Centrafrique : d’autres progrès devront être réalisés, selon la mission conjointe de l’Ua, la Ceeac et de l’Onu

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LA MISSION DE HAUT NIVEAU UA-CEEAC-ONU REPART CONFIANTE DE LA RCA

GHISLAINE ATTA ET DEUBALBET WEWAYE

Les prochaines échéances électorales, la sécurité, la participation des femmes au scrutin, le vote des réfugiés, les différentes rencontres, les avancées sur l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA, figurent parmi les principaux sujets qui ont été évoqués lors de la conférence de presse de la délégation de l’UA, ONU et CEEAC, de ce vendredi 30 octobre 2020 à Bangui, marquant ainsi la fin de leur mission de quatre jours. Face aux médias nationaux et internationaux, l’Ambassadeur Smail Chergui, Jean-Pierre Lacroix et l’Ambassadeur Gilberto Verissimo sont revenus en détail sur leur mission en Centrafrique.

Pour le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union Africaine (UA), « notre souhait est que tous les citoyens puissent converger en ordre vers les élections dans le respect de la loi et dans le respect d’autrui. Chacun aura l’occasion d’exprimer son point de vue politique, mais à travers les urnes et pacifiquement ». Répondant aux questions des journalistes sur les réserves de la Coalition de l’Opposition Démocratique 2020 (COD-2020) face aux garanties d’inclusivité et de sécurité du processus, Smail Chergui a révélé, après leur rencontre à huis clos, que « nous avons eu un débat franc avec eux. Nous avons noté que plus personne ne demande ni le report ni un boycott quelconque des élections ».

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, parlant de l’Accord pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (APPR-RCA), a, quant à lui, indiqué qu’« il y a eu des avancées. Nous partons confiants, mais conscients des défis », a dit Jean-Pierre Lacroix. Néanmoins, à l’endroit des personnes selon qui l’enrôlement des électeurs ne garantit pas la bonne marche du processus, le président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), Gilberto Da Piedade Veríssimo, a martelé que la sous-région refuse que l’on dénie au peuple centrafricain son droit de voter et de vivre en paix. Selon lui, les messages qui sont contraires à un climat apaisé sont contre le peuple centrafricain. D’ailleurs, a-t-il rappelé, « la situation en RCA sera à l’agenda de la prochaine conférence des chefs d’Etats d’Afrique centrale ; réunion à l’issue de laquelle une déclaration sera faite sur la situation dans le pays ».

La présente mission a été agrémentée de rencontres avec les différentes forces vives de la nation, en l’occurrence les partis politiques, la société civile (dont des représentants de la plateforme religieuse et de femmes leaders) et les institutions de la République. Les ambassadeurs des pays de la sous-région, par ailleurs Garants de l’APPR-RCA, le G5+ et les groupes armés ont également échangé avec la délégation.

A la Primature, avec des membres du Gouvernement, réunis autour de la Ministre de la Défense, Marie-Noelle Koyara, assurant l’intérim du Premier ministre pour la circonstance, les échanges ont essentiellement porté sur APPR-RCA et les prochaines élections. Au nom du Gouvernement, Marie-Noelle Koyara a plaidé pour qu’« une sanction s’impose contre les fauteurs de trouble afin de les contraindre à respecter leurs engagements». Une préoccupation partagée par la délégation, dont les membres ont voulu envoyer un message fort aux les contrevenants à l’Accord : « ceux qui ont des idées contraires à la paix et au développement de la RCA doivent savoir d’avance qu’ils sont contre la communauté internationale », a fait valoir le Président de la Commission de la CEEAC.

Le soutien de la communauté internationale à la RCA a été réaffirmé, et la contribution positive des députés au processus électoral grandement saluée. « Nous avons eu à relever un effort gigantesque des parlementaires (…) en adoptant toutes les lois prévues dans l’Accord de paix ; des lois nécessaires pour l’organisation des élections, en permettant à l’ANE d’avoir un mois supplémentaire pour l’enrôlement des électeurs », a fait remarquer Smail Chergui. Pour sa part, le Président de l’Assemblée nationale a insisté sur la nécessité de créer un cadre sécuritaire favorable à la libre circulation des candidats en période de campagne. Laurent Ngon Baba s’est, à cet effet, dit rassuré de l’existence d’un Plan de sécurisation intégrée des élections, qui permettra d’atteindre ces objectifs, avant de souhaiter, à son tour, une participation massive des électeurs.

A huis clos, les représentants de la classe politique, considérés comme les principaux acteurs du processus électoral, ont, tour à tour, partagé leurs appréciations du climat sociopolitique et sécuritaire, à la veille des échéances électorales. Avec l’opposition, les interventions ont principalement tourné autour de la sécurisation du processus et de son inclusivité, sur le vote des réfugiés ainsi que sur la nomination des 11 nouveaux commissaires électoraux de l’Autorité nationale des élections (ANE). La mouvance présidentielle s’est quant à elle réjouie, à l’issue des discussions, d’avoir « reçu des garanties du côté de la communauté internationale sur la tenue de ces élections à bonne date, mais aussi sur la sécurisation du processus », selon Evariste Ngamana (Mouvement Cœurs Unis -MCU), « le processus en cours est irréversible, étant entendu que le Chef de l’Etat a pris un décret convoquant le corps électoral pour le premier tour des élections présidentielle et législatives le dimanche 27 décembre 2020. Il ne reste plus qu’à aller aux élections et que le peuple souverain décide ».

La délégation UA-CEEAC-ONU, au 3ème jour de sa visite, le jeudi 29 octobre 2020, ont rencontré les femmes leaders et la société civile centrafricaine. COVID-19, élections, violences basées sur le genre, contribution des femmes aux différentes sphères de décision, etc. rien n’a été laissé au hasard par les organisations des femmes et la société civile centrafricaine. « Il était important de faire entendre la voix des femmes parce qu’en RCA les femmes sont très engagées dans la consolidation de la paix », a indiqué Lina Ekomo, présidente du Réseau pour le leadership de la femme en Centrafrique (RELEF-CA). Pour le Cardinal Nzapalainga, la concertation devrait rester le mot d’ordre, car « c’est en dialoguant que nous ferons tomber les préjugés. Nous ne voulons pas que l’on attise la haine, les fibres régionales, ethniques ou religieuses », a-t-il dit.

Autre temps fort : la rencontre, au Palais de la Renaissance, avec le Président de la République, Faustin Archange Touadera, entouré de membres du gouvernement. Saluant l’accord du chef de l’Etat en faveur d’un code de conduite pour les élections, l’Ambassadeur Chergui a vu dans ce geste un signe d’ouverture qu’il faut souligner et en attend de même de tous les acteurs politiques du pays pour que ces élections du 27 décembre 2020 soient un moment de retrouvaille et d’union. La communauté internationale a, par ailleurs, réitéré son « engagement fort » à la RCA pour l’aider à avancer sur le chemin de la paix et de la consolidation démocratique. « Nous sommes confiants que la voie est tracée, il y a déjà eu beaucoup de progrès et, avec la mobilisation de tous, d’autres progrès seront réalisés », a, pour sa part, confié Jean-Pierre Lacroix. Les consultations se sont terminées par des échanges avec les représentants du G5+ et par visioconférence avec les groupes armés signataires de l’APPR-RCA.

« Nous repartons confiants par rapport à la tenue des prochaines élections ; nous sommes encouragés par les réunions et les entretiens de ces 4 jours », a conclu le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, à l’instar de ses homologues.

Minusca

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