Centrafrique : « comme Djotodia, Touadéra n’a rien pu faire, ne peut rien faire et ne pourra rien faire », dixit un diplomate

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Souvenez – vous !
Le mardi 10 décembre 2013, le président français, François Hollande avait rencontré, à Bangui, le président de la transition, Michel Djotodia, ainsi que le Premier ministre Nicolas Tiangaye et le président du CNT, Alexandre Ferdinand Nguendet. François Hollande avait  exhorté Michel Djotodia à reprendre au plus vite le contrôle sur les éléments armés de l’ex-Seleka. Une rencontre à l’atmosphère tendue.

En arrivant au salon présidentiel de l’aéroport de Bangui, où l’attendait François Hollande, Michel Djotodia était tout sauf serein, affirme un témoin. Le président de la transition ne savait pas sur quel pied danser surtout après les propos très fermes tenus trois jours plus tôt par le président français. Celui-ci avait en effet déclaré à RFI, « on ne peut pas laisser en place un président qui n’a rien pu faire, voire qui a laissé faire ».

Six années plus tard, c’est la communauté internationale, l’Onu, l’Ua, la Ceeac, la Cemac, le G5+, les groupes armés et toutes les forces vives de la nation qui se trouvent dans la même situation que Djotodia : ils ne savent pas fort étonnement  sur quel pied danser avec Touadéra, au lendemain du paraphe à Khartoum et de la signature à Bangui, le 6 février 2019, du 8ème Accord de Paix entre le Gouvernement et 14 Groupes Armés. Pour la simple raison qu’ alors que tous s’attendaient tout naturellement et conformément aux termes de cet Accord qu’un autre soleil puisse enfin se lever sur le pays de B. Boganda, grande est leur surprise plus de dix jours plus tard de se rendre à l’évidence et comprendre que c’est toujours le règne du statu quo qui se poursuit et que c’est l’incertitude qui se dessine doucement mais sûrement à l’horizon.

Pis, non seulement le président Touadéra continue de montrer in dies singulos dans ses faits et gestes que le temps n’est pas  encore venu pour lui de le faire ou qu’il a visiblement trop de la peine à s’affranchir de l’autorité parentale, fraternelle et trop amicale de son cher aîné Sarandji, mais surtout il persiste dans sa gouvernance exclusive de la gestion de la res publica et en fait crânement à sa tête, comme si cet Accord n’avait jamais été signé et comme si son entrée en vigueur ne devait pas ouvrir la voie à une gouvernance inclusive.

En constituent de principales illustrations, la promulgation du décret n°19.030 du 8 février 2019 portant création d’une commission inclusive, chargée d’examiner tous les aspects liés aux évènements tragiques du conflit en République centrafricaine ; la publication de l’arrêté portant création d’un comité ad hoc chargé de réfléchir sur la création d’une brigade spéciale de sécurisation de la transhumance, en date du 8 février 2019 ; les brouilles communicationnelles entretenues par son entourage, avant et après la signature, voire même après le soutien exprimé au Processus de Khartoum par ses pairs de l’Union Africaine; la déclaration télévisée (vidéo France24,4’15 »-4’44 ») de Faustin Archange Touadera , depuis le siège de l’Union Africaine, sur France24, dans laquelle il a soutenu qu’il y aura pas de grâce pour les chefs de Groupes Armés qui ont commis des crimes, bien qu’il tentât de se rattraper maladroitement évoquant l’institution de la Justice Transitionnelle par l’opérationnalisation prochaine de la Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation (#CVJRR).

La conjugaison de tous ces faits donne la recette d’une absence totale de sincérité, de bonne foi, de responsabilité, de détermination et de courage politique, de la part de celui qui a failli connaitre à Khartoum le même sort que son prédécesseur Djotodia à N’Djamena en janvier 2014 et qui a pu in extremis sauver son fauteuil jusqu’à la fin de son mandat. Ses hésitations, ses atermoiements et ses indécisions à appliquer stricto sensu, c’est – à – dire « ad literram ac in spiritu » les différents termes de cet Accord font déjà douter la communauté internationale de l’avenir de ce texte.  Un doute qui s’est incontestablement  traduit par son refus de nommer un nouveau premier ministre, en lieu et place de son cher aîné Sarandji,  comme l’exige l’article 21, et  par son déplacement, seul, à Addis – Abéba, alors qu’il lui avait été demandé de s’y rendre avec le nouveau premier ministre, afin de prouver aux yeux de tous ses pairs et du monde entier sa bonne foi, son engagement pour la paix et la réconciliation nationale et son amour pour son pays . Conséquences immédiates :  l’espoir suscité par la signature de cet Accord a fondu comme de la neige au soleil et la fièvre qui montait au sein des médias autour d’un renouveau en Centrafrique  a dangereusement chuté, au point que l’on entende plus parler de ce dossier sur des ondes internationales.

Afin d’éviter que le pire ne puisse se produire , le conseil de sécurité des nations unies a jugé important de rappeler à l’ordre le pouvoir de Bangui et les parties prenantes, dans son communiqué de presse en date du 13 février 2019, en ces termes : « Les membres du Conseil ont engagé les parties prenantes centrafricaines à appliquer l’accord de paix, de bonne foi et sans tarder, afin de répondre aux aspirations du peuple centrafricain à la paix, à la sécurité, à la justice, à la réconciliation, à l’intégration et au développement, et ont souligné qu’il importait que l’accord soit appliqué en toute transparence et avec la participation des organisations de la société civile, y compris des associations de femmes et de jeunes. Ils ont également réaffirmé leur soutien au Président Faustin-Archange Touadéra et l’ont encouragé à consolider et à renforcer l’adhésion nationale à l’accord de paix. Ils ont accueilli avec satisfaction à cet égard l’accord sur la mise en place d’un mécanisme de suivi visant à appuyer l’application de l’accord de paix avec la participation des parties prenantes centrafricaines, aux niveaux national et local, et des partenaires internationaux de la République centrafricaine.»

Un message qui tarde véritablement  à être compris par le président Touadéra qui, sur conseils de ses proches et de son cher aîné Sarandji, semble ne pas être disposé à appliquer cet Accord, qui veut gagner du temps et qui passe des heures et des heures à consulter de gauche à droite. Pendant ce temps, le découragement  ne cesse de gagner  le camp de la communauté internationale et les autres parties prenantes, quant à elles, perdent patience.

Une situation bien inquiétante et très embarrassante, au point où un diplomate qui a requis l’anonymat, a été obligé de lâcher ces mots : « Décidément, comme Djotodia, Touadéra n’a rien fait, ne peut rien faire et ne pourra rien faire » !

Jean – Paul Naïba

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