Centrafrique : de meilleures performances douanières sur fond de sérieuses affaires de détournements

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Alors que la France, l’Ue et les principaux partenaires ont suspendu leurs aides financières, du fait des élections truquées du 27 décembre 2020, du refus du pouvoir d’organiser un dialogue politique inclusif et de la politique de désinformation et de manipulation de l’opinion savamment entretenue par Touadéra et ses milices et qu’en conséquence l’état centrafricain est confronté à de fortes tensions de trésorerie, selon le ministre des finances et du budget Hervé Ndoba, lors de l’une de ses sorties médiatiques, du côté de la direction générale des douanes et des droits indirects, les nouvelles sont plutôt très bonnes.

C’est l’analyse de la situation des prévisions et réalisations des recettes au titre du 1er trimestre 2022 qui l’a révélé et qui a établi de meilleures performances. En effet, il est ressorti de la lecture d’un tableau dont nous avons pu obtenir une copie, ci – jointe à l’article, qu’en janvier et février 2022, les prévisions des recettes ont été largement dépassées. Par contre au mois de mars, il a été enregistré un gap d’un montant de -217 222 055 Fcfa par rapport à une prévision estimée initialement à 5 076 129 970 Fcfa. Dans un pays où règne la corruption, de tels résultats, aboutissement d’une politique managériale initiée par l’actuel directeur général des douanes et des droits indirects Théodore Frédéric Inamo, sont non seulement exceptionnels, mais surtout doivent être encouragés.

Car, très franchement, s’il devait exister sur terre, en ce XXIème siècle, une République indigne de ce nom et fondamentalement non – vertueuse, par conséquent, contraire à celle du genre rousseauiste où le vol, la corruption, les détournements de deniers publics et autres dissipations de l’argent public seraient fortement punis, tandis que l’éthique, la vertu, la transparence, l’intégrité et autres qualités morales seraient promues, nul doute que cette République-là, ce serait la République centrafricaine sous l’Imposture de l’Imposteur de Bangui, déclaré élu par seulement 17% du corps électoral à l’issue des élections truquées du 27 décembre 2020.

En effet, jamais sans doute l’enrichissement illicite, ou prétendu tel, la course effrénée aux biens matériels, les détournements des deniers publics, l’accaparement du patrimoine national, le vol, les graissages des pattes et le rapt en association de malfaiteurs n’auront été autant institutionnalisés, légalisés, et légitimés que depuis le 30 mars 2016, lorsque l’actuel président de la République a pris les commandes de ce pays par effraction et dans le brouillard des événements. De révélation en révélation, les scandales financiers répertoriés dans ce pays ne choquent plus grand monde. Bien au contraire, les détournements présumés de deniers publics deviennent de plus en plus un trait de caractère acceptable pour un fonctionnaire, un critère substantiel d’ascension sociale et professionnelle, une porte d’accès au paradis terrestre. Peu importe les scandales et les bruits éphémères qu’ils génèrent, ce ne sont que les montants en cause qui semblent intriguer le débat public face au silence complice et coupable des plus hautes autorités de la République. Qui aura, par conséquent, le plus d’audace pour détourner plus de milliards et brader plus de biens de l’Etat sans courir le risque d’être inquiété, de faire l’objet d’une enquête administrative et judiciaire, et d’être arrêté, jugé et condamné tout au long de ce deuxième mandat ?

C’est sur ce sujet de mal – gouvernance d’une extrême gravité dans un pays où tout manque, à savoir l’eau potable, l’électricité, les routes, les centres de santé pour ne citer que ces besoins prioritaires que s’est appesanti ces derniers temps Rodrigue Joseph Prudence Mayté, le célèbre liveur centrafricain. Il s’est particulièrement intéressé à la direction générale de la douane et des droits indirects et aux fonctionnaires véreux qui y fourmillent au vu et au su de toute leur hiérarchie. Première direction générale des régies financières pourvoyeuse en ressources nationales – plus de 65 milliards de Fcfa en termes de réalisations à titre de l’exercice budgétaire 2021 – ses très nombreuses potentialités en capacités de recouvrement de recettes fiscales sont systématiquement et systémiquement altérées par une partie non – négligeable de ses agents qui baignent dans le vol, les détournements, la corruption, la concussion, la commission, la gratification, le piston, la rétribution indue d’un service public, etc.

Le chef de file de cette « Grande Corruption Quotidienne », banalisée et systémique, fortement liée au « fonctionnement réel » habituel des services de l’état, s’appelle Maxime Ngamana. Frère cadet direct de Evariste Ngamana, 1er vice – président de l’assemblée nationale, porte – parole du MCU et prêtre défroqué qui lui rendrait visite régulièrement dans son bureau et à qui il remettrait par la même occasion des sacs à banco pleins de billets de banque, Maxime Ngamana est inspecteur des douanes et chef de service à la direction des recettes principales. Il lui est reproché, selon les confidences de Mayté, de produire, détenir, gérer et mettre en circulation des faux bordereaux de liquidation, de versement et de quittanciers, avec la complicité active de certains agents des banques commerciales de la place. Toute sa fortune en biens mobiliers et immobiliers dans la ville de Bangui dont le montant serait évalué à des centaines de millions de Fcfa, reposerait sur le recours de manière régulière à ces pratiques manifestement illégales de production, de détention, de gestion et de mise en circulation de ces documents. Des actes de faux et usage de faux, d’extractions frauduleuses des fonds publics et tout simplement de crimes économiques dont personne n’ose en parler, ni le ministre des finances et du budget Hervé Ndoba, ni son supérieur hiérarchique le plus immédiat, en l’occurrence le directeur général des douanes et des droits indirects Frédéric Inamo.

In hoc casu, et dans un pays où la mal – gouvernance est érigée en mode de gestion, Monsieur Ngamana Maxime rivalise de prouesses méthodologiques et vedettariat avec d’autres douaniers : Sekeyini Jules, inspecteur des douanes, chef de service de la brigade mobile de surveillance, Kinimandji Daniel, inspecteur principal des douanes, CB au Terminal à conteneurs, et Kenguena Kevy Jean – Claude, inspecteur principal des douanes, DR à Berbérati. D’après les renseignements en sa possession, le liveur Mayté a révélé que les fonds de l’état détournés par ces agents des douanes véreux, depuis l’avènement de Touadéra au pouvoir, de mars 2016 à ce jour, pourraient servir d’appuis budgétaires alloués aux paiements des salaires des fonctionnaires et agents de la fonction sur plusieurs mois. Voilà une fracassante révélation à laquelle auraient dû déjà s’intéresser l’IGE, l’IGF, l’actuel ministre des finances et du budget et le DG des douanes Frédéric Inamo dont la maîtrise de technicité, la crédibilité et l’élan de patriotisme ne sauraient ici être remis en cause. Fort étonnement, l’homme refuse d’aborder cette question en public, dans une conférence de presse, afin de rassurer tant l’opinion nationale que la communauté internationale et situer les responsabilités. Et cela est d’autant plus révoltant que ces douaniers, en leur qualité de fonctionnaire, sont assujettis aux dispositions de la loi portant statut général de la fonction publique, que la France a retiré tous ses subsides budgétaires, les différents partenaires financiers de la RCA toutes leurs aides et que les caisses de l’état sont vides.

A telle enseigne où le compatriote n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour qualifier ce silence d’un acte de respect à la loi de l’omerta, et donc de protection garantie, un acte de complicité avéré, et un acte de culpabilité entièrement partagé.

Jean – Paul Naïba

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