Centrafrique : « Covid – 19 » : le personnel de la santé accusé de vendre des masques

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Le personnel et agents du ministère de la santé publique et de la population, d’une manière générale, et ceux en charge de la gestion de la pandémie du Covid – 19, en particulier, sont accusés de vendre dans les services  et les administrations publics les masques mis à leur disposition.

Dotés de ces masques censés être distribués gratuitement à la population, aux malades et aux personnes les plus vulnérables, en réponse à certains points de revendications contenus dans leur mémorandum adressé à leur ministre Pierre Somsè et au premier ministre Firmin Ngrébada, suite à une grève de quelques jours qu’ils ont observée, ces fonctionnaires et agents de l’état en ont fait une véritable et alléchante source de revenus. Nos sources affirment et soutiennent qu’ils ont créé, à cet effet, un véritable réseau pour les commercialiser.

Une femme soignante dont nous taisons le nom par pudeur et respect dû à sa personne, a remis un lot de ces masques à son gendre et à des enfants pour les écouler contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Interrogée à ce sujet par l’un de nos reportes, elle a bien voulu se dédouaner de cet acte répréhensible par les lois et règlements de la République, s’agissant d’une autorité publique dépositaire d’un pouvoir, celui de soigner, et d’un agent public en flagrant délit de vente de biens publics interdits de cession contre de l’argent, en ces termes :

« Que me reprochez – vous ? Que me voulez – vous ? Etes – vous envoyés en mission pour me liquider pour une petite histoire de masques vendus à 500 Fcfa pour dépanner ceux qui n’en ont pas et trouver de quoi à assurer mes frais de transport ? Ne saviez – vous que tous les dons faits aux ministères de la santé, de l’économie et de la coopération internationale et des finances font l’objet de détournements systématiques, depuis mars 2016 à ce jour ? Nous travaillons dans la précarité la plus inhumaine, manquons de tous moyens matériels pour nous prémunir des risques que nous courrons tous les jours dans l’exercice de nos fonctions, de ce fait, à l’exemple de ce qui se passe dans les différents ministères, nos hôpitaux et nos centres de santé sont aussi devenus des hauts lieux de la mafia et du business. A qui mieux mieux, n’est – ce pas ? Le pays n’a pas de chef, comment voulez – vous que nous ne prenions pas aussi notre maigre part ou comment pouvez – vous nous interdire le droit d’avoir accès aux miettes qui tombent de la table de nos princes ? »

Voilà une réponse qui ne peut que faire froid dans le dos et laisser sans voix tous les thuriféraires et autres laudateurs du régime des prédateurs arrivé aux commandes de la gestion des affaires de la cité par effraction le 30 mars 2016. Un magistral et cinglant plaidoyer qui a le mérite de poser dans toute sa nudité l’épineuse et hautement sensible question de crise morale qui, telle une autre épidémie du Covid – 19, s’est solidement emparée de l’âme de la République et de tout l’appareil de l’état. Comme le coronavirus, elle a travaillé à les vider de toute leur substance, à savoir la probité, l’intégrité, le don de soi pour la patrie, l’altruisme et le sens du respect pour le bien commun qui doivent guider toute action publique et fonder toute administration digne de ce nom, pour les remplacer par des contre-valeurs, l’avidité, la cupidité, la malhonnêteté, la corruption, l’absence de patriotisme, etc. Enfin, un vrai plaidoyer qui prend en la matière la forme d’un réquisitoire définitif contre le Gangster de Bangui et son organisation criminelle au pouvoir, accusés ces derniers temps d’avoir détourné l’enveloppe de 10 milliards de Fcfa, don des partenaires internationaux, affectée selon eux, à la fabrication de 10 millions de masques à distribuer à toute la population centrafricaine.

En effet, devant le développement exponentiel de l’épidémie du Covid – 19 et au lendemain du franchissement de la barre de 2000 personnes testées positives, selon les statistiques rendues par le ministère de la santé publique et de la population, le président Touadéra en sa qualité de garant de la santé du peuple centrafricain et du premier médecin, au regard de ses charges constitutionnelles et républicaines, a instruit le vendredi 12 juin 2020 le gouvernement à  adopter de nouvelles mesures, en l’occurrence le port du masque obligatoire dans les lieux publics, doublé du début du déconfinement progressif, à l’occasion d’une cérémonie ayant réuni au Palais de la Renaissance, des membres du Gouvernement et des partenaires internationaux, au nombre desquels le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et Chef de la MINUSCA, Mankeur Ndiaye.

« Le port obligatoire des masques doit être adopté de façon universelle comme mesure d’accompagnement au déconfinement général à l’instar des autres pays. C’est pourquoi je déclare aujourd’hui le port obligatoire de masque dans les lieux publics, sur toute l’étendue du territoire national », a – t – il souligné. Pour soutenir cette décision, le Président Touadéra a annoncé la fabrication massive de masques artisanaux par l’Etat. « Je lance également ce jour la production et la distribution gratuite de 10 millions de masques artisanaux, à raison de deux masques par personne âgées de plus de trois ans, sur toute l’étendue du territoire », ajoute-t-il, soulignant: « Je suis persuadé que cette mesure additionnelle mais cruciale permettra de rompre la chaine de transmission de l’infection à Coronavirus et d’inverser de façon rapide la tendance de l’épidémie ainsi que son impact ».

Dans la foulée, les professionnels des médias se sont précipités pour affirmer et soutenir que la production de masques est, sans aucun doute, une aubaine pour l’économie locale qui bénéficiera de 10 milliards de francs CFA en trois mois pour réaliser ce projet. En effet, plus de 60 ateliers de couture à Bangui ont été sollicités. Et quelque 18.000 tailleurs se doivent de produire 500.000 masques en moins de deux semaines. Mais à l’arrivée, des marchés de confection et de livraison des masques, par la méthode de contrat de gré à gré, en flagrante violation des dispositions de la loi n°08.017 du 6 juin 2008 portant code des marchés publics et délégations de service en RCA, dont ont été adjudicataires des enfants et autres neveux des roitelets qui nous gouvernent. Des masques, fort étonnement, dont la population n’a jamais vu la couleur, depuis lors !

Aussi surprenant et irresponsable que cela puisse paraître, sur sa page Facebook, l’Union européenne en Centrafrique, ayant constaté que rien n’a été fait dans le cadre de la lutte contre le Covid – 19 par la fabrication et la distribution des masques, a révélé qu’elle  lance ce mercredi 15 juillet 2020 à Bangui la distribution de 100 000 masques destinés à 50 000 bénéficiaires (2 masques par personne). Elle a financé globalement la fabrication de 180 000 masques artisanaux réalisés par des couturiers centrafricains. « A travers la distribution de masques à des groupes cibles, identifiés sur la base de la stratégie du Ministère de la Santé et de la Population, l’Union européenne se propose d’accompagner le Gouvernement dans la mise en œuvre des mesures barrières et de prévention visant à protéger les populations et à barrer la route à la propagation de la Covid-19. Les masques réalisés dans le cadre de la coopération UE-RCA seront plus particulièrement distribués à certaines catégories parmi les plus exposées et vulnérables, telles que les conducteurs des taxi-motos, les commerçants et vendeuses dans les marchés, les personnes en situation de handicap et du troisième âge. Des masques fabriqués dans le cadre des programmes de coopération UE-RCA dans le domaine de la sécurité ont déjà été distribués aux Forces de Défense et de Sécurité centrafricaines. Pour la confection des masques, la Délégation de l’Union européenne, en partenariat avec l’Alliance française de Bangui, a sélectionné 120 couturiers centrafricains, en majorité des femmes et des jeunes, qui ont été formés, engagés et intégrés dans une chaine complète de production, dans le respect des normes et des standards internationaux, ce qui a contribué à renforcer leurs capacités, à générer des revenus et à soutenir l’économie locale. La distribution des masques UE-RCA, qui coïncide avec le lancement officiel de la distribution des masques par le Ministère de la Santé, se fera en partenariat avec le Consortium Bioforce-Oxfam et avec un réseau d’organisations et structures de la société civile centrafricaine, notamment les ONG nationales, les membres des plateformes religieuses, les chefs de groupes, les comités locaux existants, qui seront chargés de la distribution et de la sensibilisation des populations au port des masques. »

De tout ce qui précède, comment cette femme soignante ne peut – elle pas trouver normal et licite le fait d’écouler contre de l’argent des lots de masques mis à sa disposition pour être distribué gratuitement à la population, aux malades et aux personnes les plus vulnérables ?

La rédaction

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