Centrafrique : Déclaration du Proconsul rwandais Mme Rugwabiza Valentine devant le conseil de sécurité, le 27 juin 2024

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DECLARATION DE LA RSSG AU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES Jeudi, 27 juin 2024

 

• Monsieur le Président du Conseil de sécurité,

• Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

• Madame la Ministre des Affaires Etrangères, de la Francophonie et des Centrafricains de l’Etranger de la République centrafricaine,

 

Monsieur le Président,

Je félicite la Corée du Sud de la présidence du Conseil en ce mois de juin et je saisis cette occasion pour vous remercier de présider cette session. J’ai l’honneur de présenter le dernier rapport du Secrétaire général sur la République centrafricaine. Je soulignerai d’abord certaines réalisations de la Mission dans l’exécution de son mandat, en appui à la mise en œuvre de l’accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine. Je parlerai ensuite de l’extension de l’empreinte de la MINUSCA à d’autres localités de la préfecture du Haut Mbomou, dans le sud-est de la République centrafricaine, ouvrant la voie à l’extension et au rétablissement de l’autorité civile et sécuritaire de l’État dans cette région. Enfin, je ferai part au Conseil de certains des défis opérationnels auxquels la mission a été confrontée au cours de la période couverte par le présent rapport.

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Le 17 avril, la Commission nationale de gestion des frontières de la République centrafricaine a tenu sa session plénière inaugurale et depuis, met activement en œuvre son plan d’action décennal sous la direction du ministère de l’administration du territoire, de la décentralisation et du développement local. La présence limitée, voire inexistante, de l’État dans les zones frontalières a toujours constitué un terrain fertile pour l’insécurité transfrontalière en Centrafrique. La restauration de l’autorité de l’État et le contrôle de la gestion des frontières constituent des piliers prioritaires de l’APPR-RCA et de la feuille de route de Luanda, qui font de la sécurité des zones frontalières le socle de la restauration et de la consolidation complètes d’une sécurité durable en Centrafrique.

Hier à Bangui, les sessions conjointes de la Commission ad hoc des frontières et de la Commission mixte permanente sur la sécurité transfrontalière, entre la République du Cameroun et la République centrafricaine, ont débuté leurs délibérations, démontrant ainsi la détermination politique des deux gouvernements à aborder la sécurité des frontières, les questions de transhumance, le trafic illégal et les questions relatives aux frontières communes par la revitalisation des mécanismes de coopération transfrontalière existants.

Distingués membres du Conseil,

Les crises politiques et sécuritaires passées et récurrentes en République centrafricaine ont eu un impact négatif sur la transhumance, transformant une pratique séculaire en l’un des principaux déclencheurs d’attaques contre les civils. Le récent assassinat de 16 civils dans le village de Limé, dans la préfecture de l’Ouham-Pendé, à la suite d’un conflit foncier impliquant des agriculteurs locaux et des propriétaires de bétail, a rappelé avec force l’urgence d’inverser la dynamique de la violence et de repositionner l’élevage et la transhumance en tant que facteurs de coexistence pacifique, de stabilisation et de développement économique.

Le 13 mai, le Président de la République et Chef de l’Etat a présidé la première conférence nationale de haut niveau pour une transhumance pacifique et prospère. Cette conférence de haut niveau, facilitée par la MINUSCA, a pris les décisions suivantes : actualiser le cadre juridique et institutionnel sur les couloirs de transhumance, développer les infrastructures agro-pastorales, sécuriser les corridors de la transhumance, appuyer les mécanismes locaux de prévention des conflits et tirer parti des mécanismes transfrontaliers existants pour gérer la transhumance transfrontalière. La mise en œuvre de ces décisions améliorera considérablement la gestion de la transhumance qui, rappelons-le, est un pilier de l’APPR-RCA.

Distingués membres du Conseil,

Les préparatifs des élections locales sont redynamisés par l’adoption du code électoral révisé par l’Assemblée Nationale le 28 mai et les récentes contributions financières au fonds commun du PNUD. Comme indiqué précédemment, les élections locales sont une disposition clé de l’accord politique. La mission continuera à fournir un soutien multiforme, et conformément à son mandat, aux préparatifs des élections locales, notamment par des activités de sensibilisation visant à mobiliser une large participation, en particulier la pleine participation des femmes en toute sécurité. Nous nous félicitons des contributions apportées par certains membres, nous apprécions les efforts de mobilisation déployés par le président de la configuration de la Commission de consolidation de la paix pour la République Centrafricaine et encourageons tous les membres à apporter leur soutien aux élections municipales en République Centrafricaine, dont les dernières ont eu lieu il y a 36 ans.

Monsieur le Président, distingués membres du Conseil,

La situation sécuritaire demeure préoccupante dans les zones frontalières. La préfecture du Haut-Mbomou, dans le sud-est de la République centrafricaine, a connu une intensification de la violence contre les civils, sur fond d’escalade du conflit et d’attaques de représailles entre les éléments du groupe armé Unité pour la paix en en Centrafrique (UPC) et le groupe d’autodéfense Azande. Comme les membres du Conseil s’en souviendront, la Mission avait d’abord étendu son empreinte à la localité de Mboki dans le Haut Mboumou et a soutenu le déploiement des forces armées nationales en 2023, ce qui a permis la démobilisation, le désarmement et le rapatriement des combattants de la LRA et de leurs dépendants vers l’Ouganda. A la suite de la détérioration de la situation sécuritaire au début de cette année, la MINUSCA a accru le déploiement de la Force, à la préfecture afin de prévenir une nouvelle flambée de violence.  Parallèlement, la Mission a mobilisé ses capacités limitées en matière d’ingénierie et de logistique pour améliorer l’accès par la route à la préfecture du Haut Mbomou, une zone plus grande que la Suisse et presque aussi grande que la Sierra Leone, inaccessible par transport terrestre pendant les longues saisons des pluies en Centrafrique.

Cette extension du déploiement de la Force a permis à la Mission d’étendre la mise en œuvre des tâches prioritaires de son mandat dans la préfecture, notamment la protection des civils, la facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire, ouvrant la voie à l’extension de l’autorité administrative et sécuritaire de l’État, grâce à la réhabilitation en cours de l’axe Bangassou-Obo-Bambouti.

En peu de temps, en étroite collaboration avec les autorités nationales et locales, les communautés locales et les partenaires humanitaires, la Mission fait des progrès tangibles et transformateurs sur les fronts de la sécurité, de l’aide humanitaire et de la consolidation de la paix dans le Haut-Mbomou.  A une autre zone frontalière, à Am-Dafock, à la frontière avec le Soudan, le 6 avril, la MINUSCA a facilité le déploiement des forces de défense nationales, en appuià l’extension de l’autorité de l’Etat dans cette partie du territoire centrafricain.

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Malgré les progrès enregistrés dans la mise en œuvre du mandat de la MINUSCA au cours de la période couverte par le rapport, je suis profondément préoccupée par les campagnes de désinformation et de mésinformation continues contre la Mission, avec une augmentation du contenu hostile ciblant la MINUSCA. Cela complique davantage le contexte déjà difficile dans lequel la Mission opère. J’appelle le Gouvernement à établir les responsabilités et exiger redevabilité aux personnes identifiées, y compris les fonctionnaires d’Etat, qui canalisent et font écho à ces campagnes, qui représentent un risque important pour la sûreté et la sécurité de nos soldats de la paix tout en limitant la capacité de la Mission à mettre en œuvre de manière optimale les tâches mandatées par le Conseil et demandées par les autorités nationales centrafricaines. Je suis également préoccupée par la lenteur des progrès dans la remise des équipements de la mission, saisis par les douanes nationales, malgré les engagements répétés de la Mission avec les institutions gouvernementales concernées.

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Je voudrais conclure mon intervention en remerciant sincèrement les membres du Conseil pour le soutien constant apporté à la MINUSCA au fil des ans. Le maintien et la consolidation des progrès réalisés par la Mission dépendront de votre soutien continu et des investissements continus au Gouvernement dans le renforcement des capacités de ses institutions nationales, y compris celles chargées de la sécurité, afin de leur permettre de s’acquitter pleinement de leur responsabilité régalienne de protection des populations et de la souveraineté du territoire centrafricain.

Je vous remercie de votre bienveillante attention.

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