserve » face à des affaires de l’Etat et notamment les dossiers qui fâchent. S’ils ont des points de vue à exprimer sur des sujets précis, ils le font directement au président de la République chef de l’Etat, leur autorité de nomination, ou au directeur du cabinet présidentiel en sa qualité de premier collaborateur du chef de l’Etat au niveau de la présidence de la république et coordonnateur des affaires présidentielles. Il n’appartient pas à un conseiller de prendre des libertés pour se prononcer sur des sujets aussi graves que la guerre déclarée par des rebelles sur une partie du territoire national. Et d’ailleurs, qui l’a autorisé à le faire ? Cela fait désordre.
Et même si par extraordinaire un tel monsieur était autorisé à faire une déclaration à la presse sur un sujet ultrasensible comme la guerre de Sikikede, le contenu de son texte de communication aurait dû être bien tamisé avant sa sortie médiatique. Car à ce niveau de responsabilité, les erreurs sur les dates (le lundi n’était pas le 14 mais le 13 février), le nom du village (Sikikede et non Sikidiri), et les révélations sur les carences dans l’armée (les 6 problèmes qu’il a mis en exergue) ne devaient pas figurer dans le texte de la communication.
Ce manquement grave m’autorise à dire que la République est vraiment en danger du fait de cette cacophonie dans la gestion des affaires sensibles de l’Etat par les plus hautes autorités du pays. Le désordre doit cesser car la RCA mérite mieux que ce qu’on la laisse offrir et qui fait la honte nationale.
Cyrus-Emmanuel SANDY
Ancien Ministre
Ancien Chargé de mission à la Présidence de la République
Ancien Parlementaire
Source: Médias Plus N°2945 du Mardi 21 Février 2023
DÉCLARATION Á LA PRESSE DE M. SÉBASTIEN WÉNÉZOUI, MINISTRE CONSEILLER SPÉCIAL Á LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE, SUR LA SITUATION SÉCURITAIRE DANS LA VAKAGA
Bangui, le 16 février 2023
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Chers collèges,
Le grand matin du lundi 14 février 2023 a été marqué par un combat violent entre les FACA et la rébellion de la CPC à Sikidiri, un village situé à 200 km de Birao et 170 km de Ndélé.
Après une grande résistance de la part de nos FACA, les ennemis ont réussi à infliger des pertes considérables dans le camp des FACA et prendre quelques-uns en otage, une vingtaine qui est déportée vers la Aouk en allant vers Haras, une frontière avec le Tchad-RCA.
Ces pertes en éléments s’expliquent par le fait que les FACA ne sont pas nombreux dans la zone: moins de 80 éléments et moins armés contre 400 rebelles armées jusqu’aux dents associés avec les mercenaires venus de tout bord. Il faut savoir croire que les FACA sont extrêmement courageux, forts, déterminés à combattre devant l’ennemis mais ils sont confrontés aux difficultés auxquelles que je ne peux pas me voiler le visage pour en citer et ces problèmes sont les mêmes depuis plus de 20 ans aujourd’hui:
-le problème d’effectif sur le terrain ;
-le problème logistique ;
-le problème d’armes et munitions ;
-le problème de prise en charge des éléments sur le terrain ;
-le problème de commandement dans toutes les situations du combat ;
-le problème d’entrainement (en réalité, une fois formé, un soldat doit entrainer continuellement pour être prêt au combat).
Tous ces problèmes sont les tâches principales de d’état-major des armées centrafricaines.
Visiblement, y’a pas de cohésion dans la chaine de commandement, depuis le sommet jusqu’à la base et cela met en difficulté la politique du chef de l’Etat en matière de la réforme du secteur de sécurité pour restaurer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national afin de surveiller nos zones frontalières qui demeurent encore aujourd’hui poreuses avec le Tchad, le Soudan, les deux Congo et le Cameroun.
Pour sécuriser toutes ces zones frontalières, il nous faudra 30 000 soldats déployés tout au long de nos frontières avec nos voisins.
(…) déploiement de prise en charge de matériels logistiques et de guerre (véhicules, armes et munitions) ainsi que de relève de nos forces de défense et de sécurité dans les zones à forte concentration des conflits armés. Aujourd’hui on a problèmes avec des mercenaires véreux, venus d’Amdjaradil, Amdoukhoum et Saraibou à la frontière RCA-Tchad-Soudan sur une distance de plus de centaines de kilomètres. Ces mercenaires rentrent directement sur le territoire centrafricain par le Nord-Est avec armes et munitions. Une fois sur le sol centrafricain plusieurs voies s’ouvrent devant eux: ils se dirigent directement par la route nationale Gounda-Ndelé pour arriver dans la ville de Ndélé s’ils ne sont pas stoppés pas nos forces de sécurité et de défense. A partir de Gounda qui est une intersection très stratégique située à 80 km de Gordil, ils empruntent le chemin du village appelé Akrousoulbak en passant par des routes parallèles qui les amènent à Tiri passant par un village appelé Gaskaye-Chari; et de là ils restent facilement dans la ville de Ndélé.
Voilà, leur plan pour atteindre la capitale Bangui.
Mesdames et Messieurs, chers hommes politiques de l’opposition, société civile, chers Centrafricains,
Nous avons affaire à une rébellion hétéroclite composée à 98% des mercenaires sans pitié et hors-la-loi venus du Darfour composés de criminels de Boko-Haram venus du haut du Niger et du Nigeria. Aujourd’hui, notre pays est infiltré par ces mercenaires qui habitent dans nos quartiers, arrondissements et dans nos villages. Donc, en réalité nous devrons associer toutes nos forces pour défendre l’intégrité territoriale de notre pays qui est agressé par des forces nuisibles en laissant de côté nos querelles et divergences politiques afin de tourner les uns vers les autres comme un seul homme pour affronter le futur de notre Etat et celui de notre avenir.
Malheureusement, c’est indigne et choquant d’avoir suivi la déclaration de la Société civile qui vite, ne cherche pas à donner des propositions constructives au gouvernement qui pourrait aboutir à la libération de nos soldats retenus en otage mais que cette société civile préfère se placer comme d’habitude, à moindre occasion, dans une posture de vieilles habitudes irresponsables qui sont celles de toujours demander la démission d’un Premier ministre ou de jeter de l’huile sur le feu.
Pour ce faire, je me permets de m’adresser à tous les représentants de la Société civile à tous les hommes politiques de l’opposition qu’il ne faut jamais faire l’amalgame entre le rôle d’un ministre de la Défense et celui d’un chef d’Etat-major des armées. Cela s’explique par le fait que dans le système de maintien de l’ordre et de la défense territoriale par l’armée:
-le rôle de l’armée est lié à la place fondamentale de l’autorité opérationnelle. C’est l’armée qui donne les ordres et dans cette situation l’autorité opérationnelle ici est le « chef d’état-major des armées »; c’est celui-là qui endosse la responsabilité de la victoire ou de la défaite de l’armée sur le terrain dans la situation d’un affrontement ;
-le rôle du ministre de Défense est lié à un rôle extrêmement important dans le système politique de l’armée qui se traduit par un partage des attributions et des responsabilités.
C’est pourquoi le ministre de la Défense peut être géré par une autorité civile qui a le soin de décider les mesures nécessaires et d’en contrôler l’application par contre, l’état-major des armées est toujours géré par militaire haut gradé qui a la charge d’exécuter les mesures nécessaires en actionnant les effectifs à la tête desquels il est placé.
Au final, « la responsabilité politique est endossée non pas par le gouvernement ou le représentant de l’Etat mais par l’autorité opérationnelle de maintien de l’ordre ou de la défense nationale qui est le chef de la police, de la gendarmerie ou de l’armée dans une situation de maintien de l’ordre et de la défense territoriale ».
Et si le chef d’état-major des armées a failli à sa mission, il pourra être relevé de son poste de responsabilité par un décret présidentiel sur proposition du ministre de la Défense.
Donc, la démission du Premier ministre tant souhaitée par la Société civile n’est pas une option pour le moment, mais il doit prendre sa responsabilité face à la situation sécuritaire qui prévaut dans nos villes et villages des provinces tout comme le ministre de la Défense nationale.
Quant au chef de fil de BDRC, je lui dis que « le silence du gouvernement n’est pas un signe de faiblesse ou d’une culpabilité ». Et en aucun cas dans son communiqué de presse il n’a jamais condamné l’attaque lâche perpétrée par les rebelles et les bandits armés.
Le silence détermine le caractère d’un homme prudent et sage qui n’agit pas dans la précipitation.
Ceux qui parlent beaucoup ne font jamais des bonnes choses et dévoilent leurs secrets aux ennemis.
Je vous remercie.

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