Centrafrique : Des élections locales en pure illégitimité : Tromperies démocratiques en terre centrafricaine

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Des élections locales en pure illégitimité Tromperies démocratiques en terre centrafricaine

PAR PR JEANFRANÇOIS AKANDJIKOMBE

N’importe quel paysan de Centrafrique ou d’ailleurs vous dira l’importance de la terre dans laquelle vous semez ; et vous expliquera que si vous voulez voir votre bon grain donner
de bons plants et une bonne récolte, il faut vous assurer que la terre est bonne, et qu’elle
est débarrassée des mauvaises herbes.

Mais voilà ! En Centrafrique, aujourd’hui, on prétend approfondir la démocratie par des
élections locales à l’heure même où les bases de la démocratie ont été sciemment détruites
par le coup d’État constitutionnel de Touadéra. Nul ne peut à cette heure prétendre qu’il ne
sait pas : il n’y a plus de Constitution, ni de Cour constitutionnelle. La première, avant que
de se voir abrogée, est déjà enterrée. Quant à la seconde, elle a été recyclée en paillasson du régime, en faiseuse des quatre volontés du chef de celuici. Il en va de même de toutes les autres institutions, et en particulier de celles qui sont dédiées aux élections, à commencer par l’ANE (Autorité Nationale des Élections). Ajoutonsy les deux éléments majeurs suivants. Primo, que M. Touadéra a choisi, envers et contre la Constitution, la présidence à vie, pour n’avoir à répondre ni des vies humaines détruites ni des biens communs spoliés. Secundo, que l’expertise du pouvoir de Bangui, aidé en cela par les experts de Wagner et autres falsificateurs et mafieux, est désormais incomparable en matière de fraude électorale. Il est alors clair que la démocratie locale qu’on promet aux Centrafricains ne peut être qu’une tromperie à ciel ouvert.

Disonsle tout net, les élections locales projetées en Centrafrique auront pour effet
d’amplifier l’État de nondroit. Ils permettront à un pouvoir qui s’est rendu illégitime en foulant la Constitution aux pieds de planter ses racines, et donc les racines de l’illégitimité, dans chaque recoin de notre territoire. Et comme ces racines les futurs élus se feront logiquement le devoir de soutenir le pouvoir qui les a créées, on aura ainsi soutenu, indirectement mais à coup sûr, le coup d’État constitutionnel, la nouvelle Constitution écrite sur mesure, et le pouvoir à vie rêvé par Touadéra. En d’autres termes, on aura porté, avec ce pouvoir anticonstitutionnel, le coup de grâce à notre démocratie déjà plongée dans le coma ; et ceci alors que c’est tout le contraire que réclament les Centrafricains.

Des élections locales, surtout quand, comme dans notre pays, elles sont organisées pour la
première fois, on attend qu’elles consolident la gouvernance démocratique. On attend d’elles qu’elles implantent dans nos territoires des pratiques du pouvoir respectueuses des citoyens qui existent déjà au niveau national. Or, aucune personne sensée ne peut affirmer, sans se mentir à ellemême, que ce sera le cas pour ces électionsci.

Il n’y a donc, pour les amis sincères du Peuple centrafricain, qu’une décision et une seule à
prendre dans cette situation : s’abstenir d’apporter un quelconque concours, financier ou autre, à ces élections qui ne sont rien d’autre que le moyen de planter les graines
de dictature dans tout le pays ! 

Source : Bulletin citoyen d’information, d’éducation et de mobilisation du 20 mars 2023 – Numéro 011

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