Centrafrique : comment l’Asecna a gardé la main sur les redevances de survol

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Le Nigérien Mohamed Moussa a été réélu en septembre directeur général de l’Asecna.
Le ministre centrafricain des Transports a opposé le 27 octobre une fin de non-recevoir à une mystérieuse société américaine qui souhaitait collecter des redevances de survol, empiétant ainsi sur les prérogatives de l’Asecna.
Assemblée générale, menace de grève et de saisie du président de la République Faustin-Archange Touadéra… La fronde commençait à monter fin octobre à Bangui du côté des agents de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna).
Dans un courrier daté du 27 octobre dont Jeune Afrique a obtenu copie, le ministre centrafricain des Transports et de l’Aviation civile, Arnaud Djoubaye Abazene, le frère de l’ancien président Michel Djotodia, a opposé une fin de non-recevoir à CA Air Safety, une entreprise de droit centrafricain partenaire de NavPass.
Résidant en Floride, Thomas Perkins, le directeur général de cette société américaine peu connue du grand public, est d’ailleurs reparti il y a quelques jours de Bangui, où il était arrivé début octobre.
Société inconnue
Immatriculé aux Bahamas, NavPass annonce « travailler avec les gouvernements pour optimiser et monétiser leur espace aérien » et détenir une base de données de plus de 56 000 avions.
Le 21 octobre, son partenaire centrafricain Patrick Decugis, directeur de CA Air Safety, avait demandé à Arnaud Djoubaye Abazene l’autorisation provisoire d’installer ses antennes à l’aéroport de Bangui « pour démonstration ».
PATRICK DECUGIS AVAIT DEMANDÉ L’ACCÈS À LA TOUR DE CONTRÔLE
Il avait également sollicité l’aviation civile centrafricaine pour obtenir d’elle de la documentation, l’autorisation de rencontrer les personnels, ainsi que l’accès à différents équipements comme la tour de contrôle. Cette demande a été transmise le même jour par le ministre des Transports à l’Autorité nationale de l’aviation civile de Centrafrique (Anac) « pour traitement en urgence ».
Mais l’objet du courroux des agents de l’Asecna était surtout un contrat de dix ans, finalement non signé, entre CA Air Safety et Arnaud Djoubaye Abazene, qui entendait confier à la société la collecte des redevances de survol de l’espace aérien centrafricain à partir du 1er novembre. Une prérogative de l’Asecna, même si les dirigeants de CA Air Safety et NavPass assuraient vouloir agir de manière complémentaire et facturer des aéronefs privés qui échapperaient au contrôle de l’agence.
Thomas Perkins revendique en effet une expérience de plusieurs décennies dans l’industrie aérienne. À la mi-juin, l’entrepreneur américain indiquait passer en moyenne six mois par an sur le continent et avoir été en contact avec dix-neuf gouvernements africains (dont celui du Burundi), afin de leur proposer sa solution « clé en main ».
NavPass affirme pouvoir optimiser – grâce à la technologie – la surveillance et la collecte des redevances aéroportuaires. Selon l’entreprise américaine, ces dernières atteindraient au maximum 50 % en moyenne de ce que les États africains devraient percevoir réellement en raison de défaillances dans le monitoring de leur espace aérien et de délais excessifs (entre 30 et 60 jours, sinon plus) dans la perception des redevances.
Bataille pour les redevances
Des arguments qui n’ont pas convaincu les responsables de l’Asecna à Bangui, lors de la réunion qu’ils ont eue le 13 octobre avec Patrick Decugis. « L’espace aérien souverain demandé par la NavPass est bel et bien le même espace dont la gestion est déjà confiée à l’Asecna. Le complément des services fournis par NavPass, que l’Asecna ne fait pas, n’a pas été démontré lors de l’exposé », indique le compte-rendu de cette réunion.
LE PAYS AUTORISAIT NAVPASS ET CA AIR SAFETY « À PERCEVOIR CES FRAIS AU NOM DU GOUVERNEMENT »
Selon le contrat, 40 % de ces redevances auraient dû parvenir tous les quinze jours à l’Anac, 30 % à CA Air Safety et 30 % à NavPass. Par ce contrat, le pays autorisait NavPass et CA Air Safety « à percevoir ces frais au nom du gouvernement, par le biais du ministère des Transports et de l’Aviation civile ».
En septembre, la Centrafrique avait présenté la candidature de son ancien ministre des Transports, Théodore Jousso, au poste de directeur général de l’Asecna. Il avait finalement été battu.
Jeune Afrique

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