Centrafrique : Clément Bélibanga, l’assassin de « tous les nouveaux Dr Conjugo » !

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« La Cour constitutionnelle a rendu sa décision. Elle n’est pas acceptée par une partie de l’opposition dit démocratique. Rien d’étonnant. Les démocrates authentiques se sont pliés à cette décision non contestable. Les putschistes qui ont perturbé les élections attendent leur « président » qui a pris le maquis pour les mettre au pouvoir. Ils n »ont jamais dénoncé nommément Bozizé et la CPC. Il est donc impossible de dialoguer avec l’aile politique de la CPC. Le dialogue ne peut se faire qu’avec les démocrates. Et ceci après la fin du processus électoral en cours. Le peuple reste vigilant et n »acceptera jamais les putschistes au pouvoir de l’État. Rendez vous est donné dans 5 ans » s’est exclamé Clément Bélibanga sur sa page Facebook.

27 années plus tôt, c’est – à – dire en 1992, en tant qu’enseignant à la faculté de droit et des sciences économiques, aux côtés des forces vives de la nation, il avait pris pourtant part activement à la lutte pour l’avènement du pluralisme démocratique. Est – ce à dire que la démocratie, pour laquelle il combattait hier et pour laquelle était tombé l’un de ses compagnons de lutte Feu Dr Conjugo, n’est plus la même pour laquelle nous nous battons aujourd’hui contre le régime exclusif du « Tricheur de Bangui »? Si tel n’est pas le cas, alors il y a lieu de le reconnaitre comme l’assassin de tous les nouveaux Dr Conjugo que sont tous ceux qui réclament la tenue d’élections libres, transparentes, inclusives, crédibles et apaisées.

Pour rappel, l’histoire de cette lutte pour plus de liberté et d’ouverture démocratique dans notre pays, a été relatée par Clotaire SAULET –SURUNGBA in « Devoir de Mémoire » (1ère Partie) en ces termes :

« Au lendemain de l’acceptation par le régime du Général André KOLINGBA du pluralisme politique et syndical au début des années 90, l’Opposition politique, la Société Civile Centrafricaine et les Travailleurs, organisés dans les Centrales Syndicales, ont engagé des luttes pour l’instauration de la Démocratie. Partout en Afrique, la Conférence Nationale Souveraine était apparue comme la voie incontournable pour y parvenir. Pourtant, en 1980 déjà, le génie centrafricain avait eu à initier le  » Séminaire National de Réflexion « , véritable  » conférence nationale souveraine « …Le cadre de travail et de lutte a été le Comité de Coordination pour la Convocation de la Conférence Nationale Souveraine (CCCCN). Le CCCCN, présidé par M. Aristide SOKAMBI et appuyé par la communauté internationale – comme en témoigne la participation à la marche du 1er Août 1992 de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Bangui, M. SIMPSON, muté plus tard au Zaïre de MOBUTU -, boycotta et appela par tous les moyens au boycott du Grand Débat National (GDN). Pour le Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC), ses alliés et le Forum Civique (FC) du Général Timothée MALENDOMA, au regard de la spécificité du contexte politique centrafricain, le Grand Débat National était le type de forum approprié. L’une des premières victimes de cette lutte pour la Démocratie, sinon, la première victime aura été le Docteur CONJUGO, mort le 1er Août 1992 au cours des manifestations de protestation contre l’ouverture du Grand Débat National (GDN). M. Jacques MBOSSO en a été le président.

Fer de lance dans cette lutte, les Travailleurs, sous la direction des responsables syndicaux les plus en vue, M. Théophile SONNY- COLE et M. Jackson MAZETTE, engagèrent des actions multiformes et les grèves illimitées eurent pour conséquences la désorganisation de l’économie et l’assèchement des ressources de l’état : treize mois d’arriérés de salaires pour les fonctionnaires et agents de la Fonction Publique à la veille des élections de 1992. La grande pagaille observée dans l’organisation de ces consultations amena toute la classe politique à demander leur annulation et la mise en place du Conseil National Politique Provisoire de la République (CNPPR), structure aux pouvoirs non clairement définis mais qui, en faisant cohabiter le Général André KOLINGBA, le Professeur Abel GOUMBA, le président David DACKO, M. Ange Félix PATASSE, aura eu le mérite de permettre au pays d’attendre dans un calme relatif l’organisation des nouvelles élections en 1993. La création de ce Conseil de la République marquait l’agonie du CCCCN et le coup de grâce aura été la candidature aux élections présidentielles de M. Ange Félix PATASSE, candidat du MLPC. L’Opposition politique et la Société Civile mirent alors en place un nouveau cadre de travail : la Concertation des Forces Démocratiques (CFD), placée sous la présidence du Professeur Abel GOUMBA. Le front syndical, miné par une guerre de leadership vit voler en éclat son unité et Jackson MAZETTE, Secrétaire Général de la Fédération Syndicale des Enseignants de Centrafrique (FSEC -USTC) et membre du Bureau Politique du MLPC et ses amis quittèrent l’Union Syndicale des Travailleurs de Centrafrique (USTC), la première Centrale syndicale du pays pour créer l’Organisation des Syndicats Libres du Secteur Public (OSLP). Le Secrétaire Général, Théophile SONNY –COLE aura compris par cette scission, l’alignement politique de l’un de ses Secrétaires Généraux de Fédérations syndicales qui composent la centrale USTC.

Parmi les faits majeurs qui ont ponctué la campagne électorale en1993, on peut retenir le fameux  »  MBI GA AWE ! « (je suis de retour !) de PATASSE et la promesse de faire battre la monnaie en Centrafrique, l’exaltation de la paix ou  » SIRIRI  » de KOLINGBA et la longue diatribe  » philosophique  » en Sango, contre la paix d’Eloi ANGUIMATE, président de la Convention Nationale (CN). Grâce à M. Nestor KOMBO –NAGUEMON (paix à son âme), précédemment Ambassadeur de la République Centrafricaine en Allemagne et président du Parti Libéral Démocrate (PLD), le Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC), entra en possession d‘un film réalisé en Allemagne, faisant état des accointances de PATASSE avec des milieux mafieux…Des images de PATASSE assorties de la croix gammée circulaient pour attirer l’attention des électeurs sur la nécessité du bon choix…Les militants du MLPC, très actifs, se faisaient confectionner eux-mêmes des tee-shirts à l’effigie de leur leader ou photocopiaient sur du papier A4 la photo du  » Grand Camarade « . Cet engagement n’était pas loin de ce fanatisme des partisans de l’Ayatollah Khomeiny en Iran, lors de la chute du Shah…

C’est dans ce contexte que M. Ange -Félix PATASSE, candidat du Mouvement de la Libération du Peuple Centrafricain (MLPC) de retour au pays en 1992, après dix années d’exil au Togo, a remporté au second tour les élections présidentielles du 19 Septembre 1993, face au Professeur Abel GOUMBA, candidat de la Concertation des Forces Démocratiques (CFD). Le Général André KOLINGBA au pouvoir, arrivait au premier tour, après les présidents David DACKO, Abel GOUMBA et Ange -Félix PATASSE. Alors que David DACKO avait été chassé du pouvoir par la force le 1er Janvier 1966, l’empereur BOKASSA 1er écarté de son trône par l’Armée Française qui avait ramené David DACKO par l’opération Barracuda le 19 Septembre 1979 et un peu plus tard, le Général François BOZIZE chassant le président Ange -Félix PATASSE le 15 Mars 2003, il y a peut être lieu de dire que l’un des premiers fruits de la Démocratie aura été ce premier changement au plus haut sommet de l’Etat et qui avait eu lieu dans le calme. Un président sortant avait eu à organiser la cérémonie d’investiture d’un président entrant…

L’avènement de PATASSE à la magistrature suprême de l’Etat était porteur d’espoirs : espoir des travailleurs en activité qui, par des grèves illimitées, ont accusé près de treize mois d’arriérés de salaire et galvanisés par la victoire, sont déterminés à relever le défi du développement et ont repris sans conditions le travail ; espoir des étudiants dont les arriérés de bourse ont été assimilés à une  » goutte d’eau  » (sic) ; espoir des travailleurs à la retraite dont les pensions n’étaient plus une priorité du Trésor Public ; espoir dans les villages, dans les provinces qui attendaient enfin l’enlèvement des produits agricoles…Espoir pour tout le peuple qui aspirait à conjuguer les cinq verbes du MESAN de Barthélemy BOGANDA, à savoir : se nourrir, se soigner, se vêtir, s’instruire et se loger. Après les illusions de l’indépendance de 1960, enfin l’espoir pouvait être permis avec le  » Changement  » de 1993… »

La rédaction

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